Bruno Fleutelot

Ozo Viv

( Im Lauf Der Zeit / La Grange A Disques ) - 2005

» Chronique

le 01.09.2005 à 06:00 · par Eric F.

Le nom de Bruno Fleutelot ne parlera sûrement pas à la plus grande majorité. Pourtant, ceux qui avaient apprécié l'intimisme d'Oboken (ah ! ce premier album aussi doux qu'injustement sous-estimé !) auront idée de qui ils ont à faire, puisqu'il s'agit d'une moitié de ce duo a priori disparu. Ne pas pour autant en tirer des conclusions hâtives : Bruno Fleutelot s'est bel et bien décidé à tourner la page.

Pour son premier album en solitaire, le moins que l'on puisse dire est que le guitariste a procédé à un radical changement de style, tout en épure. On se doutait bien qu'Oboken appréciait des groupes plutôt lents, mais là, les liens de parenté de ce disque avec les léthargiques Labradford sautent aux oreilles ! Et puisque Mark Nelson ne nous a pas donné de nouvelles depuis quelque temps (du moins, en ce qui concerne Labradford), ce disque voit là une nouvelle raison pour qu'on l'accueille favorablement. En effet, ces dix "morceaux" n'ont pas vraiment à rougir face à leur "inspirateur".

Tournant au ralenti, Ozoviv est un hommage évident au monde marin, et sa musique le souligne fort bien. L'océan personnel de Bruno Fleutelot est peuplé de machines discrètes qui lâchent une brume enivrante, dans laquelle viennent flotter quelques guitares dociles et gracieuses, un peu comme si Mick Turner s'était gavé de Lexomil.

Ozoviv est de ces disques où il est bien difficile de retenir un titre plutôt qu'un autre tant ils semblent finalement ne faire qu'un. Il est aussi de ces disques qui ne nécessitent pas forcément une écoute ultra-attentive puisqu'il est facile de se laisser bercer dans une douce rêverie avant de se reconcentrer sur un passage un peu plus marquant (pour quelque raison que ce soit).

Pour utiliser une analogie qui aurait plu à l'homme au bonnet rouge, Ozoviv nous fait explorer Le Monde Du Silence à sa façon, les rares voix présentes ne servant que de ligne de flottaison. On finit même par se demander si elles ne préfèrent pas finalement se noyer, subjuguées par ce monde sous-marin fascinant.

Et comme tout bon documentaire sous-marin se doit d'avoir une scène de requin, c'est ici Mare Humorum qui se charge de nous filer quelques frissons dans le dos. Le Grand Blanc s'approche de nous, plutôt surpris que l'on ait pénétré son domaine avant de se retirer, comme pour mieux nous laisser contempler cette vaste étendue. Et c'est ensuite à la raie manta que nous avons droit, elle qui déploie ses magnifiques ailes au son du piano et de la batterie qu'on jurerait tenue par John Convertino sur Mare Australe. C'est tout en douceur que l'on remontera à la surface histoire de bien respecter les paliers de décompression pulmonaire. Les voix de Mare Tranquilitatis nous font comprendre que l'on est bien revenu sur la terre ferme.

Ozoviv est donc bel et bien de ces disques aptes à enlever aux romantiques aventureux leur mal de mer...

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Pochette Disque Ozo Viv

» Tracklisting

  1. Mare Moscoviense
  2. Mare Fecunditatis
  3. Palus Nebularum
  4. Mare Marginis
  5. Mare Smythili
  6. Sinus Roris
  7. Mare Humorum
  8. Oceanus Procellarum
  9. Mare Asutrale
  10. Mare Tranquilitatis

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