Pearl Jam

Pearl Jam

( J Records / Sony ) - 2006

» Chronique

le 12.06.2006 à 06:00 · par Eric F.

Pearl Jam est incontestablement de ces groupes que les gens adorent détester. Une attitude détonante par rapport aux autres gros groupes du rock US (refus des clips, des interviews, lutte contre Ticketmaster...) et un chanteur charismatique aussi adulé que décrié, entre autres, ont souvent placé le groupe au centre de polémiques. Mais tout cela fait partie du passé : à l'instar de R.E.M., la carrière "commerciale" du quintet de Seattle a perdu de sa superbe, l'attention sur le groupe se faisant d'ailleurs moins grande.

Si ce nouvel album est éponyme et indique une volonté de "retour à zéro", on peut le voir également comme le premier album fantasmé du groupe, loin du délire médiatique qui emporta Ten et son successeur Vs (par ailleurs loin d'être les productions les plus intéressantes de la formation). On se rappellera du mal qu'avait eu Eddie Vedder à accepter un engouement mondial aussi soudain qu'énorme. Qui ne présente pas Pearl Jam comme les derniers survivants du grunge d'ailleurs (et Mudhoney, c'est du poulet ?) ? On pourrait même les qualifier de survivants, tout court. Après tout, Eddie Vedder et les siens auront finalement tout fait pour éviter le triste sort de Nirvana...

Ces considérations mises à part, on ne peut nier que la carrière artistique du groupe piquait du nez : après un Binaural acceptable, suivit un Riot Act loupé. Pendant pas mal de temps, Pearl Jam fut d'ailleurs plus convaincant dans ses activités hors-albums (la reprise du standard Last Kiss, le superbe Man of the Hour sur la BO du Big Fish de Tim Burton...). Résultat, les fans les moins hardcore n'osaient plus espérer grand chose de ce retour au premier plan, quatre ans après Riot Act.

Avaient-ils raison ? La réponse est un peu à double tranchant. Certes, le disque démarre plutôt en trombe en enchaînant parfaitement Life Wasted et World Wide Suicide, George Bush étant une nouvelle fois au centre des débats. L'originalité aux abonnés absents, on retrouve plutôt une fougue classique qui laisse augurer du meilleur. Mais Comatose avec ses riffs lourdingues débarque et laisse le doute s'installer : les morceaux suivants ne sont pas forcément mauvais, mais ils laissent également une forte impression de déjà entendu (et en mieux).

L'une des causes réside peut-être dans l'écriture très fragmentée des titres (avec pour la première fois, une représentation majoritaire du guitariste Mike McCready), comme si le groupe ne parvenait plus à trouver l'étincelle collectivement. Paradoxalement, c'est à l'époque où Eddie Vedder se sentait persécuté par le succès que ses textes étaient les plus forts. Depuis, le vociférant barbu a perdu un peu de sa superbe... Si la paire Mike McCready - Stone Gossard fait toujours preuve d'une exemplaire complémentarité, elle impressionne beaucoup moins qu'à l'époque qui suivit la marquante collaboration avec Neil Young. Matt Cameron, lui, est exempt de tout reproche, martelant ses fûts avec son habituelle hargne.

Bizarrement, c'est lorsque Pearl Jam baisse en régime (comprendre qu'il prend son temps) qu'il devient vraiment efficace. Unemployable présente quelques similitudes avec l'imparable break d'Insignificance (sûrement le syndrome de la face-b-du-single-meilleur-que-la-face-a, une quasi tradition ici) et rien que pour ça, il nous sort de notre relative torpeur. Passé un Big Wave banal, le disque décolle un peu avec Gone et s'envole définitivement vers le convaincant avec les deux derniers titres : Come Back est une tentative plutôt réussie de singer l'esprit du Time Out of Mind de Bob Dylan (la voix de Vedder est d'ailleurs proche de celle du Zimm') avec son côté soul, les guitares la jouant avec classe. Le genre de slow chewing-gum que l'on aurait bien aimé entendre à l'époque de nos booms de collège. Inside Job, qui conclut l'album, nous ramène sur un terrain proche de R.E.M., le morceau s'élevant petit à petit.

Au final, ce retour aux affaires manque un peu de folie pour remporter une complète adhésion mais pourrait laisser présager d'un futur éclairci pour Pearl Jam, après une période franchement décevante...

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Pochette Disque Pearl Jam

» Tracklisting

  1. Life Wasted
  2. World Wide Suicide
  3. Comatose
  4. Severed Hands
  5. Marker In The Sand
  6. Parachutes
  7. Unemployable
  8. Big Wave
  9. Gone
  10. Wasted Reprise
  11. Army Reserve
  12. Come Back
  13. Inside Job

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