The Bird, The Fish and The Ball

"Ma relation avec les instruments est la même qu'avec les objets."

» Interview

le 03.05.2013 à 06:00 · par Sébastien D.

Lynn Cassiers, chanteuse et touche-à-tout dans divers groupes (Tape Cuts Tape, Basic Borg, Lidlboj...), vient de sortir son premier et très réussi album solo. Pour en savoir plus, notre chronique de l'album est ici. Elle nous a accordé une interview, l'occasion de vous faire découvrir son univers et ses influences musicales.

Millefeuille : Ce premier album solo, c'était un projet que tu avais depuis longtemps ou ce sont les circonstances qui ont fait que tu t'es retrouvée à enregistrer ces morceaux seule ?

Lynn Cassiers : Cela fait quatre ans que je joue en solo en concert. Au début, je bricolais toute seule chez moi avec les machines. Et c'est comme ça que la plupart des morceaux sont nés, même si quelques-uns (Night Out of a Weirdo's Mind, Pling Pling, Isn't Life Funny, John?) ont été beaucoup joués avec mes premiers groupes, Magine, mon quintet ou Wrapped In.

Quelle est la matière première de ces morceaux ? Quel est le degré d'improvisation sur ces enregistrements ?

Ça dépend des morceaux. Pour Rose, Isn' t Life Funny, John?, Night Out of a W. M.,The Juggler et Pling Pling, il y avait de la matière écrite. Donc une structure déjà complète, à partir de laquelle j'ai fait les arrangements à partir d'impros sonores. Pour mettre en valeur chaque morceau, j'essayais d'imaginer un monde sonore assez différent avec les moyens que j'avais : ma voix, les objets, les effets et le clavier-jouet. Toutes les autres musiques sur le disque sont des improvisations sur lesquelles j'ai posé ensuite les mélodies et les paroles, soit improvisées (Klapdance), soit écrites (Cookies For Jack).

Quel est le poids de ta formation dans ta manière de créer ?

J'ai étudié le chant Jazz au Conservatoire de La Haye. La formation en soi ne m'a pas influencée dans ma manière de créer, je crois. Pour ma façon de chanter, c'est autre chose. On pourrait dire que la tendance à changer les mélodies par rapport à ses propres sentiments du moment, à improviser, vient du Jazz. Par contre, les gens que j'ai rencontrés au cours de ma formation m'ont beaucoup inspirée et m'ont sans doute beaucoup influencée dans mon approche de la musique. Ce sont des gens doués et inspirés, venant d'un peu partout en Europe, qui s’intéressent à plein de choses différentes et qui sont toujours prêts à monter des projets assez fous, peu importent les genres… Cette expérience a été très importante pour ma façon d'évoluer dans la musique et on se voit toujours aujourd'hui et on joue toujours ensemble. Parmi ces gens, il faut citer : Alexandra Grimal, Manolo Cabras, Joao Lobo, Giovanni Di Domenico, Mathieu Calleja, Joachim Badenhorst, Oriol Roca, Brice Soniano...

Et le fait que tu enseignes le chant a-t-il un impact sur ce que tu fais ?

Difficile à savoir. J'apprends beaucoup, parce qu'il faut parfois analyser et expliquer des choses sur lesquelles je n'avais jamais réfléchi auparavant. Il y aura sans doute un impact mais je n'arrive pas encore à le mesurer très clairement.

En tant que non-instrumentiste, quelle est ta relation avec les instruments de musique ?

Je les adore et ils me font un peu peur à la fois. Parce qu'ils sont tellement difficiles à contrôler. Chaque instrument est une discipline en soi et ça prend une vie entière à apprendre à le maîtriser. (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de personnes qui arrivent à jouer pleins d'instruments à un très haut niveau… ) Ma relation avec les instruments est la même qu'avec les objets. Ils me servent à créer des mondes musicaux. Mon niveau sur l'instrument en soi n'importe pas. Je pourrais même dire que, parfois, mes défauts m'amènent à des endroits encore plus surprenants. :-)

Et ces textes, en partie conçus comme des histoires autour de personnages, comment sont-ils nés ?

Quand j'écris des textes comme ça, j'ai l'impression qu'ils s'écrivent eux-mêmes. Peut-être, parce que ces personnages me permettent de ne pas avoir à m'identifier à ce que j'écris. Du coup, ça donne toute liberté à mon imagination. Par exemple, Cookies For Jack, c'est l'histoire d'une femme tout à fait normale qui décide, sans raison claire, de tuer son mari au lieu de sauver sa vie. J'aurais pu aussi bien écrire un texte sur la monotonie de la vie, ou sur la pression de la société sur nos choix dans la vie quotidienne. Mais ça aurait été moins amusant que d'écouter l'histoire absurde et beaucoup trop cruelle de Louise.

Ta musique semble s'abstraire des frontières entre genres musicaux, tes influences sont-elles à l'image de ta musique ?

Oui, dans le sens où je suis très éclectique dans ce que j'écoute. Je suis très curieuse et demande toujours à mes amis ce qu'ils écoutent, et de me faire des compils. Surtout s'ils écoutent tout à fait autre chose que moi. La musique que je connais le mieux c'est le jazz. Billie Holiday, Duke Ellington, Charlie Parker, Sarah Vaughan, Betty Carter… Mais j'écoute surtout le jazz des années 60, où il se passait vraiment de tout. Ornette Coleman,Miles Davis Quintet, Bill Evans, Sun Ra, Mingus, Coltrane... Puis les années 70 avec encore plus d’expérimentations avec l'électronique et d' autres styles comme Annette Peacock, Paul Bley, Joni Mitchell, Kenny Wheeler, Han Bennink…

A part ça, je suis très attirée par la musique classique contemporaine, des gens comme Cage, Berio, Ligeti, Nuono… tout comme par la musique électronique, des groupes comme Autechre, Squarepusher, Aphex Twin, Mira Kalix… et je me retrouve vraiment dans quelques musiques ambient comme celles de Brian Eno ou de Jon Hassel. Mais la musique Brésilienne me plaît aussi beaucoup: Caetano Veloso, Elis Regina, Milton Nascimento, Gilberto Gil, Joao Bosco, Joao Gilberto, Tom Zé... J'adore aussi des artistes comme Zappa, Dylan, Hendrix, Led Zepellin, Khan, Janis Joplin, Bowie, The Beatles, Stevie Wonder, Bob Marley, Prince, James Brown… Bref, il y en a trop. Sans oublier toutes les belles musiques traditionnelles que l'on trouve dans le monde : le gnawa, la rumba, les musiques africaines…

Comment se sont faites les rencontres pour les nombreuses collaborations que tu as pu conduire ces dernières années ?

Grâce à l'équipe que j'avais rencontrée à la Haye, on a voyagé et joué pas mal au début. Par la force des choses, j'ai rencontré plein de gens de la scène des musiques improvisées, qui n'est n'est pas très grande. Parmi ces rencontres, Marek Patrman, Nico Roig, Audrey Lauro, Pakyan Lau, Daysuke Takaoka, Leon Parker, Marshall Allen, Chris Jennings, Pierre Perchaud, Fred 'Lyenn' Jacques, Clément Nourry… D'autres rencontres importantes ont eu lieu ici en Belgique dans un lycée artistique où je suivais les cours entre autres de Jozef Dumoulin et de Bart Van Caenegem (pianiste, professeur au Lemmens Instituut, où je donne mes cours de chant maintenant). Jozef m'a demandé de rejoindre son groupe Lidlboj et là j'ai rencontré Bo Van Der Werf (Octurn) et Eric Thielemans avec qui j'avais déjà fait connaissance et jammé à Paris une fois.

Et la rencontre avec Rudy Trouvé pour Tape Cuts Tape ?

Eric Thielemans (le troisième membre de Tape Cuts Tape, ndlr) nous a présentés l'un à l'autre dans une grosse soirée impro pour un festival qui s'appelle 'Follow The Sound'. On était onze sur scène, il me semble. J'étais assez proche de Rudy, et ça marchait bien entre nous. Un peu plus tard, on s'est vus tous les trois pour un premier concert improvisé.

C'est ton frère, Steven, il me semble, qui a mixé l'album, vous avez l'habitude de travailler ensemble ?

Mes premiers groupes, c'était avec lui. J'ai d'abord chanté dans son groupe de rock quand j'avais onze ans et, plus tard, c'est lui qui jouait dans mon quintet de jazz, avant que j'aille au conservatoire. C'est un très bon batteur et j'aime beaucoup jouer avec lui. A force de vivre loin l'un de l'autre, on a continué nos propres chemins. Vu qu'il est passionné par tout ce qui regarde le son, l'enregistrement et le mixage, c'était l'occasion de retravailler avec lui. Je suis très contente des résultats.

A-t-on une chance de te voir, seule ou en groupe, sur une scène française prochainement ?

Pour le moment, je crois que mes premières dates en France sont pour février 2014 avec le groupe d'Alexandra Grimal. C'est possible qu'il y en ait d'autres avant, mais c'est à voir. En tout cas, elles seront sur mon site : lynncassiers.com.

Merci beaucoup à Lynn pour ces quelques mots en Français !

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Photo Interview Lynn Cassiers, eer

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