Andrew Bird

Armchair Apocrypha

( Fargo ) - 2007

» Chronique

le 26.03.2007 à 06:00 · par Jean-Yves B.

Encensé de toutes parts depuis la parution de l'inusable The Mysterious Production Of Eggs, Andrew Bird, musicien de formation classique passé par une longue période jazz/musiques d'Europe de l'Est/folk/on en passe, poursuit ici avec son septième album studio l'exploration de structures pop/rock entamée il y a désormais six ans. Armchair Apocrypha, enregistré dans une ferme près de Chicago et en studio, est nettement marqué par le refus de son auteur de voir les choses en trop grand et trop compliqué : malgré le succès et les largesses qu'il peut autoriser, pas d'orchestre à cordes, pas de producteur de renom, le disque se veut plus brut, électrique et plus ample, alors que ...Eggs brillait (entre autres) par le raffinement de ses arrangements.

Appliquée à des chansons comme d'habitude presque toutes excellentes, cette approche donne des résultats quelque peu mitigés sur une bonne partie du disque. En lieu et place de l'aboutissement total du dernier disque, on a souvent ici le sentiment d'entendre des versions "work-in-progress" de morceaux qui n'auraient pas encore trouvé leur incarnation définitive. Le "work-in-progress" est justement inhérent à l'esthétique et au travail d'Andrew Bird, dont les morceaux, comme toujours, se référencent les uns les autres, ou reprennent des compositions plus anciennes (Imitosis n'est autre qu'une reprise du I de Weather Systems), mais voir ce principe appliqué au traitement sonore de l'album en rend parfois l'écoute moins satisfaisante. Exemple : une chanson comme Darkmatter et ses intellectuelles et ludiques méditations sur "where the self resides" semble peu bénéficier d'un traitement résolument rock, proche d'une version live (voix poussée à bout, grosses guitares électriques, batterie pétaradante) qui lui enlève en intimisme et ne met pas en valeur la subtilité de la composition. Les samples de violon enregistrés dans la grange de M. Bird et disséminés tout au long du disque ont tendance à mener à une légère surcharge sonore.

La saine hantise de la facilité qui caractérise les chansons d'Andrew Bird lui joue de temps à autre des tours lorsque ses textes deviennent parfois un peu trop abscons à force d'enchaîner les jeux de mots sophistiqués, ou lorsque sur Plasticities, il renonce à terminer le morceau logiquement par une répétition de son refrain le plus évident et grisant à ce jour pour plutôt bifurquer vers un coda contemplatif de plus d'une minute.

Ces petits regrets n'enlèvent bien sûr que peu à l'essentiel, à savoir qu'Andrew Bird demeure un artiste unique, à l'exigence salutaire - on ne l'attrapera jamais en train de chanter une chanson banale et triste sur son dernier amour disparu : ici au contraire il est question de biologie, d'accidents d'avion, d'oiseaux, de l'empire disparu des Scythes et d'apocalypse - et surtout au talent toujours éclatant, en particulier dans le single à tiroirs Heretics, la simple et sublime ballade Cataracts, empreinte de poésie ("When our mouths are filled with uninvited tongues of others/And the strays are pining for their unrequited mothers/Milk that sours is promptly spat/Light will fill our eyes like cats") ou Scythian Empires, exercice très réussi de répétition hypnotique. Faute d'un enregistrement pas très judicieux, on ne reviendra sans doute pas aussi souvent à ce Armchair Apocrypha qu'à son predécesseur, mais une bonne chanson reste une bonne chanson, et des bonnes chansons, ce nouvel album n'en manque certainement pas. On les aimerait seulement encore plus avec d'autres habits.

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Pochette Disque Armchair Apocrypha

» Tracklisting

  1. Fiery Crash
  2. Imitosis
  3. Plasticities
  4. Heretics
  5. Armchairs
  6. Darkmatter
  7. Simple X
  8. The Supine
  9. Cataracts
  10. Scythian Empires
  11. Spare-Ohs
  12. Yawny At The Apocalypse

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