le 27.10.2006 à 06:00 · par Eric F.
Il y avait vraiment de quoi se réjouir du buzz prévisible autour d'Herman Düne avant la sortie de Giant (drôle de titre, au passage, pour des végétariens...) tant les albums des franco-suédois avaient ce petit charme lo-fi presque désuet et irrésistible qui passait bien souvent haut la main l'épreuve de l'écoute par des non-initiés, en majorité ravis d'une telle découverte. Gageons donc que ceux-ci vont encore croître en nombre avec ce septième album. Et on ne peut que le déplorer...
Le problème n'est pas qu'Herman Düne ait décidé de jouer dans la cour des grands (son label Source est un "laboratoire" d'EMI) puisqu'il semblerait que ceux-ci bénéficient d'un contrat "à la Sonic Youth" (c'est à dire moins juteux mais avec une totale liberté artistique) mais bel et bien que ce Giant sent tristement le plantage intégral.
S'il est assez coutumier que les morceaux du groupe mettent un petit peu de temps avant de s'imposer définitivement à l'oreille, on se demande bien comment ces nouvelles compositions y arriveront. I Wish That I Could See You Soon, envoyé en "avant-première" laissait déja augurer du pire avec son esprit des îles (à tel point qu'on suspecterait le groupe de vouloir "scorer" la prochaine pub d'Atoll, les opticiens, après avoir monnayé Little Architect à Orange, source de conflit au sein même du groupe, mais on y reviendra...), ses choeurs un peu mièvres et son clip digne de Bambi.
Finalement, le morceau ne faisait qu'annoncer les autres, rivalisant de médiocrité les uns avec les autres : Herman Düne à la plage, voilà bien une image que l'on ne pensait pas voir un jour sur disque. Surtout que celle-ci se transforme presque en cauchemar ! L'inspiration semble s'être faite la malle au profit des "gadgets" ("Super ! On rajoute des cordes ! Ouuuais, un girls band ! Youpi des percussions qui ne servent à rien !"). Après avoir fait le coup du mono pour Not On Top, voilà que le mixage s'est fait en "vraie" stéréo (chaque instrument se situe uniquement sur un seul canal). Si ces idées ne sont pas rebutantes, on sent quand même qu'elles prennent le pas sur l'écriture elle-même. Pour preuve, les nombreuses couches d'instruments fort dispensables, tout comme cet affreux mix sur la voix, gorgée de reverb. David Ivar Herman Düne semble à ce titre être totalement en pilotage automatique.
Et voilà peut être le coeur du problème, tant on sent que le frère cadet semble vouloir tirer la couverture à lui seul, au détriment de son frère André, qui échappe pourtant au massacre sur quelques titres. Comment expliquer autrement le retrait (définitif ?) de ce dernier du groupe, refusant de promouvoir l'album, et par conséquent de le défendre sur scène ? L'ambiance ne semble pas être au beau fixe puisque l'ainé a déclaré ne pas avoir "vomi sur la pub Orange"... pour la seule et unique raison qu'il n'a pas de télévision !
Puisqu'il est impossible de mettre sur le dos d'EMI cet incompréhensible raté (dur de croire que le groupe ait vraiment voulu ce disque tel quel !) on se demande encore quelle mouche a bien pu piquer Herman Düne pour nous proposer un disque aussi décevant et plat que Giant. Il ne reste plus qu'à espérer que les tensions au sein du groupe se dissipent et que les choses reviennent à la normale. En attendant, le "chatoyant" dernier album de Cat Power se sent quelque peu moins seul...
