O

numéro 0

( Antenna ) - 2005

» Chronique

le 12.04.2006 à 06:00 · par Gaëtan S.

Faisons un peu de philosophie de comptoir : la musique c’est comme les amis (hips…). Il y a celle que l’on n’écoutera pas, celle que l’on adore pendant un temps, que l’on écoute tous les jours jusqu’à temps qu’elle devienne lassante ou trop caractéristique d’une époque pour qu’on passe sa vie avec et celle que l’on apprend à découvrir, qui prend son temps pour devenir amicale, qui demande des efforts et de la patience, qui fait grandir et que l’on pourra écouter indéfiniment. Celle là est bien évidement la meilleure des compagnies, la plus recommandable.

O, je les ai rencontrés il y a quelques temps déjà, mais je ne le savais pas. Je les croisais du coté d’Antenna Records sans y faire attention. Plusieurs raisons : un nom pas clairement identifié (des jours je crois que c’est O, d’autres 0, je comprends aussi que cela se dit "cercle"), des renseignements troubles (ils sont français, se décrivent comme un "orchestre non orchestre") et des déclarations énigmatiques ("ce n’est pas de la musique, c’est l’auditeur qui fait que c’est de la musique") laissent croire à une intellectualisation un peu prétentieuse ou faussement modeste de leurs capacités musicales. Mais sur les conseils de Stephen Lawrie, qui se trouve être un ami fidèle de part sa filiation à The Telescopes, je me décide à faire un pas dans leur direction. Premières écoutes laborieuses, le mélange associant une guitare acoustique hispanisante et des bidouillages sonores fait penser à de la facilité sans fondements. Difficile de rentrer dans cet univers inconnu tant il est agressif et destructuré. Les premiers contacts sont durs, je ne comprends pas ce que j’entends. Malgré tout, je persiste et je leur rends souvent visite, jamais très longtemps, mais je tiens à ne pas manquer un rendez-vous, héritage de mon éducation judéo-chrétienne ou plus simplement de la croyance communément admise que l’ami d’un ami est aussi mon ami.

Et puis, j’ai appris. Et, un jour, tout est apparu clair. Etais-je fatigué, ou particulièrement éveillé ? Après quelques temps, je peux répondre que non, parce que le miracle se reproduit à chaque nouvelle écoute. Alors ce n’est pas magique, pas un ensorcellement, rien du coté des croyances obscures. La clé, voilà ce qu’il faut trouver. On l’acquiert par l’écoute, en s’éduquant. Et après avoir buté sur un mur du son inaudible, on découvre des structures riches, un son taillé dans le roc, brut, de la douceur. L’auditeur devient explorateur, se livrant à un mélange de folk, d’électronica et de noise, le tout en version minimale, en grand écart entre l’acoustique et l’amplifié, découvrant que derrière tel bruit se cache une émotion et que la superposition des sons fait naître des sentiments contradictoires, violents et beaux. Chaque plage de ce numéro 0 s’ouvre sur une multitude d’instruments corrompus par le travail sur la matière sonore. Le cerveau fait vivre le son, le corps le vit et redemande des dissonances répétitives de Pancà?, de la douceur torturée de la trilogie désertique (Sawed Desert, Wested Desert et Easted Desert), de l’épique Far Away Inside ou de la guitare acoustique sauce bruitiste de …Dying and Spanish Circle.

Finalement, comme diraient mes compagnons de beuveries, décider de se lancer dans le monde de O, c’est comme se lancer dans le vélo. Au début on chute et on a du mal, mais une fois que l’on a trouvé la clé, c’est sûr qu’on ne l’oubliera plus jamais. (fin de la philosophie de comptoir).

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Pochette Disque numéro 0

» Tracklisting

  1. ...Dying and Spanish Circle
  2. Sawed Desert
  3. De la Mancha!
  4. Wested Desert
  5. Cactus #0
  6. Easted Desert
  7. Far Away Inside
  8. Pi Desert
  9. Organic Reef
  10. Panca?
  11. Raped Circle
  12. "O" Numéroté 0
  13. La Trompette de l'Ange, et si peu encore...

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