Norfolk & Western

The Unsung Colony

( Hush Records ) - 2006

» Chronique

le 07.11.2006 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Passés sous silence : comme la colonie dont il est propos dans le titre de ce cinquième album, les Norfolk & Western avancent dans une indifférence d'autant plus incompréhensible qu'on a entendu cette année louer les mérites de disques assez moisis et en tout cas bien inférieurs d'intouchables du rock indé américain des années 90 tels que Sparklehorse ou Grandaddy. Qu'importe : c'est avec l'enthousiasme et l'ambition des pionniers que Norfolk & Western réinvente l'Amérique en musique sur ce court mais kaleïdoscopique The Unsung Colony. Sur la lancée du long EP A Gilded Age paru en début d'année, le collectif américain, qui compte une petite dizaine de membres en plus du noyau dur Selzer/Blumberg poursuit sa mue vers un son plus ample et plus dur, et le chanteur/songwriter Adam Selzer (propriétaire du studio Type Foundry et figure de la scène musicale de Portland) met son talent et son expérience de producteur au service d'un dosage remarquable entre intimisme et gigantisme.

Ce téléscopage est notamment remarquablement réussi dans la pièce centrale Arrangements Made, la chanson la plus longue jamais enregistrée par le groupe, qui démarre avec chant sussuré et instrumentation quasi-ambient pour finir dans un déluge de trompettes et de cordes. Mais ici on ne se contente pas bêtement de faire jouer la sempiternelle dynamique calme/tempête qui fait vivre une tripotée de groupes dits de post-rock : toutes les tendances expérimentales sont canalisées par une réelle sensibilité pop - voir l'exceptionnel The New Rise Of Labor, comptine sur la ruée vers l'or à base de guitares et d'ukulélé traversée par des riffs sinueux et un intermède noisy qu'on croirait tiré d'un disque de metal.

Si Norfolk & Western marche parfois sur des plates-bandes également cultivées par Iron & Wine, c'est pour sur le morceau suivant déployer une cacophonie tenant à la fois des Beatles, de Dylan, du college rock et des musiques d'Europe de l'Est (Banish All Rock), et on croise ailleurs dans The Unsung Colony le fantôme de Nino Rota comme ceux du Crazy Horse ou de Sonic Youth. Ce télescopage d'influences diverses et variées s'effectue pourtant avec une évidence rare et s'intègre dans un univers cohérent et reconnaissable (superbes dessins sur la pochette signés Rachel Blumberg, par ailleurs plus que jamais excellente à la batterie et aux percussions), et The Unsung Colony s'impose comme l'un des disques les plus excitants de l'année.

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Pochette Disque The Unsung Colony

» Tracklisting

  1. The Longest Stare
  2. The Shortest Stare
  3. Barrels On Fire
  4. How To Reel In
  5. The New Rise Of Labor
  6. Rehearsing La Dolce Vita
  7. Arrangements Made
  8. Drifter
  9. Banish All Rock
  10. Atget Waltz
  11. From The Interests Of Few
  12. The Longest Stare (Reprise)

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