Linda Draper

One Two Three Four

( Planting Seeds Records ) - 2005

» Chronique

le 05.08.2005 à 06:00 · par Thomas F.

Au détour d’une page du Cosmopolis de Don DeLillo, une des protagonistes, auto proclamée nulle en géographie, déclare avec une froide ironie qu’elle ne peut renoncer aux taxis New Yorkais simplement car interroger leurs chauffeurs demeure sa seule chance d’apprendre des choses sur les pays lointains en proie à l’horreur et au désespoir d’où ils viennent. Linda Draper n’a en commun avec ce roman effroyable que la ville de New York dont elle est originaire. Mais si l’amour est pour vous un pays aussi désolé et mystérieux qu’il l’est pour moi et si les disques étaient des taxis alors nul doute que vous seriez ravi de croiser la route de ce One Two Three Four et une chauffeuse telle que cette chanteuse affiliée à la scène anti-folk.

Les 12 morceaux qui constituent ce quatrième album (le premier à bénéficier d’une sortie digne de ce nom grâce au label Planting Seeds Records) sont en effet autant de douces et justes élucubrations sur l’amour à tous ses stades. Il y est donc principalement question des empreintes qu’il laisse sur la vie jour après jour, de doutes profonds ou superficiels, d’attachement et de résignation ("In the end you will be born to lose the fight" sur Super Zero...). Le dédoublement fréquent de la voix renforce d’ailleurs ce constat, évoquant autant de fantômes de ce qui a été (Baby Inchworm) ou aurait pu être (Jezebel). Cependant les textes pourraient aisément se dispenser de tels artifices pour capter notre attention. Linda Draper dispose notamment d’un don indéniable pour épingler du haut de sa voix angélique, sans rage ou toupet, les comportements les moins glorieux de l’homme confronté aux réalités du couple et les blessures qui en résultent. Ainsi comment ne pas avoir envie de devenir moins lâche et mesquin, en un mot meilleur, lorsque sur Big Blue Sky, elle déclame posément "When I told you I don’t love you anymore / You told me I was a whore / Yeah I’ve Heard that dirty joke before". Surtout que le crédit à apporter à de tels propos est d’autant plus grand que la jeune femme parvient à retranscrire avec d’avantage de tact encore les sensations de tourbillon amoureux ou les émotions extrêmes ressenties lors de l’accompagnement de la mort d’un ami. Dans ce registre funèbre, son Seven Black Crows n'est pas loin de venir tutoyer les sommets de sensibilité du Casimir Pulaski Day de Sufjan Stevens.

Musicalement, c’est curieusement sur ce titre que le producteur Kramer se permet les arrangements les plus inattendus (mais néanmoins réussis) avec ce qui semble bien être des marimbas. Car oui outre ses qualités intrinsèques de guitariste (acoustique), vocaliste et compositrice, Linda Draper sait aussi s’entourer! Sans rien dénaturer de ce folk-pop délicatement anachronique, la patte du producteur du mythique I could live in Hope de Low ou des albums de Galaxie 500 est très perceptible dans le son enveloppant de One Two Three Four. Sa contribution ne donne que plus envie de se perdre dans les brumes Keren Ann-esques de Baby Inchworm ou s'abandonner aux réminiscences de Suzanne Vega d’un entêtant Needlessly.

Bon, ce n'est pas tout ça mais le compteur tourne! Allez je vous fais une petite place sur la banquette arrière, ne vous faites pas prier, montez! Vous ne regretterez pas la course.

PS : Linda Draper sera à Paris en septembre/octobre et souhaiterait se produire en concert à cette occasion alors si vous pouvez l'aider, n'hésitez pas à la contacter à l'adresse mail suivante, "ldraper13@hotmail.com", ou depuis son site web accessible via sa fiche artiste Millefeuille.fr. Merci.

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Pochette Disque One Two Three Four

» Tracklisting

  1. Super Zero
  2. Big Blue Sky
  3. Baby Inchworm
  4. The Broken Muzzle
  5. Needlessly
  6. Jezebel
  7. Parasite
  8. Seven Black Crows
  9. Lifeboat
  10. The Sleeping Giant
  11. Candle Opera
  12. One Two Three Four

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