Kink Gong

L'histoire de Xinjiang

» Interview

le 20.03.2012 à 06:00 · par Sébastien D.

Laurent Jeanneau aka Kink Kong raconte la construction de l'album Xinjiang, depuis les enregistrements sur le terrain en Chine, jusqu'à la sortie du LP sur le label Discrepant.

L'histoire de l'album Xinjiang, est similaire à celles de mes autres remixs. Ils sont faits de mes enregistrements sur le terrain et d'un retravail de composition à partir de ces enregistrements.

Avec le LP Xinjiang, ce qui est particulier, c'est que trois remixs successifs existent, le LP étant la dernière version. ça démarre donc avec des enregistrements sur le terrain en mai-juin 2009 qui ont donné les originaux suivants : Uyghur tambur, satar, dotar in Yining Xinjiang, 2009 ; Uyghur various instruments in Yining Xinjiang, 2009 ; Kazak dongbra, kobuz in Yining Xinjiang, 2009 ; Kazak Aken songs in Chapchar Xinjiang, 2009 ; Kirgiz Manas songs in Tekes Xinjiang, 2009 ; Kazak dongbra in Karajun Xinjiang, 2009.

En rentrant chez moi à Dali au Yunnan (au Sud de la Chine, vers la frontière birmane), je me suis mis a transformer des enregistrements de dongbra kazakh et d'instruments ouïghours. J'avais la patate, je venais d'échapper a l'emprisonnement lors d'une scène tragique au commissariat d'Ili (dans le Xinjiang), où j'en pouvais plus, après deux mois, d'être traqué par les flics locaux (tout ça est bien expliqué dans le livret de Ethnic minority music of northwest Xinjiang, China, sorti chez Sublime Frequencies en 2010) [En gros, cette région, le Xinjiang, est particulièrement surveillée par les militaires et a tendance à voir dans les étrangers, notamment ceux qui s'intéressent aux minorités, comme des éléments agitateurs et fauteurs de troubles].

Les trucs de radio sont liés à des souvenirs personnels. Ces voix de radio de femmes kazakhes qui parlent de culture kazakhe, en retransmission d'un festival kazakh, ont été captées vers 9h du matin dans une pièce de la maison des parents de ma femme où trois véhicules de police ont débarqué avec motards, pénétrant dans la cour de cette petite ferme, pour venir m'arrêter et me conduire au commissariat central pour l'une des pires journées de ma vie. Et c'est aussi l'absurdité d'écouter une radio produite à quelques kilomètres mais comme issue d'un pays lointain, témoignant d'une culture que la famille de colons Hans (parents de ma femme) ignorent totalement.

Revenu à Dali donc, j’étais enfin libre de ce harcèlement policier. Les émeutes du 5 juillet 2009 à Urumqi [affrontements entre Hans et Ouïghours dans cette ville du Xinjiang] s’étaient déroulées juste après notre départ ; on était dans le train Urumqi-Chengdu du 4 au 6 juillet 2009 ; ça aurait été vraiment le mauvais moment d'être en taule à ce moment-là. Bref, une fois à la maison, j'avais plein d’idées pêchues au sortir de deux mois assez horribles. Très souvent, dans mon travail, je ralentis le tempo et espace ; cette fois, j'ai surtout accéléré et épaissis. Avec ces remixs de dongbra, j'ai aussi voulu montrer qu'une autre dérive musicale sur dongbra était possible, car là-bas, soit vous écoutez les standards traditionnels kazakhs, soit vous écoutez du flamenco commercial.

Et un mois après le label Touch, en Angleterre, me demandait de la musique pour une émission de leur Touch Radio [Ça peut s'écouter sur le site de la British Library ici]. Ensuite, Gonçalo [Nuno Cardoso, DJ et artiste portugais et fondateur du label Discrepant], qui est basé aussi à Londres, a entendu le mix, a été impressionné et a voulu qu'on en fasse un LP, taillé dans la matière de Xinjiang Remix, un mix d'une heure en CD, sorti avec 4 autres (Vietnam Remix, Laos Remix, China Remix et Cambodia Remix) chez PPT/Stembogen à Paris le 1er février 2012. Voilà l'histoire !

Pour commander les originaux, c'est ici.

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Photo Interview Kink Gong, Laurent Jeanneau aka Kink Gong nous raconte l'histoire de l'album Xinjiang

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