Neil Young

Prairie Wind

( Reprise ) - 2005

» Chronique

le 23.09.2005 à 06:00 · par Eric F.

Ce n'est un secret pour personne, Neil Young n'a plus de jeune que son nom. Ce n'est pas son récent et dangereux flirt avec la grande faucheuse qui viendra prouver le contraire. Seulement voilà, bien qu'arrivé à soixante ans, le canadien nous laisse toujours espérer de grands disques, son récent Greendale prouvant que "papy" est bien loin d'être en bout de course, ou même dépassé par tous ses admirateurs. Il serait quand même foutrement injuste que Neil Young disparaisse avant que les Rolling Stones n'aient fini de jouer Satisfaction pour la trois cent vingt huit millième fois dans l'"intimité" d'un stade de foot, quelque part dans le monde...

Prairie Wind est un disque qui porte parfaitement bien son nom. Tout en douceur acoustique, on comprend vite pourquoi il a été enregistré à Nashville. Si l'on se réfère au dernier album acoustique de Neil Young - le mitigé Silver and Gold - on pouvait se dire qu'il n'y avait pas grand chose à attendre de ce nouvel album. Mais il suffit d'entendre la guitare acoustique et son style reconnaissable entre mille pour déjà se sentir chez soi. On ne commence pas par Good to See You Again, mais le message est le même : nous voilà réunis avec notre meilleur ami imaginaire et ces cinquante deux minutes de retrouvailles passeront forcément trop vite.

En parlant de retrouvailles, le Loner est ici accompagné de ses vieux complices avec qui il avait réalisé Harvest et Harvest Moon : l'effet fut sûrement le même que sur l'auditeur, à savoir de ne pas avoir eu l'impression de s'être quittés depuis la dernière fois.

Harvest Moon a beaucoup été évoqué pour servir de point de repère à ce disque, ce qui est loin d'être usurpé : dans sa grande tradition d'auto-reprises (vous avez déjà comparé Cortez the Killer et Natural Beauty ? Barstool Blues et Falling from Above ?), Neil Young livre presque note pour note Harvest Moon sous le nom de This Old Guitar. Après tout, "The more I play, the better it sounds" clame-t-il : le pire est qu'on ne lui tient même pas rigueur de ces répétitions tant il subjugue.

Ceci dit, Prairie Wind n'est pas dépourvu de surprises, comme ce No Wonder qui confirme ce que Greendale laissait entendre : le Loner est tout aussi bon quand il mélange guitares acoustiques et électriques. Morceau de bravoure du disque, No Wonder nous offre un Neil Young tout aussi nostalgique que vivant avec son époque : "I'm hearing Willie singing on the radio, that song from 09/11 keeps ringin in my head. I'll always keep remembering something Chris Rock said, don't send no more candles no matter what you do, then Willie stopped singing and the prairie went blue". On constatera au moins que, soulagement, les allusions à l'effondrement des Twin Towers se font désormais plus légèrement que sur l'insipide Let's Roll ou que par la ridicule reprise d'Imagine. When God Made Me constitue d'autre part une façon retenue de se regarder dans un miroir pour un homme désabusé par son époque. Le morceau fait d'ailleurs figure de jolie conclusion. Voilà donc que Neil Young se remet à enchaîner les bons disques et évite désormais les dérapages ! Mais comme il reste humain après tout, on n'échappe pas à un ou deux ratés : Far from Home aurait été un morceau honnête sur Are You Passionate mais son intro cuivrée à la Blues Brothers fait un peu too much. Idem pour les cuivres d'He Was the King (je vous laisse deviner de quoi parle la chanson) qui alourdit le morceau, pourtant doté d'un swing certain, agrémenté par de l'harmonica et une pedal steel. On se demande un peu comment ce côté "groove" est venu s'échouer parmi l'attirail du parfait cowboy de Nashville.

En revanche, côté voix, rien à redire : elle se fait de plus en plus intime et posée, et comme sur Greendale, on se délecte de chaque phrase qui passe par le timbre nasillard du canadien. Peut-être est-ce parce que le disque a été enregistré à Nashville, mais il pousse même un falsetto digne de Kurt Wagner sur Falling from the Face of the Earth !

Quant aux autres titres de cet album, s'ils ne marquent pas forcément les esprits, on se dit qu'ils feront sûrement leur plein effet avec le temps. "Tic Toc, the clock on the wall. No matter we're losing time" : le spectre de la mort risque de réapparaître un de ces quatre, mais il y a fort à parier que l'on aura entre temps eu droit à de nouveaux très bons albums. "Forever Young" comme disait l'autre...

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Pochette Disque Prairie Wind

» Tracklisting

  1. The Painter
  2. No wonder
  3. Falling Of The Face Of The Earth
  4. Far From Home
  5. It's A Dream
  6. Prairie Wind
  7. Here For You
  8. This Old Guitar
  9. He Was The King
  10. When God Made Me

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