Adam Snyder

This Town Will Get Its Due

( Bare Bones ) - 2007

» Chronique

le 06.03.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Kingston, à ne pas confondre avec sa célèbre homonyme jamaïcaine, était autrefois la capitale du jeune état de New York. Aujourd'hui, il ne s'agit plus que d'une "small town" américaine parmi tant d'autres, avec un peu plus de vingt-cinq mille habitants et des rues à la merci de promoteurs immobiliers de plus en plus avides. Une histoire on ne peut plus ordinaire, qu'Adam Snyder, songwriter folk/pop, ex-membre de Mercury Rev, grand admirateur de Walt Whitman et natif de Kingston, prend au sérieux. Son activisme s'est traduit en faits par l'ouverture d'un musée d'art moderne dans la ville à son initiative, et aujourd'hui en musique par son deuxième album au titre-manifeste, This Town Will Get Its Due, qui même s'il ne la mentionne pas expressément dans les textes, est dédicacé à la ville de Kingston, NY.

Galvanisé par sa passion, Adam Snyder entame les hostilités avec la meilleure chanson qu'il ait composée à ce jour en tous aspects : les cinq minute trente up-tempo de Ghost Town nous plongent dans l'histoire de la ville et son avenir incertain ("The city folks just found us/They want to make our old downtown/Look like them pictures in their magazines") alors qu'on suit les pas d'Adam arpentant ses rues assombries par une coupure d'électricité générale. Ca commence tout simplement par quelques mesures basiques à la guitare, mais toute une batterie d'instruments fait progressivement son entrée pour culminer dans une frénésie orchestrale parfaitement négociée, et les mots frappent juste alors que le courant revient dans Kingston : "The power's comin' back on tonight/You better walk real fast/Enjoy the night out with the ghosts/Cause it ain't gonna last/Always something insidious/Been creepin' around this town/And now its own facsimile/Is coming to knock it down/So write it down/Paint a picture/And write it down".

L'ennui, c'est qu'on a l'impression que tout ou presque a déjà été dit après ce moment de bravoure initial. Du reste, l'album s'installe vite dans une atmosphère plus paisible et intimiste, avec une poignée de chansons d'amour au tempo plus lent, deux instrumentaux superflus dont un marchant nettement sur les plates-bandes de M. Ward et deux gros faux-pas : Trickle Down, où Adam Snyder s'approprie la voix d'un pauvre travailleur immigré, ne parvient qu'à aligner les clichés et le morceau-titre de conclusion d'inspiration gospel sonne bien creux, pâlissant particulièrement en comparaison avec la véhémence inaugurale de Ghost Town.

L'approche résolument romantique et plutôt traditionnaliste de Snyder, si elle empêche parfois le disque de décoller, donne aussi de forts jolis résultats par endroits, comme les six minutes de romance adolescente springstinienne de la nostalgique The Night We Snuck Into The Fair, baignée de cordes et de piano, ou la superbe Down The River. La voix d'Adam, pas éloignée de celle d'un David Ivar Herman Düne, avec par moments quelques accents de Neil Young, est quant à elle toujours aussi caressante et enveloppante. Du coup, on finit par se satisfaire bon an mal an de ce This Town Will Get Its Due, même si le disque aurait été infiniment plus excitant s'il était pleinement parvenu à recréer pendant plus d'une demi-heure l'ambition et la vitalité de son premier titre. Au moins, on saura désormais situer Kingston sur la carte.

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Pochette Disque This Town Will Get Its Due

» Tracklisting

  1. Ghost Town
  2. Snake Hill
  3. Ask The Dust
  4. Snow Angel
  5. Stray Dog
  6. Trickle Down
  7. Down The River
  8. The Night We Snuck Into The Fair
  9. Piano Song
  10. This Town Will Get Its Due

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