Richmond Fontaine

Thirteen Cities

( Decor ) - 2007

» Chronique

le 16.02.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Il faut croire que Tucson, Arizona, et plus précisément les studios Wavelab où sont régulièrement enregistrés les disques de Calexico/Giant Sand et toute la clique, est un lieu magnétique : voilà qu'on y retrouve désormais Richmond Fontaine, venus prendre un coup de chaleur et des couleurs après l'ascétisme musical de l'impressionnant The Fitzgerald. Si la patte de la section de cuivres de Calexico est tout de suite évidente sur la pétaradante Moving Back Home #2, au tempo quatre fois plus rapide que la chanson type de Richmond Fontaine, Thirteen Cities n'en est pas pour autant colonisé par les mariachis : le reste du disque marque plutôt la volonté de revenir à une diversité non sans rappeler l'album phare du groupe Post To Wire, tout en incorporant à petites doses le minimalisme qui caractérisait son successeur.

Le fil conducteur de Thirteen Cities, c'est toujours et encore la voix et les histoires de Willy Vlautin, récemment auteur d'un premier roman légèrement décevant ("The Motel Life", paru chez Faber & Faber), qui s'inscrit dans une longue tradition folk et qui ressasse avec un dévouement inlassable et touchant les habituelles histoires américaines de "drifters", d'exclus, de paumés. Les personnages de ces chansons sont pauvres, errent de boulot merdique en boulot merdique, sombrent dans l'alcool ou le racisme, ou regardent depuis la rue la vie des gens normaux dans des maisons qu'ils n'auront jamais. Nul sentimentalisme ni complaisance dans la misère : la voix et les mots de Vlautin frappent presque toujours juste, même si certains de ces textes commencent à sentir un petit peu le déjà vu (entendu), surtout à la fin du disque.

C'est du côté de la musique que le bât blesse parfois : si la première partie du disque est d'un très bon niveau - entre le folk acoustique noir très Dylan première période de I Fell Into Painting Houses In Phoenix, Arizona, des instrumentaux à la Friends Of Dean Martinez ou la rythmique minimaliste et hantée du magnifique A Ghost I Became, voire même l'alt-country on ne peut plus classique de $87... - on sent poindre un certain essouflement par la suite, beaucoup de morceaux dans la deuxième partie du disque sonnent comme des versions plus faibles de leur pendant du début du disque et sont marqués par une disette mélodique quelque peu frustrante. Même lorsqu'on arrive au morceau rock du lot, l'antépénultième 4 Walls, ou Springsteen repris par les Replacements, le groupe ne parvient pas à totalement lâcher la bride et on reste sur notre faim.

Thirteen Cities demeure un bon disque, mais nul doute que les années à venir vont être difficiles à négocier pour Richmond Fontaine, qui peut soit trouver un sursaut créatif à Tucson où ailleurs soit dériver peu à peu vers un retour à l'anonymat de la cohorte de disciples d'Uncle Tupelo qui sévit aux quatre coins des Etats-Unis. Heureusement pour eux, le groupe possède toujours un atout de taille avec Vlautin, qui demeure l'un des paroliers les plus convaincants de notre jeune siècle et l'un des plus dignes dépositaires de l'esprit des pionniers du folk.

Voir les vidéos de El Tiradito et Capsized, réalisées respectivement par Gilley et Brad Beenders.

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Pochette Disque Thirteen Cities

» Tracklisting

  1. Intro - The Border
  2. Moving Back Home #2
  3. $87 And A Conscience That Gets Worse The Longer I Go
  4. I Fell Into Painting Houses In Phoenix, Arizona
  5. El Tiradito
  6. A Ghost I Became
  7. Westward Ho
  8. St Ides, Parked Cars And Other People's Homes
  9. The Kid From Belmont Street
  10. Capsized
  11. Ballad Of Dan Fanta
  12. The Disappearance Of Ray Norton
  13. 4 Walls
  14. Lost In This World

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