The Fall

Country on the Click

( Action Records / Action Records ) - 2003

» Chronique

le 21.09.2006 à 06:00 · par Benjamin A.

Il y a du monde dans la tête de Mark E. Smith et qui plus est, des gens qui ne peuvent pas s’encadrer. Depuis presque trente ans et quarante albums, The Fall, dirigé par le génial et venimeux Mark E. Smith incarne toujours les pires penchants contradictoires du punk-rock : crooner repoussant, arborant sur scène avec désinvolture son propre sabotage, s’affichant en despote arrogant, méprisant ses musiciens (dont sa femme du moment, souvent membre du groupe), les virant sur des coups de tête, insultant son public, quittant les maisons de disques après des ventes désastreuses. The Fall multiplie les rééditions de lives, d’albums, de coffrets moyens voir insipides. The Fall a certainement fait autant de très bons albums que de mauvais ; peu importe, il produit une oeuvre impossible à stabiliser dont la qualité ne semble plus être un critère. Lors d’une interview récente, à laquelle on lui demandait si ça ne le dérangeait pas de virer ses musiciens tous les ans, il répondait "The Fall et ma grand-mère jouant du tambour, ça restera toujours The Fall".

Le problème, c’est que tous les cinq ans environ, The Fall sort un très bon album où l’énergie de Mark E. Smith est irrésistiblement méchante et intacte. À croire qu’il se force à faire des albums moyens pour ménager, de sa superbe, les sensibilités fragiles de tous les bêtas comme moi qui continuent à acheter ses disques. Country On The Click est un album d’une qualité constante, dans la lignée des meilleurs albums de The Fall, de Grotesque (1980) à Hex Enduction Hour (1982) ou The Infotainment Scan (1993).

On retrouve dès l’ouverture de Country On The click, Green Eyed Loco-Man, les apparitions électroniques des albums Code: Selfish en 1992, ou du très bon The Unutterable en 2000. La voix de Mark E. Smith est toujours la même, nasillarde et hautaine, en décalage sur ses sujets, intervenant sur la musique comme on gribouille à la bombe sur une toile de maître, (« To wear Chanel, you have to shave first, and be a man »). Mountain Energei, à la ligne de batterie martiale et linéaire, fait penser à The Ex, avec lequel on pourrait comparer The Fall comme deux valeurs absolues : The Ex libérant certainement tout autant d’énergie positive que The Fall en dégage de la malsaine. Open the boxostosis #2, comme la plupart des titres de l’album joue de l’efficacité avec un riff rock mélodique et syncopé sur lequel Mark E. Smith placarde ses mots avec une sensualité mordante et hautaine un peu à la manière de Luke Haines. Dans tous ses grands albums, le groupe semble affectionner de déposer comme une fleur au milieu d’un champ de ruines, un morceau beaucoup plus léger et mélodique, qui résonne vicieusement par contraste, comme une bombe à retardement (sur The Infotainment Scan, c’était I’m Going To Spain, une reprise de l’obscure chanteur anglais Steve Bent qui faisait office de fleur). Janet, Johnny + James est une ballade mélancolique à la mélodie délicate et à la construction parfaite.

Dans l’ensemble, l’album suit des constructions assez classiques mais très efficaces, avec des riffs rocks évoluant entre du punk énergique (Theme from Sparta F.C, Contraflow) et du rock soutenu par des rythmes techno (Recovery Kit), le tout supervisé par le chant incandescent de Mark E. Smith. Même si le groupe conserve l’attitude de ses débuts, la musique s’est modifiée, l’aspect expérimental et déconstruit s’est atténué, la musique est moins rugueuse, parfois même franchement orchestrée ou dansante. Le son des débuts s’est épaissi, The Fall n’est évidemment plus le groupe punk garage fou furieux qu’il était à l’époque du Live at the Witch Trials de 1979 ou du superbe Totale’s Turn de 1980. Fort heureusement, il a su se poser comme un groupe expérimenté tout en demeurant incisif et mal à l’aise. The Fall est une personnalité complexe, en mouvement, qu’on sent toujours imprégnée du même moteur et de la même brutalité, tout en révélant une âme faillible et contradictoire dont on ne trouve que peu d’équivalent, à part peut être chez David Thomas de Pere Ubu. Les émanations du groupe sont partout, de Pavement à Sonic Youth, Blonde Redhead ou The Auteurs pour ne citer que les plus connus, jusqu’à John Peel de qui The Fall était le groupe préféré de tous les temps.

Mark E. Smith apparaît comme un concept chaotique et schizophrène répondant dans le désordre à mille questions en même temps. Il cherche constamment la bagarre, le plus souvent avec lui-même.

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Pochette Disque Country on the Click

» Tracklisting

  1. Green Eyed Loco-Man
  2. Mountain Energei
  3. Theme From Sparta F.C.
  4. Contraflow
  5. Last Commands Of Xyralothep Via M.E.S.
  6. Open The Boxoctosis #2
  7. Janet, Johnny + James
  8. The Past #2
  9. Loop41 `Houston
  10. Mike's Love Xexagon
  11. Proteinprotection
  12. Recovery Kit

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