Joanna Newsom

Ys

( Drag City ) - 2006

» Chronique

le 14.11.2006 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Il a été dit à peu près tout et n'importe quoi sur Joanna Newsom depuis la sortie de son très prometteur mais plutôt inégal premier album The Milk-Eyed Mender : engoncée dans des vêtements bien trop petits pour elle de soi-disant égérie enfantine et innocente du freak folk, tenue pour la nouvelle Björk ou gentiment ridiculisée comme alter-ego musical de Lisa Simpson, la dame a eu plus que son lot d'éloges à double tranchant ou de critiques imbéciles. La parution de Ys et sa triade de collaborateurs prestigieux ne manque pas bien sûr d'être entourée d'une hystérie puérile que le principal, c'est-à-dire l'écoute du disque, fait fort heureusement passer complètement au second plan.

Car il suffit en effet d'une petite minute trente pour se rendre compte que Ys se propose d'atteindre des hauteurs mélodiques et orchestrales à couper le souffle ("We thought our very hearts would up and melt away", en effet), et quelques minutes de plus pour confirmer que les progrès accomplis par Joanna Newsom depuis son coup d'essai ont été sidérants dans tous les domaines, et les choix musicaux faits sur ce nouvel album on ne peut plus judicieux. Outre la paire Albini-O'Rourke (à la production et au mixage) dont il est inutile de chanter ici les habituels louanges, la contribution du grand Van Dyke Parks à la tête d'un orchestre de cordes est une éclatante réussite et s'intègre parfaitement à l'univers mythique et sombre créé par Joanna Newsom, dont les indéniables talents de conteuse et de poète prennent toute leur ampleur dans les formats longs de ces cinq chansons.

Si la durée des titres de Ys a en effet tout pour susciter l'effroi à l'auditeur réticent ou peu téméraire, il faut remarquer ici que le disque ne comporte pas une minute en trop, n'ennuie jamais et se révèle au fil des écoutes d'une cohérence dans le rappel des thèmes, des motifs musicaux et des mélodies qui témoigne d'une vision artistique d'une intensité et d'une ampleur inégalées depuis des années. La voix si particulière de Newsom, qui avait dérouté plus d'un curieux venu jeter un oreille à The Milk-Eyed Mender, n'a rien perdu en expressivité mais arrondit nettement les angles et semble plus à l'aise dans de nombreux registres.

Enfin, et c'est sans doute le plus réjouissant, Ys, loin d'être un pavé rébarbatif, est également une mine de mélodies tueuses qui donnent lieu à d'invraisemblables moments de grâce tels que le climax d'Only Skin avec Bill Callahan au contre-chant placide ou le refrain de Cosmia - sans parler de l'intégralité de la plage 1, Emily, à laquelle aucun mot ne fera sans doute jamais justice. La harpe de Joanna et l'orchestre ont beau être les stars de Ys, on relèvera aussi le goût des arrangements de banjo et d'accordéon qui viennent parfois compléter la palette instrumentale. Qu'on ne s'y trompe pas : Joanna Newsom a déjà, à l'âge de 24 ans, réalisé le chef-d'oeuvre qu'on n'attendait pas aussi tôt de sa part.

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Pochette Disque Ys

» Tracklisting

  1. Emily
  2. Monkey & Bear
  3. Sawdust & Diamonds
  4. Only Skin
  5. Cosmia

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