Idaho

The Lone Gunman

( Talitres ) - 2005

» Chronique

le 06.10.2005 à 06:00 · par Constantin D.

Idaho a toujours été un groupe qui ne savait pas bien ce qu'il voulait, ou du moins qui ne semblait pas vraiment réussir à trouver sa voie. La formation guidée par le californien Jeff Martin (qui a appelé son groupe ainsi parce qu'il évoquait la désolation de l'état d'Idaho) est née en même temps que Red House Painters, le premier LP datant de 1993 : l'album inaugural, qualifié de "slowcore", Year After Year, reste à ce jour encore l'un des plus réussis de la discographie. Idaho n'a pourtant que rarement remis en valeur la splendide voix de Jeff Martin, l'homme derrière le nom (autrefois un vrai groupe, maintenant plutôt un pseudonyme). Hearts of Palm, en 2000, concentre certainement la quintessence d'Idaho, avec ces balades aériennes, enrichies de l'amour du piano, des balais sur les batteries, de paroles plus proches de l'assemblage de mots que du discours... et surtout de la voix de Jeff Martin, à la gravité constante, fragile et capable d'atteindre des sommets d'intensité sonore que l'on a malheureusement, jusqu'à présent, presque uniquement entendus qu'en concert.

A propos de concerts, les quelques dates européennes de l'année dernière n'étaient pas faites pour rassurer sur l'inspiration qui guide le groupe actuellement. Idaho était alors un duo entre Martin au piano, et John Berry, collaborateur de la première heure, à la guitare... et le Mac à la batterie. C'était tout Idaho : l'impulsion pour se concentrer sur les meilleurs éléments est là, mais bien souvent, elle est entachée par de vieilles habitudes, comme dans ce cas, où tout aurait été bien plus sympathique sans cette batterie fantôme, qui rechignait à fonctionner, alors que Martin pourrait très bien se débrouiller seul avec son piano. C'est d'ailleurs ce qu'il a parfois fait sur Hearts of Palm et sur la plupart des albums récents, qu'il a enregistré seul (avec overdubs) - ainsi que lors d'un showcase à Rouen en 2002, qui ne doit pas être un cas isolé.

C'est pourquoi la bonne nouvelle de The Lone Gunman, première nouveauté depuis quatre ans, est annoncée par le label bordelais Talitres : "Les guitares sont pour un temps ici délaissées et cèdent le pas à une collection de pianofortes ou électriques (Wurlitzer) et à d'antiques synthétiseurs analogiques polyphoniques (Prophet 5)." Quand on a toujours espéré que Martin signerait un album de chansons au piano, délaissant l'instrumentation superflue, il y a de quoi se réjouir à lire une telle annonce.

Que donne alors The Lone Gunman ? Est-ce enfin l'album d'Idaho que l'on attendait ? C'est sûr, l'album est bien plus réussi que le dernier en date, Levitate, en 2001, qui reprenait difficilement le flambeau de Hearts of Palm ; la compilation de b-sides We Were Young and Needed the Money (2002) comptait quelques réussites, dont quelques démonstrations de brio de la part de la voix de Martin (This Day ou Shoulder Back) mais sans vraiment convaincre. Cette fois, l'instrumentation n'est plus un obstacle ; Martin n'a pas hésité à la multiplier ou l'atrophier selon les besoins, et surtout oublier les conventions à la guitare/basse/batterie, se contentant avec inventivité et légèreté de ses claviers, guitares horizontales ou synthétiseurs qui assurent la section rythmique au besoin (Live Today). Malheureusement, ce n'est pas encore cette fois que Martin réussira vraiment à mettre en valeur sa voix. C'est vraiment regrettable quand on l'a entendu hurler dans le micro de ce chant à la fois clair et triste, mélodieux et puissant, lors de ses concerts. Peut-être faut-il écouter Idaho à plein volume, contrairement à ce que le rythme habituel de ses chansons commanderait.

Et peut-être vaut-il mieux, pour apprécier Idaho, ne pas trop s'attendre à un déploiement d'énergie vocale tel que Mark Kozelek a pu créer sur le Bridge Album ou sur Songs for a Blue Guitar... Dans le fond, le groupe de Jeff Martin a toujours été perçu comme un cousin de Codeine (ce qui n'est vraiment perceptible que sur Year After Year) et donc pas vraiment le lieu de démonstrations de puissance vocale. Abandonnant cette idée, The Lone Gunman a bien des qualités, et d'abord une certaine légèreté qui a bien souvent été masquée par les racines "sadcore" du groupe, racines à présent bien enterrées. Un morceau comme You Flew, avec sa section rythmique digne d'une fanfare, démontre bien qu'Idaho est désormais capable d'un humour léger et décontracté que l'on aurait bien du mal à percevoir dans Year After Year ou même encore dans Hearts of Palm. Echelon, le second morceau, un des rares à comporter de la guitare, est typique de l'Idaho de ces dernières années (il pourrait être un outtake de Hearts of Palm) : son très aérien, un peu mélancolique, sans tristesse exagérée... L'album est constitué de courtes balades tranquilles, sans prétention, et au final constitue une belle réussite, sans révolution, mais avec une inspiration que l'on avait pas retrouvée depuis Hearts of Palm.

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Pochette Disque The lone gunman

» Tracklisting

  1. The orange cliffs
  2. Echelon
  3. The mystery
  4. Live today again
  5. When sunday comes
  6. Have to be
  7. Just might run
  8. You flew
  9. Kite
  10. Cherry wine
  11. Some dogs can fly
  12. Grown in California
  13. U got that gunman thang
  14. Wet work
  15. Cactus man rides again
  16. Where the canyon meets the stars
  17. The days of petrol

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