The Shins

Wincing The Night Away

( Sub Pop / Pias ) - 2007

» Chronique

le 02.03.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Attention, danger : les Shins, qui avaient eu la bonne idée à double tranchant de sortir deux albums formidables (Oh, Inverted World et Chutes Too Narrow), sont devenus "hype" dans le monde indé, ce qui voulait naturellement dire que, s'ils jouissent d'une attention flatteuse, ils s'aventuraient sur un champ de mines avant la sortie de ce troisième album promis à être disséqué sous tous les angles, et ce pas toujours avec complaisance. Une chanson dans une pub de fast-food et un "name-dropping" d'une actrice à la mode au beau milieu d'une bluette cinématographique à succès, et voilà que le marché des Shins s'est étendu bien au-delà du monde indé, comme l'ont témoigné il y a peu les chiffres de ventes sans précédent de Wincing The Night Away aux Etats-Unis. Le pauvre James Mercer s'est donc retrouvé malgré lui dans un choix relevant presque du marketing : ne rien changer à une formule gagnante, ou changer pour surprendre et plaire.

Pas idiot ni suicidaire, le chanteur et songwriter aux allures de "guy next door" a opté pour le compromis. De fait, Wincing The Night Away se compose d'une part de chansons qui auraient trouvé leur place sans problème sur les deux premiers disques - exemple, Girl Sailor écrite il y a déjà plusieurs années - et d'autre de titres témoignant d'explorations sonores plus ou moins timides et plus ou moins poussées. Parmi ces dernières, certaines ont un goût d'inachevé : Black Wave est une ballade acoustique parsemée d'écho et de petits effets qui se veut mystérieuse mais reste un peu plate, et l'explosion de guitares qui vient conclure le minimaliste Sleeping Lessons en ouverture reste un peu sage. Sealegs est elle plutôt réussie, mais sa grande nouveauté, l'utilisation de beats hip-hop, semble bien convenue, comme si les Shins prenaient un train en retard de quelques années. D'autres convainquent plus, même si y plane l'influence nette de groupes eighties qui ont marqué l'adolescence des musiciens, comme au hasard The Cure (Spilt Needles) ou Jesus & Mary Chain (Pam Berry).

Voilà pour la nouveauté : il faut bien reconnaître que les vraies merveilles de ce Wincing The Night Away sont bien celles qui font la part belle aux talents de chanteur et de mélodiste de Mercer (toujours par ailleurs à quelques exceptions près fort inspiré dans ses textes, dont le déchiffrage demande un bon moment avec le dictionnaire). On n'a pas encore entendu de chanson pop aussi exubérante, joyeuse et addictive qu'Australia cette année (où même un banjo s'invite à la fête), tandis que Turn On Me, Phantom Limb et Girl Sailor s'inscrivent avec leurs refrains immédiatement mémorables dans la liste des plus belles réussites pop du groupe. Le dénuement de Red Rabbits et de la superbe A Comet Appears laissent quant à elles apprécier la voix enchanteresse d'un James Mercer au sommet de sa forme. Aussi calculé qu'il soit, et même s'il est un brin moins essentiel que ses deux prédecesseurs, Wincing The Night Away confirme sans problème tout le bien qu'on peut penser des Shins.

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Pochette Disque Wincing The Night Away

» Tracklisting

  1. Sleeping Lessons
  2. Australia
  3. Pam Berry
  4. Phantom Limb
  5. Sealegs
  6. Red Rabbits
  7. Turn On Me
  8. Black Wave
  9. Spilt Needles
  10. Girl Sailor
  11. A Comet Appears

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