Destroyer

Destroyer's Rubies

( Acuarela ) - 2006

» Chronique

le 07.02.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Dan Bejar est un curieux bonhomme, qui n'a peur de rien, et surtout pas de décontenancer son monde. Songwriter pop régulièrement exceptionnel, qui allie la voix et le côté dandy d'un Bowie d'un côté avec la malice et le goût des mots d'un Dylan de l'autre, il n'a par le passé pas hésité à tapisser ses chansons d'instrumentations MIDI à faire frémir plus d'un puriste indé (Your Blues), quitte à les faire rejouer ensuite quelques mois après par les fous furieux de Frog Eyes sur l'EP Notorious Lightning And Other Works. Ce cocktail de désinvolture et de perversité calculée se retrouve sur Rubies, dont la chanson-titre en plage 1 est une obscure logorrhée de dix minutes, qui comme souvent chez Bejar multiplie les auto-références et les clins d'oeil divers et variés à l'histoire de la musique pop et l'histoire tout court. On en sort pas très avancé - Bejar a cependant le bon goût de nous rappeler qu'il sait faire plus court et plus évident avec les quatre-minutes folk/rock mordantes de Your Blood et le glam suave de European Oils qui suivent.

Brilliant plus d'une fois, mais frustrant parce que les passages brillants durent en général trente secondes au milieu de chansons longues et alambiquées, Rubies, plus que les autres disques de Destroyer, finit par agacer : la propension de Bejar à entrecouper ses chansons d'interminables refrains en "La, la, la, la, la/La, la, la, la, la" est ici portée à son paroxysme et la longueur de la plupart des chansons n'aide pas à faire passer des textes qui peuvent certes fasciner mais qui dont les couches d'intertextualité finissent par paraître un peu vaines malgré un indubitable sens de la formule. L'instrumentation est également parfois surchargée et donne dans une pompe glam seventies difficilement digérable. Bref, à deux ou trois chansons près, l'ensemble manque par trop de légèreté, de cette agilité qui rendait Streethawk: A Seduction ou Thief si séduisants. Cette édition europénne se termine par vingt-trois minutes d'ambient (!) (signées Loscil) un peu gratuites, comme si Bejar voulait vraiment qu'on se gratte la tête pendant de longues heures après l'écoute. Peut-être est-il allé un peu trop loin cette fois-ci ? Loin de nous l'idée de déconseiller l'écoute de Rubies, qui reste un disque intéressant, mais soyez prévenus : il faudra s'armer de patience et de persévérance pour en venir à bout.

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Pochette Disque Destroyer's Rubies

» Tracklisting

  1. Rubies
  2. Your Blood
  3. European Oils
  4. Painter In Your Pocket
  5. Looters' Follies
  6. 3000 Flowers
  7. A Dangerous Woman Up To A Point
  8. Priest's Knees
  9. Watercolours Into The Ocean
  10. Sick Priest Learns To Last Forever
  11. Loscil's Rubies (Bonus Track)

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