Mendelson

Interview de Pascal Bouaziz

» Interview

le 22.12.2011 à 12:00 · par Sébastien D.

Où en est le cinquième album ?

On vient d'enregistrer douze titres et on fait le mixage en janvier. On est très contents. Ça s'est fait avec la même équipe que l'album précédent. On a fait exactement l'inverse de l'album précédent. J'avais tous les textes d'avance, et on a préparé avec Pierre-Yves des sortes de pistes, des trames musicales, sur lesquelles tout le monde a ré-enregistré au studio Midi Live, où on avait enregistré la fois précédente. Normalement, on mixe en janvier et j'aimerais bien que ça sorte en septembre prochain. Pour la petite anecdote, les chansons sont plutôt assez longues, assez noires. Et pour l'album, on va essayer de viser un triptyque avec peu de chansons par album : un premier cd avec quatre ou cinq titres, un cd avec un seul titre, un très long titre qui doit faire plus de cinquante minutes et un troisième cd avec là aussi quatre ou cinq titres. A l'arrivée, on ne va pas garder les douze, il y en aura dix, je sais pas encore bien, ça va dépendre de ce qui sort au mixage.

Quand tu dis des chansons très noires, il y a des thématiques sur les chansons ?

Non, j'écris jamais en pensant à des thèmes.

Tu parles de chansons assez longues, ce sont les textes qui sont longs ou c'est la musique qui s'étire ?

Ca dépend mais ce coup-ci c'est plutôt assez riche côté texte. Le morceau de cinquante minutes, par exemple, il y a du texte pendant cinquante minutes.

Comment es-tu passé sur des formats aussi longs ?

C'est d'abord dû au fait d'avoir écrit les textes d'abord sans forcément penser à des formats. Les textes ont exigé d'être très longs par eux-mêmes. Comme je veux pas me censurer, j'essaie toujours d'aller au bout des idées. Et le texte prime beaucoup sur le prochain album. Il y a aussi des chansons de trois minutes, mais la moyenne est bien autour de dix minutes. Je voulais explorer des choses qui n'avaient pas déjà été faites. Quand tu exploses un peu les formats, il y a des choses qui se passent, que t'as jamais entendues ailleurs. Donc faut aller chercher par là. Je préfère toujours proposer quelque chose qui n'a pas déjà été entendu ou pas déjà été fait.

Et la musique ?

C'est parti sur un truc un peu bizarre. Pierre-Yves a récupéré une boîte à rythmes dont je ne me souviens plus de la marque. D'abord sur cette boîte à rythmes, on posait des textes avec des petits arrangements très très succincts. Puis, c'est là-dessus que l'on a rejoué ensuite avec tout le groupe, tous ensemble, sur ce que l'on a appelé des trames. On avait une petite rythmique, quelques idées d'harmonie, et puis après on a fait un travail d'arrangement en live, et toujours en improvisant la plupart du temps sur ces trames. Et l'idée, c'était d'enregistrer tout le monde en live sur les trames rythmiques et après d'enlever les trames rythmiques. C'était un peu ça le concept. Chaque fois, il me semble, qu'il faut trouver une nouvelle méthode de travail, sinon on retourne sur les mêmes choses. L'idée, c'était de travailler un peu comme à l'époque ils faisaient des cathédrales, c'est à dire qu'on commence par monter un peu le mur, et puis on remplit de terre, puis on monte un peu de mur, et puis en fait la cathédrale se construit comme ça, de l'intérieur en accumulant de la terre. Et puis à la fin, on enlève toute la terre et il reste l'espace de la cathédrale. Il y a pas mal d'analogies naturelles entre l'architecture et la musique. A l'arrivée on aura certainement un truc différent de ce que je m'imaginais, mais c'est normal, les choses prennent leurs indépendances. Et il faut les laisser faire.

Ça va sortir sur un label ?

Ça va sortir comme le précédent. On fait une collaboration avec liFe liVe, qui est notre partenaire de presque toujours. Depuis 1998, on bosse avec eux. Et puis, on va le sortir, nous. Puisqu'on a bien vendu le précédent, à notre niveau, on avait un peu d'argent de côté qu'on a remis dans celui-là. Et puis, pour la distribution, on garde le même principe que pour le précédent album, on va sûrement retravailler avec Ici d'Ailleurs et Rue Stendhal.

L'accueil critique du précédent album et le fait qu'il ait bien marché relativement t'ont amené des propositions de la part des maisons de disques ?

Non, pas de contact avec les maisons de disques. Aucune proposition. L'habitude que j'avais avec les maisons de disques, c'était de travailler avec des gens. Et des gens dans les maisons de disques, il y en a de moins en moins. Et il y a de moins en moins de maisons de disques. Donc, après si c'est pour travailler avec un étudiant en commerce de 22 ans, j'ai autre chose à faire. Mais de toute façon, le cas ne se présente pas, donc je n'y pense même pas. Et est-ce que j'ai pensé retourner voir des maisons de disques avec le nouveau projet ? Non. Plus on fait des choses, plus elles sont barrées, c'est pas la peine de croire qu'il va y avoir une révolution ou un changement. Michel Cloup, il a sorti son album, il est magnifique, il l'a sorti lui-même. On fait les choses nous-mêmes, et après on voit s'il y a des gens qui veulent bosser avec nous. Mais on n'attend pas après les maisons de disques. Dans ce qu'on fait, ça sert à rien, sinon à perdre du temps.

A propos de Michel Cloup, sur son dernier album, il y a de vrais parallèles avec ce que tu peux écrire. Vous avez des projets ensemble ?

Avec Michel, on avait déjà fait un truc à l'époque de Lithium ensemble. J'étais descendu à Toulouse, et on avait fait un titre ensemble, co-écrit, textes et musique, et puis, c'était pas sorti à l'époque, mais ça fait longtemps qu'on se voit, qu'on s'apprécie, d'abord humainement. Et puis là, on a fait un projet de concert en commun pour la maison Salvan à Toulouse. On a fait un concert, où chacun accompagnait l'autre, et c'était super. Je pense qu'on le refera sûrement. C'est un ami, chacun suit le travail de l'un et de l'autre. Après, sur la démarche, je crois qu'on tire les mêmes conclusions des mêmes réalités. Mais Michel, lui, est beaucoup plus actif que moi. Il fait énormément de choses, énormément de projets, énormément de groupes, de collaborations. Moi, j'ai un peu levé le pied. Et, puis, en plus, ça me prend énormément de temps pour écrire, énormément de temps pour tout. Mais c'est pas impossible qu'on fasse des choses ensemble. Récemment, toujours pour la maison Salvan, on a fait une sorte de split 45 tours, chacun ramenait un texte inédit, et sur le texte inédit de l'un, c'est l'autre qui faisait la musique. On a enregistré dans un studio à Toulouse, et ça devrait sortir sur le catalogue de l'expo, à l'occasion de laquelle on a fait le concert. Donc il y aura un titre de Pascal avec de la musique de Michel Cloup et un titre de Michel Cloup avec de la musique de Pascal. C'est des choses en cours. A priori, maintenant on sait qu'on est là pour rester, donc on a du temps pour faire des choses ensemble.

Depuis le précédent album, qu'est-ce que t'as fait ?

J'ai écrit beaucoup plus de textes qu'il n'en faut pour les douze chansons, mais pas énormément plus non plus. Et puis, il y a un écrémage qui se fait entre ce que t'écris et ce que tu trouves bien quatre ans plus tard. Parce que là, on parle de la sortie de l'album, en 2007-2008, mais la fin de l'enregistrement du précédent, c'est 2004 et la fin du mixage, c'est 2006. C'est des périodes de temps très longues. Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai pris un travail. On a sorti l'album, ça a été un très très long chemin. Après, on l'a distribué nous-mêmes via notre site avec mon frère. C'était un boulot monstre de faire fabriquer les cds, les renvoyer en Tchéquie, parce qu'ils étaient défectueux, faire les envois, les T-Shirts, les enveloppes. Puis, on a fait une belle tournée d'abord avec Pierre-Yves, et puis de nouveau avec tout le groupe jusqu'en 2009. Et ce projet de film pour accompagner les concerts, qui nous a pris beaucoup de temps, et dont j'étais vraiment très très content. Voilà, maintenant, il faut repartir sur un autre spectacle. J'en ai pas vraiment une idée très claire. Mais la priorité, c'est de finir l'album, finir le mixage et puis on saura ce que l'on a entre les mains.

Et les textes que tu écris pour l'Oreille Absolue, ont-ils influencé ton travail sur les chansons ?

Ben non, parce que l'Oreille Absolue, j'ai commencé à écrire en avril 2011, (quoi que avant l'Oreille, j'avais participé aussi à Minimum Rock & Roll), Les textes des chansons, j'ai commencé à les écrire en 2005 ou même avant. Et puis, les textes de l'Oreille absolue, je mets une semaine à les écrire, en les retravaillant ; les textes pour Mendelson, je mets trois quatre ans à les écrire, donc ça n'a rien à voir. Je mets de plus en plus de temps à écrire les textes, j'ai peur que après celui-là, il faille attendre 2028, parce que c'est de plus en plus long et de plus en plus dur. C'est un peu normal, en fait. Naturellement, t'écris, je sais plus si c'est Murat ou Souchon qui dit, trois ou quatre chansons, et après c'est fini. Naturellement, tu portes assez peu de chansons en toi, après tu commences à ressasser et creuser le même sillon. Donc il faut laisser pas mal de temps. Bon Souchon, ça le dérange pas de réécrire plus ou moins la même chanson pendant trente ans, mais moi, j'ai pas d'impératif commercial qui m'oblige à le faire, et ça m'emmerde d'écrire toujours la même chose. Je prends du temps justement pour essayer de pas réécrire la même chose. Il faut laisser passer du temps, vivre des choses différentes, lire des choses différentes. En tout cas, moi, ça me prend de plus en plus de temps pour essayer d'inventer autre chose.

On sent un réel plaisir à écrire les textes pour l'Oreille absolue...

Ah oui, énormément, je m'amuse beaucoup. C'est très différent encore une fois de l'écriture des textes. Pour Mendelson, je m'amuse pas beaucoup. Mais pour l'Oreille absolue, je m'amuse beaucoup. Et puis, c'est une très grande liberté, puisque je raconte évidemment ce que je veux. Je rigole bien à les écrire. C'est pas du tout la même humeur, c'est pas du tout le même bonhomme qui écrit les textes pour Mendelson, c'est quelqu'un qui est pas très rigolo, c'est pas un mec très sociable. Alors que pour l'Oreille absolue, c'est une personne qui est un peu plus ouverte. C'est pas du tout le même exercice.

Interview réalisée le 17 décembre 2011

Merci à Pascal Bouaziz pour ces quelques mots, et surtout pour sa musique et ses chansons.

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