Experience

Positive Karaoke with a Gun / Negative Karaoke with a Smile

( Green Ufos ) - 2005

» Chronique

le 15.11.2005 à 06:00 · par David P.

"Avec Expérience, j'avais envie de dépasser ce que j'avais engagé avec Diabologum, cette idée de refus, de renoncement… Même si c'est utopique, parfois un peu lourd dans l'énonciation, j'essaie de dégager quelque chose de positif de toute cette merde… [...] Je sais que le fait d'y aller avec mes gros sabots ou de faire des choses plus légères pour décrisper l'ambiance a pu disqualifier parfois mon propos. Mais je veux que cette énergie soit visible. Ça gênait certaines personnes qu'il puisse y avoir un message d'espoir formulé de manière un peu naïve... Mais j'ai besoin de ça dans les moments où je fais l'addition. J'ai besoin de choses un peu connes, un peu naïves, pour pouvoir me dire que ça en vaut la peine. Sinon, j'arrive à me faire démonter très facilement, tout devient trop lourd pour moi. J'ai besoin de désamorcer."

Presque tout est dit dans cette entrevue donnée pour la sortie d'Hémisphère Gauche. Positive Karaoké with a Gun est un disque un peu con dans son idée même ; faire un album de reprises. Le genre de choses qui peut vous poursuivre toute une vie, comme le Barbara Ann des Beach Boys. Ce morceau ne devait être qu'un bouche-trou pour se donner le temps de terminer Pet Sounds. Manque de bol, entre son succès et celui du Babybel, le Pet Sounds passera toujours en France en second plan. Quand il ne permet pas de combler le vide avant une vraie sortie, l'album de reprises peut aussi servir à combler un vide avant que rien ne sorte. Technique ancestrale ayant l'avantage de créer un second vide à combler de pas grand-chose (pourquoi pas une autre reprise ou un plagiat). Méthode légitimant le pas-grand-chose, le pet de mouche plutôt que le silence, par chantage affectif sur la survivance d'un art qui n'a jamais rien demandé à personne.

Pet de mouche, pet de mouche, rien, rien, pet de mouche, pet de mouche : c'est du binaire, 110011.

2 disques "les sauveurs du rock", 2 articles styles/arts/scènes, 2 disques du renouveau rock français : ce sont les bases de la compression de fichier appliquées à la culture soit : 2 plagiaires 2 merdes 2 Noir Désir (ou le sommaire du dernier Inrocks, celui avec Luke et Déportivo, mais c'est vraiment un hasard (surtout que Déportivo, il y a pire)).

Et c'est pour ça que ce Positive Karaoké with a Gun est un album salutaire et curieusement moderne (dans le bon sens du terme), car il répond à une question qui peut paraître bête en soit, "c'est quoi ta playlist sur ton lecteur mp3 ?". Question bête mais qui aura pourtant fini d'achever la chronique musicale traditionnelle. Pourquoi lire sur la musique (et lire quoi, tant de pages internet ou non, tant de textes vides du moindre intérêt même informatif sur les groupes même, ne faisant que ressasser encore et toujours les mêmes dossiers de presse usés et recopiés à la va vite) en pleine période de l'internet-roi (piratage, services en ligne, sites de VPC très abordable, et tout simplement site de groupe avec des mp3) qui permet de se faire un avis soi-même, si l'on est curieux (détail qui tue dans l'oeuf cette idée, la curiosité n'est pas une qualité courante. Le rock-critique à une longue vie devant lui), à son rythme non hebdomadaire, ou à celui des rencontres.

Et cet album est une rencontre (ou un changement de trottoir pour les nombreux allergiques à l'accent de Toulouse). Sauf qu'au lieu de dire "Mendelson, c'est trop de la balle", Michel Cloup nous dit pourquoi en la réinterprétant, à sa manière, en exprimant sa vision du "Brouillard". Donc en effectuant un travail critique sur la version de Mendelson, en portant un jugement, en différenciant les choses. L'abruti de l'époque se plaira à étaler son inculture crasse en déclarant que tout critique n'est qu'un artiste raté (en oubliant alors la très longue tradition d'écrivain n'ayant pour seule oeuvre que leurs travaux critiques) quand justement tout artiste (ce mot peut écorcher les doigts en l'écrivant) potable est un critique réussi. Car, "écrire, c'est délimiter un territoire", c'est faire un tri personnel (dedans, dehors), c'est porter un jugement de valeur, c'est critiquer. Ouais, mais le jugement de valeur, il reste subjectif, dit l'abruti qui reste persuadé dans son for intérieur, que son manque de culture, de vocabulaire et d'idées sont la plus belle chose qu'il ait à offrir au monde, une preuve d'humilité et d'honnêteté. Il n'est pas du genre à se mettre en avant en ayant un petit début de quelque chose à dire, ou même des doutes sur son chapelet de lieux communs qui sied si bien à l'époque. Alors des tentatives oeuvres, n'en parlez même pas. Non, juste des petites crottes desséchées, c'est humble, tout le monde en fait. C'est bien, tout le monde ne devrait plus faire que ça, ça serait un monde juste. On ferait alors comme avec de la pâte à modeler, des petites sculptures. Les plus maladroits ou ceux n'osant pas trop toucher leur merde, la maîtresse, elle les féliciterait quand même. Et puis bon, ça reste du caca, le reste, les formes, la technique, faut être tolérant, c'est très relatif, ou plutôt, comme on s'exprimerait tous que par l'anus : "crotte - prout"; ou en français "on s'en fou - lol!". Mais bon, le premier qui essayerait d'utiliser un autre trou pour s'exprimer, pan, une petite crotte au visage, il l'aura bien cherché, fallait pas l'ouvrir, vouloir se différencier, l'abruti, c'est comme ça que les guerres commencent, parce que les gens y croient qui sont pas pareils !

Michel Cloup, lui, il l'ouvre beaucoup. C'est handicapant. Parler, c'est prendre le risque de dire des kilomètres de phrases pour pas grand-chose. Un peu comme gratter un Banco, il faut quand même y jouer pour avoir une chance d'exprimer une idée valable. Et il y a un peu le même ridicule à se mettre dans cette situation de croire en quelque chose. Surtout que des fois, d'autres vous croit alors que vous n'étiez même pas sûr de vous. L'art est dans la rue, pan, nouveau Jean-Philippe Domecq. #3, philosophe post-situationniste plus puissant que Bernard Stiegler et Castoriadis réunis. Somebody Else, invité idéal pour une spéciale téléréalité chez Durand avec Claude Allègre et Arielle Dombasle. C'est fâcheux.

C'est comme ça avec les rencontres, c'est toujours la même chose, on a des déceptions, des surprises agréables, d'autres bien moins (mais comment peut-on aimer Soul Coughing ???) et ça colle ou pas. Alors on fait le tri, on découvre ou non un des groupes repris parce que les amis de mes amis peuvent peut-être être des amis. Car il est terriblement question d'affects avec Expérience et sa figure centrale. À une époque où tout ce qui se fige est comme mort, une école de la fuite par peur d'être définitivement pris pour ce que l'on n'est pas. Parler pour ne pas être pris pour un chanteur. Chanter pourtant des fois en anglais alors qu'on est plus spécialiste du français. Écrire un trop léger Somebody Else pour contrebalancer un énorme Bienvenue. Abandonner la guitare sur Hémisphère Gauche à Widy Marché pour ne plus être dans le ex-diabologum michel cloup expérience orkestra. Jouer des maracas dans le public au lieu de les traiter de merdes. Trouver drôle de hurler des fuck après avoir plombé l'ambiance avec un magistral I See a Darkness de Bonnie Prince Billy (ou trouver pertinent de hurler des fuck après cette reprise, les avis divergent). Jouer This is not a Love Song de PIL et avoir du goût.

Une école de la fuite donc, comme d'habitude chez Experience, une moitié d'album parfaite et une autre pour tout contredire. Cette fois-ci, une moitié avec un vrai travail de réinterprétation et l'autre plus "on écoute le disque, on joue un peu par-dessus, on enregistre ?" (dixit la bio officielle) qui vaut surtout pour l'énergie et le plaisir que semble prendre le groupe. Mais pourquoi la fuite ? "Tout simplement parce que choisir la fuite et renoncer à une résistance sans espoir peut apporter dans certains cas un réconfort, un soulagement. Cet acte marque parfois le début d’une vie meilleure." nous dit Arto Paasilinna. Reste juste à espérer qu'avec le retour probable des guitares pour le prochain album, et un groupe qui a l'air particulièrement en forme, le prochain album ne se finira pas par un embarrassant "Revolution baby, I pee in my shower", a cappella sous la douche, pour Costiser Experience.

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Pochette Disque Positive Karaoke with a Gun / Negative Karaoke with a Smile

» Tracklisting

  1. Show'em Watcha Got (Public Enemy)
  2. La Révolution ne sera pas télévisée (Gil Scott Heron)
  3. Secondhand Clothes (Moonshake)
  4. Buggin' Out (A Tribe Called Quest)
  5. Prayer to God (Shellac)
  6. Fuck You, Man//FU-MF (Medley Pussy Galore - Kool Keith)
  7. Qu'est-ce qu'on attend? (NTM)
  8. Sombre (Bonnie 'Prince' Billy)
  9. Is Chicago? Is not Chicago? (Soul Coughing)
  10. Le brouillard (Mendelson)
  11. Dodeskaden Theme (BO du film de Kurosawa)
  12. Collect the Diamonds (Q and not U)
  13. Seule la musique (Costes)
  14. You Don't Want Fuck with me (Ol' Dirty Bastard)
  15. This Is not a Love Song (Public Image Limited)

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