Jarvis Cocker

Jarvis

( Rough Trade / Pias ) - 2006

» Chronique

le 02.01.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

En exil à Paris et en congé à durée indéterminée de l'écriture depuis cinq ans, Jarvis Cocker a semble-t-il craqué : il avait juré (à sa femme, en premier lieu) qu'on ne l'y reprendrait plus, mais le revoilà dans les studios et sur les routes pour défendre ses propres chansons. Voilà une nouvelle qui fait plaisir, d'autant que les fréquentations musicales de Jarvis ces jours-ci (notamment versaillaises, suivez mon regard) ne sont pas toujours très excitantes.

Il faut pourtant bien constater que la qualité principale de ce disque, intitulé Jarvis ou The Jarvis Cocker Record - comme pour dire que vraiment, cette fois-ci, il n'y en aurait pas d'autre ? - n'est pas l'énergie, l'expression d'une quelconque flamme irrépressible qui empêcherait le dandy britannique de vivre sans créer. De prime abord, plusieurs titres semblent même assez mous du genou, en particulier les gros riffs d'une Black Magic sans réelle âme, ou le single Don't Let Him Waste Your Time un peu trop lent, un peu pataud sauvé malgré tout par un savoir-faire mélodique indéniable (et un clip génial).

L'humeur est à la morosité sur ce Jarvis, où notre héros s'adonne à sa vieille passion, l'observation de ses concitoyens, mais la satire sociale désabusée de titres comme Fat Children ou Disney Time ou l'ironie convenue du dernier titre Quantum Theory ("Everything is gonna be alright/Everything is gonna be alright") ne sont certainement pas à la hauteur des textes écrits autrefois pour Pulp. Une bonne moitié du disque est marquée par des obsessions apocalyptiques qu'on peut trouver tour à tour plaisantes, drôles et un peu pesantes et inintéressantes - que penser par exemple du tranquille mid-tempo From Auschwitz to Ipswich ou Jarvis chante la fin du monde tel que nous le connaissons avec un détachement qui confine à la désinvolture ?

Tout frustré qu'on peut être à l'écoute d'un disque dont son créateur semble souvent comme absent (un paradoxe pour un disque solo dont on s'imagine a priori qu'il sera sans doute personnel et introspectif), on se surprend pourtant à revenir vers Jarvis, inlassablement.

Pourquoi ? On peut incriminer certes la présence de deux ou trois excellents titres (I Will Kill Again ou un Big Julie curieusement proche de Belle & Sebastian pour le texte - même si la musique lorgne évidemment plus vers Scott Walker), mais cet attrait ne se limite pas à ces quelques titres : même si la grande forme n'est pas au rendez-vous, Jarvis marque sans doute la persistence d'un style, d'une certaine aura, d'une voix (en pleine forme elle), qui, il faut bien le dire, nous manque un peu. Nostalgie coupable ? Rassurons-nous : même mitigé, Jarvis vaut toujours cent fois mieux que n'importe quel featuring sur un disque de Air.

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Pochette Disque Jarvis

» Tracklisting

  1. The Loss Adjuster (Excerpt 1)
  2. Don't Let Him Waste Your Time
  3. Black Magic
  4. Heavy Weather
  5. I Will Kill Again
  6. Baby's Coming Back To Me
  7. Fat Children
  8. From Auschwitz To Ipswich
  9. Disney Time
  10. Tonite
  11. Big Julie
  12. The Loss Adjuster (Excerpt 2)
  13. Quantum Theory/Running The World

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