Sir Richard Bishop

Fingering the Devil

( Latitudes ) - 2006

» Chronique

le 08.05.2006 à 06:00 · par Antoine D.

Débutées en 1998 sur le label de John Fahey (Salvador Kali, Revenant), poursuivies chez Locust (Improvika et la compilation Wooden Guitar) ainsi que via une série de CD-Rs, les explorations guitaristiques menées par Richard Bishop dans sa carrière solo pourraient, au premier abord, sembler bien éloignées de ses habituelles aventures dans l'inclassable univers des Sun City Girls.

En dénominateur commun, tout de même, cette culture musicale incroyablement vaste, mise à profit pour s'attaquer à des styles extrêmement diversifiés, évocateurs de destinations éparpillées aux quatre coins du monde… une véritable affinité pour le voyage d'ailleurs partagée par son frère Alan (SCG, Alvarius B, Uncle Jim... il est aussi le patron du label Sublime Frequencies).

L’entrée dans ce nouvel épisode se déroule en terrain plutôt connu, car si le titre du disque oscille entre une énième facétie made in SCG et un possible clin d’œil au "You play like the Devil" que lui avait lancé le maître du finckerpicking en personne (le grand John Fahey), la pochette et son signe de l’excommunication (illustration signée Eliphas Levi) rappelle à quel point Richard Bishop est toujours aussi hanté par sa grande passion, la littérature occulte. Sur le plan musical, on ne tarde pas non plus à retrouver ses marques avec Abydos en guise d'ouverture – qui existait déjà sous d’autres versions, cf. Borungku Si Derita, Fruit of the Womb, ou plus récemment sur Montreal Pop – superbe introduction sur des tracés rapides et incisifs.

Mais que l’on ne s’y méprenne pas, Fingering the Devil se veut avant tout un espace massivement ouvert à l’improvisation, représentatif des prestations scéniques que Bishop enchaînait à l’époque, et incarne par ailleurs sa réponse cinglante face au sort qui s’acharne (les liner-notes reviennent sur une cascade de péripéties qui auraient dû faire que cette session n’ait jamais lieu…).

Ses développements, portés principalement par l’instinct, vont à la rencontre d’atmosphères tendues, d’émotions directes et imprégnées de parfums nostalgiques, ou se basent sur des messages plus cryptés mais qui se révèlent au gré d’évolutions au long cours, dans un esprit finalement assez voisin de certains de ses contemporains (on pense notamment à Steffen Basho-Junghans, mais aussi au Jack Rose des premiers albums). Ailleurs, Bishop s’impose dans un style particulièrement affûté et se confronte à de nombreux registres : qu’il s’appuie sur des influences ibériques, arabisantes ou issues du blues ou du jazz manouche, ses périples se révèlent très souvent convaincants.

On notera au passage l’impeccable travail de Harvey Birrell qui fournit à cette session une production très flexible, entretenant tantôt des rapports charnels, au corps à corps avec l’instrument, tantôt des relations plus distantes pour laisser s’exprimer la nature sauvage d’une guitare avide de laisser ses notes s’évader dans les grands espaces. Surtout attractif pour la personnalité singulière de son auteur, Fingering the Devil vient aussi confirmer la très bonne santé de la série Latitudes… comme en ont témoigné les récents volumes signés Ginnungagap et Shit & Shine. Une affaire à suivre.

Retour haut de page

Fingering the Devil (packaging: Stephen O'Malley, illustration: Eliphas Levi)

» Tracklisting

  1. Abydos
  2. Dream of the Lotus Eaters
  3. Romany Trail
  4. Anatolia
  5. Fingering the Devil
  6. Spanish Bastard
  7. Gypsum
  8. Black Eyed Blue
  9. Howrah Station

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.