Programme

Programme bogué

» Interview

le 10.05.2004 à 00:00 · par David P.

Avez-vous eu des difficultés à trouver un nouveau label ? Le brouillon était il prévu du temps de lithium ?

Arnaud Michniak : Nous devions sortir Bogue sur Lithium et lorsque Lithium a décidé de stopper son activité (de manière non-définitive) nous avons fait quelques envois à des boites de prod plus ou moins grosses. Comme c'était prévisible, vu la nature de Bogue et de notre musique en général, nous avons essuyé des refus de la part des grosses (Labels, Discograph) et avons été mieux accueilli par les plus petites (Ici d'ailleurs, Clapping music). Depuis quelques temps déjà (et l'arrêt de Lithium me l'a rappelé) j'envisageais de créer avec des gens proches une structure de production de type indépendant pouvant servir à sortir des projets « à but non-lucratif » mais surtout pouvant servir à créer un espèce d'atelier ou de laboratoire pour des projets collectifs et/ou atypiques (en cela Bogue est le point de départ idéal). Vu, encore une fois, la nature de ces projets, je pense que nous nous en tiendrons à des petits tirages (entre 500 et 1000 exemplaires) vendus par correspondance. Pour les projets les plus « vendables » ( s'il y en a ), nous espérons refaire des rencontres heureuses comme avec Ici d'ailleurs pour pouvoir les distribuer, voir de continuer ponctuellement avec eux si ça ne les lourde pas trop ( ça prend du temps et ne rapporte pas d'argent).

Ce qui surprend (agréablement) dans Bogue, c'est la cohérence du projet malgré la diversité des styles musicaux, et des différentiels procédés narratifs utilisés. Etait-ce une évolution logique de Programme que la proposition des ACR de France Culture a permis de réaliser ? Au niveau de la production aussi, Bogue semble avoir bénéficié de plus de moyens. Y a-t-il des différences fondamentales au niveau du travail en studio pour ce genre de projet ? Etiez vous familier de ce programme ? Est-ce que l'utilisation de samples n'a pas posé de problèmes avec la diffusion radio ?

Damien Betous : Le projet France Culture était pour nous l'occasion de devenir plus précis dans le discours musical. Comme il n'était pas forcement question d'en faire un disque, nous n'avions pas à nous préoccuper de certains détails, mais nous concentrer sur la pièce pour arriver au plus profond de notre pensée. Bogue a bénéficié de beaucoup moins de moyens techniques que les albums, mais nous voulions depuis le départ être intransigeant avec chaque mot, chaque son, chaque silence. Nous avions pour chacune des scènes de Bogue un film en tête très précis. Parfois un seul son, mais le bon ; parfois une phrase clé ; et nous avons pu passer des semaines à ne pouvoir « habiller » ces bases ; quitte à rester plus sobre que sobre quand tout est dis avec presque rien ; « Plus fort ».

Nous avons fait un voyage dans l'épuration. Nous avons essayé de chercher l'essence des thèmes et de les laisser en l'état, sans rien accumuler, pour essayer de faire vivre la musique d'elle-même sans qu'on sente forcement un passage en force.

Le descriptif de France Culture parle de schizophrénie terme clinique très fort pour une maladie que l'on attrape pas, n'est ce pas une facilité de langage pour un mal plus rarement défini qui se contracte tout simplement en vivant? A force de minuscule détail, aussi insignifiant que quelques uns a la place de zéros, d'où le "ça serait trop long a expliquer", trop long et peut être aussi insignifiant pour qui ne le vit pas au quotidien, depuis trop longtemps. D'ou la question du manifeste. Déjà artistiquement tout se tient. Et d'ailleurs, comment vivez vous ce que vos auditeurs peuvent penser de votre musique ? Sachant que forcement, des personnes apprécient sans doute votre musique en n'y comprenant rien (peut-être moi le premier).

DB : Le manifeste c'est Programme, et non ce que dit Programme. On aura compris qu'il n'y a pas grand-chose à comprendre dans notre musique, parce qu'on a un sac à vider. Mais ce n'est pas une raison pour faire mal les choses : on a toujours le choix entre dire ce qu'on ne pense pas ou penser ce qu'on ne dira jamais, et la musique est pour nous la seule occase de tester notre sincérité. Alors nous organisons notre travail pour que le rendu soit au plus près de nos viscères. Le public ne doit pas comprendre grand-chose s'il s'applique au mot à mot… je crois qu'avec Bogue comme trame, nous pourrions faire non pas trois mais neuf albums. C'est le point de vue global qui prime. On aurait pu s'appeler Bogue, ce disque s'appellerais Programme ou l'Enfer Tiède, ou Mon Pied Dans Ton Nez, ce qui compte, c'est que l'accumulation de nos travaux soit une spirale qui puisse converger vers un centre toujours plus précis, toujours plus clair, jusqu'au bout de ce qu'on pourra faire tous les deux.

Il y a des rumeurs insistante de séparation, qu'en est-il vraiment ? Il a de toute façon toujours été question que Programme ne dura pas très longtemps, mais peut on encore espérer des nouvelles sorties ? Si oui, sous quelle forme (DVD, album, voire projet uniquement pour le net) ? Il y a aussi pas mal de rumeur sur « Non Stop Fredo », groupe qui serait produit par Arnaud Michniak, qu'en est il vraiment? Quelques mots sur le "peuple sans visage" ? Sur le mode de distribution, sur qui sera présent, sur si ça sera basé uniquement sur la parole ou avec des illustrations sonores ?

AM : Il n'y a pas d'avenir immédiat pour Programme à part la sortie de Bogue, pas de séparation non plus. Nous gardons derrière l'oreille l'idée lancée par Lithium de faire un DVD à partir des concerts filmés du groupe, mais nous ne savons pas encore quand ni comment...

Non Stop est le pseudo de Fred Roman, auteur-compositeur-interprète toulousain, aidé pour les arrangements et la programmation par Pierre Schmidt (également présent au Brouillon). Leur premier album, intitulé Road-movie en béquilles, a été enregistré et mixé par Den's (ancien batteur de Diabologum) et moi-même. Den's est également compositeur de certains titres.

Pour ma part je suis directeur artistique du disque, arrangeur, et je fais un featuring sur une chanson. Je laisse les impatients se ronger le frein en disant juste que le disque est bouillant et qu'il devrait sortir en fin d'année. Nous sommes actuellement en contact avec Ici d'ailleurs mais rien n'est fixé pour le moment.

« Le peuple sans visage » est un journal collectif audio, entre docu et fiction, à la fois pris sur le vif et écrit. Document brut, principalement basé sur la parole son contenu participe clairement à une critique sociale, et sa forme se veut le relais d'une expression collective chère au Brouillon. Nous en ferons à priori un tirage limité vendu par correspondance, précédé peut-être d'une diffusion radio. Le projet est un véritable « work in progress » donc c'est difficile pour le moment d'être très clair mais le truc va exister.

Pour moi c'est aussi le moyen de passer du « format » chanson à un projet audio-visuel auquel je compte me coller très prochainement.

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