Devics

Etoiles californiennes

» Interview

le 17.02.2004 à 12:00 · par Eric F.

Une première question un peu idiote : je n'ai pas trouvé ce que Devics voulait dire dans mon dictionnaire...

Dustin O'Halloran : On a trouvé ce nom il y a longtemps, il a beaucoup de significations différentes. Ce mot a une très vieille origine, je crois que ça vient d'Europe de l'est. Il y a tellement de significations qu'à ce point je le considère juste comme le nom de notre groupe, je ne veux pas l'associer avec quoi que ce soit.

Sara Lov : C'est une sorte de muse protectrice au temps de la mythologie. On a trouvé tellement de choses sur ce nom...

Vous l'avez donc choisi pour sa sonorité ?

SL : Oui, on trouvait que ça sonnait bien et comme on avait besoin d'un nom pour le groupe... On n'avait pas imaginé qu'il nous faudrait expliquer ce choix (rires).

Désolé...

SL : Non ça va, personne ne sait ce que ça veut dire. C'est juste un mot pour notre musique. Si tu cerches Devics sur le net, tu tombes tout de suite sur notre site (rires).

Comment est-ce que le groupe s'est formé ?

SL : Dustin et moi nous sommes rencontrés pendant un cours d'art et on s'est mis à composer, je ne sais même plus comment on a commencé. Ensuite on a commencé à sortir des disques et on a trouvé d'autres gens pour jouer avec nous. Tout a commencé par une grand amitié.

DO : C'était vraiment pour s'amuser au début, on écrivait nos tous premiers morceaux, on n'avait jamais été dans des groupes avant. J'ai commencé la musique par le piano quand j'étais jeune, puis je me suis intéressé à la guitare. On n'était pas sérieux au début et puis en trouvant d'autres gens pour jouer avec nous, ça a fini par envahir nos vies. On a tous beaucoup de choses en commun, en particulier au niveau de la musique que nous écoutons.

SL : On a fini par arrêter la fac parcequ'on n'avait plus assez de temps pour le groupe.

C'est donc à ce moment là que vous avez compris que c'était ce que vous vouliez faire de vos vies ?

SL : Oui, c'est devenu très sérieux au bout d'un moment. C'était d'ailleurs un but que ça le devienne.

Et quelles étaient vos ambitions quand vous vous êtes lancés ?

DO : Heu... faire des tournées en France ? (rires).

SL : Notre but était de tourner en Europe et de sortir des disques régulièrement.

DO : Je pense que c'est le pied pour n'importe qui de quitter son pays pour aller jouer ailleurs, c'est ce qui peut t'arriver de mieux. Ca et d'avoir quelqu'un qui sort tes disques. Ce sont deux choses que nous avons et nous savourons notre chance. Maintenant il faut qu'on s'arrange pour que ça dure, c'est la partie difficile (rires).

Y a-t-il pour vous de grosses différences entre une tournée américaine et européenne ?

SL : Oh oui, des différences énormes !

DO : Les Etats Unis sont un endroit énorme mais il n'y a pas tant d'endroits que ça pour jouer. Si tu as une tournée de vingt dates aux Etats Unis, huit seront vraiment bien, le reste... Bien sur ça dépend également de l'importance du groupe.

SL : On n'est pas aussi bien traité dans les salles qu'ici. Je pense que la culture est plus importante pour vous que pour la plupart des américains. C'est beaucoup plus dur de partir en tournée là bas, ici il y a des fonds financés par le gouvernement.

DO : Mais c'est en train de changer, non ?

Oui, disons qu'en France beaucoup de subventions sont coupées ou tout simplement supprimées. Y a-t-il quand même de la place pour la culture indé aux Etats Unis ?

DO : Oui, bien sur, mais il y a une sorte de ségrégation au niveau des styles. En Europe, les gens qui aiment la musique vont en général apprécier une gamme beaucoup plus large de musiques. C'est beaucoup plus séparé aux Etats Unis.

SL : Les gens n'écoutent qu'un style : si tu écoutes du rock indé, tu ne vas pas aller danser en boîte.

DO : C'est assez étrange, mais c'est comme ça qu'est la culture chez nous. Il y a un mouvement indé assez important avec tout un tas de très bons groupes, mais il y a ce côté qui veut qu'il faut que tu sortes tes disques chez Touch & Go ou être lié aux bons labels pour être accepté dans ces cercles.

L'image est donc importante ?

DO : Absolument, tout comme le label qui sort tes disques, les groupes avec qui tu es ami.

SL : De toute façon, tourner aux Etats Unis est une expérience totalement différente. Si tu prends uniquement le concert en lui-même ça peut être la même chose, mais tout ce qui est autour n'a rien à voir. Ca nous arrive de dormir par terre dans nos sacs de couchage chez des gens après les concerts, de ne pas faire beaucoup d'argent et d'avoir du mal à finir la tournée, alors qu'ici on est mieux traité, c'est beaucoup plus organisé. On se sent apprécié quand on joue ici, on a l'impression de vraiment être voulu.

Et au niveau du public ?

SL : Si ce sont des gens qui apprécient notre musique, ça sera la même chose. Ceci dit c'est peut être plus simple pour nous de trouver un public ici en Europe, car on y a beaucoup plus d'opportunités.

Vous vous sentez comme un groupe californien ?

DO : A L.A. les gens associent la musique californienne avec les Beastie Boys, mais c'est vrai qu'il y a des bons groupes...

A vrai dire, je pensais plus à des groupes comme Mazzy Star ou Swell...

DO : Oui, mais je pense que nous sommes beaucoup plus proches de la scène underground de Los Angeles où il y a beaucoup de bons groupes qui forment une sorte de communauté. C'est assez récent, tous ces groupes vivent dans le même coin et c'est là qu'on trouve tous les endroits pour jouer. Ca a créé quelque chose à Los Angeles qui avait disparu depuis des années. D'après moi, la situation actuelle est la meilleure de ces dix dernières années.

Y a-t-il des groupes en particulier dont vous vous sentez proches ?

DO : Des groupes dont tu n'as sans doute jamais entendu parler (rires). Il y en a beaucoup qui n'ont pas encore quitté Los Angeles.

SL : Comme tu disais il y a eu Mazzy Star, Elliott Smith y a habité pendant quelque temps. C'est là qu'est né Jane's Addiction.

DO : On est assez proches de The Black Heart Procession.

SL : Ils sont de San Diego, ce sont de bons amis. On jouait beaucoup avec leur autre groupe, Three Mile Pilot.

Est ce que le fait d'avoir des influences finalement très variées ne vous a-t-il pas aidé à forger votre propre identité ?

DO : Oui, surtout pour le dernier album, je trouve qu'on a un bon mélange d'influences. On écoute beaucoup de groupes très différents et des fois on trouve la trace de certains d'entre eux dans notre musique.

SL : Je pense que ça nous aide. C'est comme parler une langue : plus tu auras un vocabulaire large, plus tu pourras t'exprimer au mieux. Nous avons essayé d'élargir notre palette, il y a tant de choses qui nous plaisent... Du classique au jazz, de la musique des années trente, quarante, cinquante, soixante, etc... Même des groupes actuels. je trouve toujours des groupes que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. Du coup je me mets à ne plus écouter que ça et un mois plus tard je passe à autre chose (rires). Et comme disait Dustin, quand tu aimes quelque chose, ça finit souvent par s'entendre dans ta musique.

DO : C'est l'école de l'écoute musicale (rires).

Vous parliez de labels tout à l'heure. Vous devez vous sentir chez vous sur Bella Union...

SL : Oui, tout à fait. C'est un très bon label qui sort des bons groupes. Que demander de plus ?

Vous étiez fans des Cocteau Twins ?

DO : Oui, complètement ! Ca a été un groupe culte pour nous avant d'être signé chez eux. Ils nous ont énormément influencé.

Est ce vrai que c'est grâce à vous qu'ils ont signé Trespassers Williams ?

SL : Pas vraiment, j'ai juste appelé Simon pour lui dire qu'il fallait absolument qu'il écoute ce groupe génial.

DO: Tu as écouté l'album ?

Oui, je l'ai et je l'aime beaucoup.

DO : Ils sont très doués.

J'ai entendu pas mal de liens entre votre musique et la leur...

DOn : On a joué avec eux à L.A. il y a trois mois...

Il y a donc quand même des bons concerts aux Etats Unis...

SL : (rires) Oui, ils sont super autant sur disque que sur scène. J'ai adoré leur album. Ils nous ont chaleureusement remercié quand il se sont fait signer sur Bella Union (rires).

Revenons en à votre musique. Je trouve The Stars At Saint Andrea très différent de vos autres disques.

SL : Oui, mais je trouve que tous nos albums sont différents. Celui que tu as acheté ce soir, If You Forget Me, est assez vieux, il y a beaucoup d'éléments jazzy dedans. Le suivant, My Beautiful Sinking Ship ressemble aux titres que nous avons joué avec Firewater ce soir (le groupe ayant rejoint Devics sur les deux derniers titres). Il y a une intrumentation assez variée: du violoncelle,du violon, de la contrebasse...

DO : Le dernier album est le premier sur lequel nous avons fait des expérimentations avec l'électronique, c'est probablement une direction dans laquelle nous allons continuer à aller. C'est très important que chaque disque soit bien distinct. Ceci dit je pense qu'un lien les unit tous, un lien qui dit que c'est nous en quelque sorte. Plus ça va et plus on s'améliore au niveau de la composition. On a enregistré une grande partie de l'album nous même et ça a changé notre façon de faire. Ainsi on peut mieux controler l'environement des chansons. Le plus important c'est que nous pouvons écrire en studio et enregistrer dans la foulée, ce qui permet aux morceaux de se développer d'une façon différente, beaucoup plus spontanée.

SL : Beaucoup de titres sur l'album sont des première prises à partir d'improvisations. Ca a été très important pour nous.

DO : Comme on n'était pas en situation de groupe ça ressemble plus à un collage qu'à un live en studio, on a juste rajouté quelques trucs là où on sentait qu'il fallait faire des rajouts.

Vous avez enregistré ce disque en Italie. Est ce que ça a influencé votre écriture ?

SL : Oui, surtout qu'on était là bas uniquement dans le but de faire un nouvel album. On s'est senti très libres loin de la ville et du reste. Quand on regardait par la fenêtre, on voyait des rangées d'arbres fruitiers à perte de vue.

C'était dans une ferme ?

DO : Oui, avec une très vieille maison. Il y avait un tout petit studio à l'étage, j'ai aussi apporté du matériel. Ca aurait été un album très différent si on ne l'avait pas enregistré dans ces conditions. C'était un environement très relax qui nous a complètement enlevé toute forme de pression. Ca change de se trouver coincé dans un studio stérile.

J'ai ressenti l'influence du cinéma sur ce disque.

SL : Absolument. Je crois que nous pouvons être touché par tout ce qui peut rentrer dans nos vies,on adore le cinéma et la musique, lire des livres...

DO : Je crois que la musique a toujours été très visuelle pour nous, que ça soit des films ou des images dans ta tête, voir même des couleurs abstraites. J'en associe toujours avec la musique, que ça soit la notre ou celle des autres. C'est très plaisant de pouvoir créer un monde où tes chanson peuvent vivre et où les gens peuvent pénétrer.

Ca ne vous gêne donc pas que chacun décide pour soi de quoi parlent vos chansons ?

SL : Pas du tout, en plus, je fais pareil avec la musique des autres. Quand j'écoute une chanson que j'adore, elle est à moi. J'ai ma propre histoire sur ce qu'elle signifie, ce qu'elle me fait ressentir. Nous savons à peu près ce que représentent nos chansons mais si elles ont une signification différente pour d'autres personnes, ça n'est pas du tout un problème.

Comment composez vous ?

SL : (frappe dans ses mains) Voila, c'est fait (rires).

DO : En général je commence par une idée musicale et Sarah y réagit, parfois avec des paroles écrites avant, quand elles collent bien sûr (rires).

SL : Dustin est le compositeur et je chante par dessus avec les paroles que j'écris. Dans le cas où c'est Dustin qui chante, c'est lui qui écrit ses textes. Nous avons écrit In Your Room ensemble, chacun sa partie (rires).

DO : Je ne me sentirais pas à l'aise de chanter les paroles de quelqu'un d'autre.

Ne le prends pas mal Sarah, mais je trouve que Dustin a une très bonne voix et qu'il devrait chanter plus souvent.

DO: Il y a quelque temps j'ai commencé à faire un album solo et finalement la plupart des morceaux ont fini par aterrir sur le disque. J'ai un morceau sur notre dernier EP.

SL : Il a fait un excellent album qu'il devrait vraiment sortir, mais le plus important c'est cet album de piano merveilleux.

Comme celui d'Howe Gelb ?

DO : A vrai dire j'ai entendu parler de son album après avoir terminé le mien. Ceci dit ce sont deux albums très différents, le sien est beaucoup plus free jazz tandis que le mien puise ses racines dans le classique comme Chopin, Satie... Bella Union devrait le sortir dans les mois qui viennent...

SL : Il est magnifique... vraiment !

DO : C'est quelque chose que j'avais envie de faire depuis bien longtemps, je suis heureux d'y être parvenu.

SL : Il l'a aussi enregistré en Italie.

DO : Ca n'était pas pendant les séances d'enregistrement de The Stars At Saint Andrea. Ma copine habite là bas et a un très joli piano. C'était presqu'un accident (rires). Au début je voulais juste une sorte d'archive pour mes morceaux et puis je me suis pris au jeu. Le disque a un son beaucoup plus lo-fi que ce à quoi je m'attendais. Ce qui n'est pas plus mal car je me suis rendu compte que je n'avais pas les moyens de faire ça sur un grand piano. J'ai donc fait avec ce que j'avais et ça a marché.

SL : Et ça m'a beaucoup plu !

Y a-t-il d'autre projets dont il faut connaitre l'existence ?

DO : Non, on se concentre sur le prochain album désormais, c'est le but principal.

SL : Ah bon ? (rires). On a commencé à écrire un petit peu, on va s'y mettre dès que la tournée sera terminée. Et comme ça ensuite on pourra revenir (rires).

Ce fameux cycle sans fin...

DO : Oui, mais c'est un bon cycle. Tu as besoin de temps pour écrire. Après, c'est toujours sympa de voyager.

Vous avez déja des idées de ce que vont donner les nouveaux morceaux ?

DO : On laisse les chansons venir à nous et voir où elles nous mènent. Avant d'avoir le tout, on ne sait pas grand chose.

Votre concert ce soir était en duo alors que vous êtes en général cinq sur scène...

SL : Ca donne des concerts beaucoup plus calmes, c'est très différent.

DO : C'est beaucoup plus dynamique quand on est cinq.

SL : Beaucoup plus de montées et tout ça...

Quand j'ai interviewé Calexico je leur ai demandé comment ils s'y prenaient pour jouer en duo et Joey Burns m'a répondu qu'il commençait toujours doucement pour avoir un champ d'action finalement assez vaste. Avez vous la même stratégie ?

SL : Ca c'est plus ce qu'on aurait tendance à faire avec le groupe, ça n'est pas trop le cas en duo. Ca n'est pas parce qu'on trouve ça cool qu'on joue tous les deux : Firewater nous a contacté car ils avaient vraiment envie qu'on vienne avec eux sur leur tournée mais il n'y avait plus que deux lits dans leur tour bus.

DO : Ca a été chouette, on a joué dans beaucoup d'endroits où on n'était jamais allé. Même si les concerts sont différents de ceux qu'on donne d'habitude il y a quand même des gens qui ont apprécié nos concerts. Et ceux qui auront acheté nos disques apres les concerts auront quelque chose de différent à écouter chez eux.

Qu'écoutez vous ces derniers temps ?

SL : Deerhoof. On va bientôt les voir à Los Angeles, je suis impatiente ! J'aime beaucoup le dernier album de The Shins. Karen Dalton aussi, elle chantait au début des années soiixante-dix, elle a la même voix que Beth Gibbons, mais jouait du folk. Malheureusement elle est morte. J'aime beaucoup Calexico, toi qui en parlait tout à l'heure.

DO : J'aime beaucoup leur dernier album, je trouve que c'est le meilleur qu'ils ont sorti.

SL : J'aime aussi le dernier Belle & Sebastian. Ca m'a pris quelques écoutes... Et toi Dustin ?

DO : J'écoute beaucoup Serge Gainsbourg, Chopin. J'ai découvert pas mal de petits groupes électro comme Igloo, ce sont des japonais qui utilisent l'électronique comme un outil à ajouter à une musique organique.

Comme Mùm ?

DO : Un peu oui. J'aime beaucoup leur album. J'apprécie le fait que ces groupes remettent l'homme dans les machines.

SL : On aime bien Isan, ils sont chez Morr Music.

Comme Lali Puna et Ms John Soda...

DO : Oui, ce sont deux groupes qu'on apprécie également. J'ai vu Ms john Soda dans un petite salle en Italie et je me suis dit qu'il fallait absolument que j'achète leur disque, ce qui m'arrive assez rarement. J'aime beaucoup la façon que la chanteuse a d'utiliser sa basse comme une guitare.

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