Festival Soy

Quelques mots avec les organisateurs...

» Interview

le 12.11.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

6 novembre 2012, la dixième édition du festival Soy à Nantes vient à peine de s'achever (voir article ici!). Une semaine bien remplie avec vingt-trois concerts fous et déroutants aux confins du rock et de l'electro, le tout servi par l'association organisatrice Yamoy. Après une bonne nuit de sommeil, quelques questions à Pierre Templé, co-programmateur du festival.

Quelles sont tes réactions à chaud en quelques mots après une semaine de cette belle édition?

On est tous très fatigués mais heureux. Heureux de ce qu'on a vécu ensemble et des retours du public, des médias, des artistes et des partenaires privés ou institutionnels. On a vécu de beaux moments dans des lieux qu'on aime et avec des artistes qu'on défend. Une semaine idéale en somme. Toujours un peu dur de revenir à la « vraie vie » après une édition de Soy...

On devine une programmation savamment élaborée... Comment opérez-vous les choix?

Nous sommes deux programmateurs au sein de Yamoy, Alexandre Labbé et moi. On se laisse avant tout guider par nos envies. Pour nous, le festival est une playlist idéale, un condensé de ce qu'on a le plus écouté dans l'année. Nos avis divergent parfois mais on se fait confiance et une cohérence générale naît finalement de ces différences.

Pour le « recrutement », on contacte beaucoup de groupes en direct. Parfois, on essaie d'organiser des petites tournées pour des artistes qu'on a vraiment envie de voir quitte à leur payer les billets d'avion.

On ne recherche pas l'exclusivité pour l'exclusivité mais les artistes qu'on défend sont très peu diffusés et n'intéressent que peu de monde. On espère que Soy puisse être une vitrine pour eux, un moyen de rencontrer un public potentiel, même confidentiellement.

On est aussi ouvert aux propositions de tourneurs avec qui on travaille beaucoup à l'année et à qui on fait confiance. On le fait aussi pour des raisons financières : un artiste en tournée coûte moins cher qu'un artiste en date unique, et notre budget reste modeste.

Un seul artiste français apparaît dans la programmation. Coïncidence, ou symptôme d'une scène française en manque de créativité?

Deux en fait : Jonathan Fitoussi et 2 kilos & more suite à l'annulation de Nosaj Thing.

On accueille souvent des français lors de nos concerts à l'année. On a plus de moyens pendant Soy et on se dit peut être qu'on pourra refaire les français à d'autres occasions.

On écoute beaucoup de musique venue du monde entier. On ne pense pas le festival en terme de pourcentage de nationalités représentées. Mais c'est vrai que les labels qu'on affectionne le plus sont majoritairement anglo-saxons, ça doit influencer nos choix.

Ressentez-vous une sorte de carte blanche du public nantais?

On a l'impression depuis quelques années que le public nantais (ainsi que la petite partie du public qui vient de différentes régions de France pour le festival) nous fait confiance.

L'intérêt pour les concerts, donc pour le rapport physique à l'auteur de l’œuvre à une époque où tout est dématérialisé est revenu en force depuis quelques années. Les salles de concerts et les festivals de musiques actuelles fleurissent partout en France et ne semblent pas désemplir. Pour le meilleur et pour le pire.

En marge de tout ça, on propose autre chose : des musiques peu diffusées dans des endroits insolites. Cela semble plaire aux gens. Le public aime l'ambiance de nos soirées, on nous le dit souvent. Le fait que tout soit porté par l'énergie d'une équipe de bénévoles passionnés venus avant tout faire la fête se ressent apparemment.

Le format du festival a-t-il beaucoup évolué au fil des ans? Quelles en sont les perspectives? Doit-il ou peut-il encore monter en puissance?

La première édition a eu lieu un peu par hasard, sans véritable réflexion et sur un seul lieu. Puis, dès la deuxième édition pour des raisons financières d'abord, est venue l'envie d'explorer plusieurs lieux qu'on utilisait déjà à l'année avec l'association Yamoy pour des concerts.

L'idée d'un parcours dans la ville à travers des lieux du patrimoine historique, architectural, ou tout simplement notre patrimoine culturel (les bars où on sort, les endroits qu'on aime...) est peu à peu devenue une évidence. Et c'est maintenant le cœur même du festival.

Un tournant dans l'histoire du festival : l'arrivée d'un nouveau programmateur (Cyril Jollard, aussi créateur du festival Elecktricity à Reims) au Lieu Unique. On partage une même vision de la musique et il nous a proposé, en 2009, d'accueillir le festival sur une soirée. Ça nous a donné une très grande visibilité par rapport aux années passées et nous a permis d'accéder à des groupes qu'on n'aurait pas forcément pu accueillir seuls (techniquement et financièrement). Depuis 2009, on sent une progression claire dans l'évolution du festival et ça coïncide peut être aussi avec une meilleure organisation interne au sein de Yamoy, une expérience acquise par tous les membres et qui sert le festival.

Les perspectives : continuer à faire ce qui nous plaît et seulement ce qui nous plaît, continuer à trouver des lieux de concerts insolites ou justes adaptés aux propositions artistiques, continuer à s'amuser, ne pas se lasser... En tout cas, on ne fait clairement pas ça pour remplir des salles et/ou devenir riche... On serait plutôt mal barré d'ailleurs...

On sent bien que Soy est un festival de passionnés, du côté du public comme des organisateurs. Parle nous un peu de l'association Yamoy...

Créée il y a douze ans, elle est composée uniquement de bénévoles, tous passionnés qui se rassemblent avant tout pour faire la fête et voir les concerts qui leur plaisent.

A nos débuts, nous organisions des soirées de projection de courts-métrages mais on s'est recentré depuis quelques années sur l'organisation de concerts dans différents lieux de la ville.

Le festival est un point d'orgue pour nous tous, un moment où tous se retrouvent (plusieurs membres sont partis de Nantes et habitent Paris par exemple).

On ne pourrait pas continuer le projet si on n'était pas porté par cette énergie, cette envie de faire les choses ensemble. Organiser le festival demande beaucoup de temps et d'investissement, et cela peut parfois créer des tensions. Mais on vit tous de beaux moments ensemble durant ces cinq jours, et ça nous donne la force d'avancer. C'est une vision un peu guimauve de la réalité mais je pense qu'on est tous d'accord là dessus.

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