The New Pornographers

Twin Cinema

( Matador ) - 2005

» Chronique

le 22.08.2005 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Une grande rasade de potion magique. N'en déplaise à Panoramix et à ses concitoyens, le breuvage qui les fait massacrer des Romains avec aisance, c'est selon toute vraisemblance le même que boivent les New Pornographers à l'heure de préparer leurs albums. Seulement, ils l'utilisent pour composer des chansons pop surpuissantes. Nul doute que des tubes insensés comme The Body Says No ou Letter From An Occupant sur le premier album des Canadiens seraient contrôlés positifs à n'importe quel dépistage de dopage. Pareil pour Testament To Youth In Verse ou The Electric Version sur le deuxième.

Sur ce troisième et nouvel opus, Twin Cinema, A.C. Newman, déjà auteur de l'excellent disque solo The Slow Wonder l'an dernier, semble avoir avalé la plus grosse gorgée pour le huitième titre, Sing Me Spanish Techno. Non content de se poser en tube irrésistible de service de l'album, la chanson a en plus le culot de se foutre de nous avec son refrain moqueur de "Listening too long/to one song", dont on ne remarquera l'énervante pertinence qu'après 20 écoutes en boucle. Pourtant, impossible de s'éloigner de la touche repeat...

Newman, le chef de nos irréductibles canadiens, et Dan Bejar (Destroyer), son adjoint, semblent cependant avoir décidé de limiter les doses de potion ce coup ci, et d'opter pour des approches plus variées et plus complexes, histoire de ne pas répéter totalement le coup des roboratifs Mass Romantic et Electric Version, qui enchaînaient sans relâche des chansons pop très chargées dans l'instrumentation et la production, ce qui pouvait devenir fatigant. Twin Cinema propose à l'auditeur plus de plages de respiration, plus d'ampleur, et semble surtout pensé comme un véritable ensemble cohérent - pas seulement une collection de chansons.

Des titres magnifiques tels que The Bleeding Heart Show ou Stacked Crooked témoignent ainsi d'une réelle volonté d'aller de l'avant dans le songwriting d'A.C. Newman, avec leurs structures qui s'échappent du schéma couplet/pont/refrain avec bonheur. Le Streets Of Fire de Daniel Bejar est même aux deux tiers acoustique, ce qui est une première pour une chanson des New Pornographers. Outre Sing Me Spanish Techno, Twin Cinema offre un quota assez raisonnable des habituelles chansons power/pop hyper-efficaces que les fredonneurs pourront fredonner, les siffleurs siffler, et les chanteurs chanter (les autres se contentant d'admirer, ce qui est déjà pas mal).

Il arrive cependant à plusieurs reprises que la volonté affichée de varier les atmosphères et d'expérimenter se fasse au détriment de la qualité des chansons. En particulier, certains des titres chantés par Neko Case, plus mid-tempo, convainquent moins (These Are The Fables manque cruellement d'un refrain). D'autres comme Falling Through Your Clothes semblent peu aboutis. On peut par ailleurs être légèrement déçu par la suite que Bejar a donné au Jackie de Mass Romantic.

Si ces réserves font que Twin Cinema est sans doute l'album le moins réussi des New Pornographers, un de ceux qu'on appelle "disque de transition" (même si on ne sait pas encore très bien vers quoi), il faut souligner que les deux premiers étaient difficiles à égaler et que l'effort de renouvellement est assez noble, et qui plus est partiellement réussi. La flamme est loin d'être morte, les réserves de potion magique probablement loin d'être épuisées, et on terminera cette chronique par un grand banquet, avec à la place du barde Assurancetourix solidement ligoté, une chaîne hi-fi qui passe Twin Cinema. Les Romains n'ont qu'à bien se tenir. Enfin... vous voyez, quoi.

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Pochette Disque Twin Cinema

» Tracklisting

  1. Twin Cinema
  2. The Bones Of An Idol
  3. Use It
  4. The Bleeding Heart Show
  5. Jackie, Dressed In Cobras
  6. The Jessica Numbers
  7. These Are The Fables
  8. Sing Me Spanish Techno
  9. Falling Through Your Clothes
  10. Broken Breads
  11. Three Or Four
  12. Star Bodies
  13. Streets Of Fire
  14. Stacked Crooked

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