Migala

Une toile tissée à l'espagnole

» Interview

le 06.07.2004 à 00:00 · par Ana C.

Commençons par une question concernant votre prochain album : est il vrai qu'il sera entièrement instrumental ?

Abel Hernandéz : Non…

Kieran Stephen: C'est un gros mensonge !

AH : L'album est en grande partie instrumental, mais il y aura du chant : il y a ce titre que nous avons joué ce soir, Your Star Is Strangling et aussi El Gran Miercoles qui est instrumental mais qui contient des samples de voix.

Avez-vous suivi la même direction pour ce nouvel album que celle de Restos De Un Incendio ?

KS : Je ne pense pas. Pour moi, le concept de Restos c'était juste l'idée d'avoir un groupe qui joue ensemble et qui fait de la musique amenant de nouvelles choses à Migala sur des morceaux qui existaient déjà. Il y a eu quelques changements : Rodrigo ne joue plus de basse, Coque joue désormais de la guitare, ce qui apporte une nouvelle perspective. C'était surtout l'idée de la réunion de plusieurs gens pour faire de la musique.

AH : Pas uniquement de la musique. Il y a deux nouveaux membres sur cet album : Nacho Piedra qui joue des images (rires), il joue des films qu'il fait avec l'aide d'amis et Kieran, le nouveau bassiste. Coque, Rodrigo et Jordi ont changé d'instruments, moi je me concentre plus sur la guitare.

Y aura-t-il un dvd avec l'album comme prévu ?

KS : Oui, on l'a terminé, ce sera avec l'album. On considère ça comme un tout, on ne sépare pas l'un de l'autre.

Nacho Piedra : Ce dvd fait partie intégrante de ce nouvel album.

KS : Je trouve que la musique se défend très bien toute seule, mais les images y ajoutent indéniablement un plus. La musique me semble être très émotionnelle, et ça prend une tournure beaucoup plus importante quand tu regardes le dvd, peut être parce que tu utilises un sens supplémentaire. Ca donne de la profondeur aux titres, par rapport à ce qu'on essaye de dire à travers la musique.

AH : Je pense qu'une fois que tu as vu les images tu peux t'en rappeler en écoutant la musique. On dit qu'en ce moment on fait de la musique et des films, comme des… films musicaux (rires). En tout cas, ça sera très différent. Restos De Un Incendio est comme un hommage à nous-mêmes (rires). Pas nous-mêmes en tant que personnes, mais plus en tant que membres du groupe, ainsi que l'histoire du groupe.

Comment vous est venue cette idée de faire un album avec d'anciens morceaux ?

AH : C'est venu en tournée. Tout le monde nous disait que les chansons étaient en train de grandir et changeaient beaucoup. Acuarela nous a proposé de sortir un EP ou un single avec deux ou trois morceaux. On a tout de suite été d'accord et à la fin de la tournée, on s'est décidé à en faire un album entier. Acuarela n'était pas au courant. On a essayé d'en faire le plus possible avec un budget assez limité et ça a été comme un miracle : on a passé un jour en studio à tout préparer et un autre à jouer ensemble. On a commencé a deux heures trente avec juste trois morceaux, dont un qui ne nous plaisait qu'à moitié. L'après-midi s'est super bien passé. Rien que dans la dernière heure, on a enregistré quatre morceaux, uniquement sur des premières prises. Quand Acuarela nous a demandé les mix, on a décidé que ça serait l'album. C'est d'après moi le meilleur de notre passé, enfin peut être pas le meilleur, mais ça résume parfaitement bien ce qu'a été Migala à cette période. Peut être qu'on peut voir ce disque comme un avant goût de là où on se trouve maintenant. C'est similaire et différent en même temps.

Vous n'avez pas eu peur de perdre de la spontanéité ?

KS : On n'a jamais vraiment pensé à la façon dont nous devons présenter nos chansons en live. Le nouvel album a été enregistré pendant des répétitions dans un garage. Quelqu'un va jouer quelques notes, on lui dit « Hey, c'est bon ça ! », et puis chacun vient y ajouter quelque chose. C'est très organique et naturel, pour être honnête, on ne fait pas vraiment de plans.

AH : Ensuite c'est très ordonné, avec le mix etc…

NP : C'est une réflexion collective en quelque sorte.

KS : On est loin d'avoir une production très léchée à la Britney Spears, on reste des amateurs. Je ne nous considère même pas comme des musiciens. Je n'irais jamais jouer de la basse, pour, disons, Eric Clapton (rires).

Mais tu ne peux pas nier être musicien et que ta musique peut toucher des gens que ce soit en concert ou sur album…

AH : Oui, c'est vrai, on est des musiciens.

KS : Ah, ferme la donc (rires).

AH : On essaye de bien tout mélanger au niveau de nos pulsions et de nos sentiments. Avoir des émotions avec la musique et les images.

Comment se passe la composition de vos morceaux ?

AH : il n'y en a pas. C'est de la magie. On joue ensemble et une idée va aller se coller avec une autre etc. On dresse à peu près le profil de nos émotions collectives et on essaye de s'en approcher. Jouer live a encore une grande importance sur notre nouvel album. Il n'y a pas vraiment de compositeur.

KS : Quand j'ai rejoint Migala, on buvait tous ensemble et ils m'ont demandé si je voulais jouer avec eux, j'ai répondu « Mouais, pourquoi pas ? Je ne fais rien en ce moment » (rires). En arrivant au garage, le but était de jouer ce que je sentais le plus approprié. On n'a pas essayé de se dire, il faut que la chanson soit comme ci, qu'on joue comme ça. Chacun joue ce dont il a envie. J'ai joué dans des groupes où tout est méticuleusement préparé, c'est loin d'être le cas avec eux, c'est beaucoup plus intuitif. Même après le mixage, on peut toujours rajouter des idées.

AH : On travaille tout de même beaucoup sur nos morceaux mais sans aucun plan.

KS : C'est exactement comme la sculpture ou tu te retrouves avec ce gros bloc et tu y vas « génial, génial » en donnant tes coups de burin.

J'ai l'impression que le morceau qui apparaît sur la compilation Acuarela, Epiloguo Par Acuarela, fait en quelque sorte le lien entre l'ancien et le nouveau Migala.

AH : Tu as tout à fait raison, et on ne s'en est même pas rendu compte tout de suite ! Nacho nous filmait à ce moment là dans le garage pendant qu'on jouait. C'est le genre de choses qu'on fait quand on commence à se sentir bien échauffé. On transpirait un peu (rires)… On a fait cette tournée sur la cote ouest des Etats-Unis, un peu par obligation, et ensuite on a passé quatre mois à se voir dans des bars, juste occupés à être amis. Le petit ver s'est finalement remis a remonter.

KS : Il faut créer !

AH : Nous avons compris que nous devions nous éloigner de la musique que l'on faisait jusqu'à présent, on avait un peu l'impression de toujours mettre des limites. On savait qu'on appréciait de jouer des instrumentaux sans vraie fin ni début, sans refrain et on a senti que ça devait être une direction. Même si le résultat a été assez différent de ce à quoi on s'attendait, c'était exactement notre état d'esprit.

Votre tournée américaine ne s'était pas bien passée à l'époque ?

AH : Ca nous a plus, mais c'était dur. Avec une moyenne de six à sept heures de route par jour, avec des endroits formidables, d'autres à chier. On a donné un concert à Los Angeles où ça s'est plutôt très mal passé.

KS : C'est très facile de se lasser, de jouer tes chansons en tournée et puis rentrer chez toi, recommencer, bref, devenir une vraie machine. Ce n'est pas le cas avec Migala, heureusement. Tu te sens mal de toujours jouer les mêmes choses, bon peut-être pas mal, mais un peu.

AH : On en avait un peu marre. Mais en même temps, c'est sur cette tournée qu'on a commencé à penser à intégrer Nacho et ses images. On s'est dit que tout devait changer.

NP : Cette tournée aux Etats-Unis a été le point de départ de beaucoup de changements. C'était un peu comme une fin qui laissait la place à de nouveaux espoirs, de nouvelles envies aussi.

AH : C'était comme un thérapie, une thérapie de groupe.

NP : La première fois où je vous ai vu au garage vous aviez vraiment l'air changés. Vous aviez beau dire que la tournée était bien, j'ai vite remarqué que vous aviez changé (rires). On s'est dit qu'il fallait changer de registre.

KS : C'est à peu près à ce moment que j'ai rejoint le groupe. Comme on dit en Espagne, je suis le dernier singe (rires). Ca nous a pris un peu de temps pour arriver là où on voulait. C'est très dur pour un groupe de faire table rase du passé, mais je pense que Migala a la chance d'avoir un label qui ne va pas lui dire « Non, vous n'allez pas sortir un disque instrumental avec un dvd, on veut que vous fassiez un autre Arde ».

AH : Non, pas un autre Arde, dix morceaux avec le groupe, très clair !

KS : Ca arrive à tellement de groupes dès qu'ils se retrouvent sur des grosses structures.

AH : Peut être qu'il y aura beaucoup plus de chant sur le prochain disque, on n'en sait vraiment rien.

KS : Le label ne nous demandera jamais d'avoir plus de morceaux chantés. Il y a une grande différence entre écrire des chansons et faire de la musique. Je fais ma propre musique en dehors de Migala et je chante mes morceaux, qui n'ont rien à voir.

AH : C'est exactement la même chose avec les films de Nacho ou la musique d'Emak Bakia. Migala n'est pas l'addition de nos personnalités, le groupe a sa propre existence.

Je me demandais justement si vous considériez Migala comme un groupe ou un collectif, je suppose que vous venez de nous donner la réponse.

AH : On est un gang (rires).

KS : Des types dont tu as très peur quand tu grandis.

AH : Un gang de types qui font des choses ensembles. On sera peut être des terroristes après.

KS : Des terroristes du rire.

AH : Oui, on parle de terrorisme humoristique. On va kidnapper Madonna et exiger qu'elle ne chante plus jamais si les gens veulent qu'on la libère. C'est tout ce qu'on demande, c'est pas excessif, si ? (rires). Promis, on la laisse tranquille après ça.

Vous êtes assez peu reconnus en Espagne, on vous colle souvent l'étiquette de groupe « intellectuel ». Pourquoi, d'après vous, avez-vous plus de succès hors de l'Espagne ? Tout le monde était très grand et blond à votre concert au Primavera Sound, je me suis dit qu'il n'y avait pas un espagnol dans la foule !

AH : J'adore les gens qui nous détestent en Espagne. Ils commencent à bien nous aimer (rires).

KS : Il faut vraiment avoir des couilles pour faire ce qu'on fait. On est prêt à couper le cordon ombilical, même si ça n'est pas vraiment une coupure. La première fois ou on a joué à Santander, ça faisait six mois que j'étais dans le groupe et je suppose que le public s'attendait à entendre du Arde ou les versions de nos morceaux de Restos, et on s'est concentré sur nos nouveaux morceaux. J'ai eu l'impression que personne n'était déçu. C'est un changement assez courageux à faire pour n'importe quel groupe. Je croyais qu'on perdrait des fans et on en gagnerait d'autres, mais il me semble qu'on ait gardé nos anciens fans.

AH : On a reçu beaucoup d'e-mails après Primavera de gens nous disant qu'ils n'aimaient pas Migala avant mais qu'ils commencent à apprécier. Je pense que Migala s'exprime mieux désormais. On avait un peu peur de faire face à certaines choses dans le passé, je trouve. On devient grand. Beaucoup de gens nous envoyaient chier à cause de cette image de groupe arty, dans les bars les gens nous disaient « Fuck you, fuck Migala », on ne fait que de la musique ! Peut être que dans un sens ils avaient raison. Je pense qu'ils nous auraient encore plus détesté si on avait ressorti un Arde, ou un disque où on aurait juste bégayé. Comme les Tindersticks

KS : Ou même Mercury Rev. Il y a tellement de groupes dans ce cas, même des groupes que j'adore, comme les Afghan Whigs. Si tu entends une progression entre leur disques, il est évident que leur dernier album annonçait la séparation du groupe. Même si c'était un album réussi, ils ne faisaient que chercher leur son, leur point culminant d'après moi étant Gentleman. C'est un peu le même cas avec R.E.M.

AH : Comme avec Cure ces dernières années : ils savent ce qui marche… sauf que ça ne marche plus (rires).

KS : J'espère très franchement que ça n'arrivera pas à Migala. Ca fait tellement d'années qu'on fait de la musique…

NP : C'est surtout une question de prendre un instantané des moments qu'on vit. On pourra peut-être parler de grandir plus tard. Je pense que cet album a fait grandir Migala mais documente surtout un moment très important, comme Restos De Un Incendio, la façon dont cela capture les concerts de Migala.

Vu hors d'Espagne, il y a cette sensation que la scène indépendante a un peu de mal à se renouveler quand on voit que des groupes comme vous ou Sr Chinarro ne sont plus tellement jeunes…

KS : Il y a une scène en Espagne avec pas mal de groupes, mais savoir si ces groupes sont bons est une toute autre question. Je ne vais pas en rajouter car je ne suis vraiment pas un fan de musique espagnole. J'ai connu Migala quand j'étais dans un autre groupe où les autres membres n'arrêtaient pas de me bassiner avec Migala. Je me suis dit en les écoutant « Qu'est ce que j'aimerais jouer avec ce batteur » et bien voilà, maintenant je joue avec lui : bon sang, je déteste jouer avec ce batteur (rires) !

Vous sentez vous isolés ?

KS : Oui, je trouve Migala à part en Espagne.

AH : Il y a une scène dans un sens, mais chacun boit ses propres bières. Notre situation est un peu bizarre, être plus connus hors de chez nous. Peut-être que ce disque va changer les choses.

Qu'écoutez vous ces derniers temps ?

AH : Heu, je ne sais pas vraiment… Migala (rires) ! On a passé un sacré paquet de temps sur le mastering, chaque jour à écouter je ne sais combien de fois les mêmes chansons… Sinon je suis tombé amoureux du dernier Xiu Xiu, qui est sorti chez Acuarela. C'est un disque impressionnant, à mon avis aussi bon que le Philophobia d'Arab Strap, peut-être meilleur. Je trouve que Xiu Xiu est plus véridique qu'Arab Strap.

Qu'est ce qui ne sonne pas vrai chez Arab Strap d'après toi ?

AH : Je trouve qu'Aidan fait un petit peu l'acteur avec sa vie… Je trouve qu'il faisait un peu plus l'acteur sur Philophobia que sur le dernier…

Leur dernier album sonne quand même sobre…

KS : J'ai un ami qui joue de la basse avec eux et ils sont tout, sauf sobres (rires). Je suis né dans la même ville qu'eux, à Falkirk en Ecosse, chouette endroit (rires). Une ville bien agréable (rires).

AH : On va sûrement te taper dessus quand tu vas y retourner…

Vous aviez l'air assez proches d'Explosions In The Sky pendant le festival.

AH : Oui, il y a trois fans du groupe dans Migala : Rodrigo, Nacho et…

NP : Et l'autre c'est… (rires)

AH : Ruben ! Je les aime bien et ils jouent très bien avec un mur du son impressionnant. Tu peux aussi ressentir ce qui leur passe par la tête, mais…

NP : Mais quoi ?

AH : Ca ne me touche pas vraiment, je sature peut être un peu avec ce genre de musique instrumentale. Nacho est très fan d'eux parce que c'est un grand groupe, mais personnellement je préfère Shipping News par exemple.

Ca n'est pas le même genre de groupe…

AH : Oui, ils sont différents, Shipping News est plus basique, plus bluesy et rock. Ce sont de très bonnes personnes et sont vraiment à fond dans ce qu'ils font.

KS : Je pense que ça se remarque tout de suite quand tu vois le groupe sur scène.

AH : En tout cas, je ne sais pas pourquoi Explosions In The Sky ne me touche pas trop. J'ai des goûts assez « queer » en ce moment (rires).

NP : Plus « queer » ? (rires)

KS : Bon je vais chercher de la bière !

AH : Je ne veux pas dire qu'ils sont prévisibles, mais dans un sens, si. Tu sais quand les montées viennent.

NP : Je suis aussi un peu fatigué par ce genre de musique, mais ils sont vraiment très forts.

C'est sûrement le problème de ce festival : beaucoup de bons groupes, mais pas beaucoup de variété…

NP : Je vois ce que tu veux dire, mais sans que j'arrive à l'expliquer Explosions In The Sky dépasse tout ça. Je trouve que c'est le meilleur groupe sur scène du moment. Je peux vraiment pas t'expliquer pourquoi mais ils ont « the touch ».

AH : En Espagne, j'aime beaucoup Lisabo. Je ne sais pas si ils vont continuer.

NP : Eux non plus d'ailleurs (rires).

AH : Bob Dylan a toujours joué un rôle très important dans ma vie, surtout pendant les périodes difficiles.

Et au niveau des groupes français ?

AH : J'adore Dominique A

NP : Matthieu Boogaerts.

AH : Mendelson, ils sont très bons. Experience est plutôt pas mal, mais je préfère Programme. Je les ai vus trois fois : la première fois était très impressionnante, j'en tremblais. La deuxième m'a fait réfléchir, je me suis dit que ça ne changeait pas tellement et la troisième fois m'a plu, mais sans plus. Le concert de Primavera m'a énormément impressionné. Sinon, je trouve le nouvel album d'Experience très bon. Ils se débrouillent très bien en Espagne. Il y a une vraie scène en France. On s'en aperçoit quand on joue en France, il y a quelque chose, bon pas la « french touch » d'Air ou autre (rires), mais il y a quelque chose avec un truc unique.

Au milieu des années 90 en Espagne, la plupart des groupes indés essayaient de sonner comme Sonic Youth, par exemple, sans y arriver…

AH : Il y a quelques groupes en Espagne dont un qui s'appelle Migala

Qui ça ? (rires)

AH : Migala, je trouve qu'ils font de la musique internationale avec une touche espagnole comme les groupes français ont leurs propres caractéristiques. Sr Chinarro est un groupe formidable, un des rares groupes espagnols qui mérite d'être cité.

Sur Asi Duele Un Verano il y avait le thème de l'eau et celui du feu sur Arde, quel sera celui de l'Incredible Aventura ?

NP : La nature, peut être.

KS : On a des choses avec la jungle.

AH : Et l'électricité aussi, la peur, les animaux…

KS : Les singes (rires). Ils ont une grande importance sur ce disque, même si ça n'est qu'une certaine catégorie qui est concernée.

AH : il y a aussi la pleine mer, quelque chose d'agréable mais qui peut aussi te tuer si tu n'es pas malin.

Et le thème des désastres semble revenir constamment…

AH : Il n'y en a pas sur le nouveau.

KS : Chacun passe par cette phase dans sa vie, quand tu ne sais pas trop ce que tu fais.

AH : Asi Duele Un Verano a été enregistré en trois mois pendant l'été.

NP : dans un endroit estival…

AH : Oui, c'était à Gijon. C'était un joli résumé de chaque membre du groupe. Arde est pareil, mais parle plutôt de la peur de grandir, de refuser de faire face à certaines responsabilités. Tu sors toute la nuit, tu bois beaucoup, tout va vite, l'amour, ton travail et le monde.

KS : Je vois le nouvel album comme faire face à ses peurs et les surpasser.

AH : Tout à fait d'accord avec toi. Je vais aux toilettes....

KS : Migala a un peu toujours l'image d'un groupe triste, mais je te promets que ça n'est pas le cas. C'est un peu comme être avec les Monty Python (rires) ! Il y a beaucoup d'humour.

Où sont les blagues ?

KS : Il n'y a pas vraiment de blagues, genre « Où est ma femme, blablabla » (rires). Bon, c'est peut-être un humour qui ne fait rire que nous. C'est très important pour notre musique, cette relation entre nous. Vous verrez sur le dvd, il y a une vidéo assez montypythonesque…

NP : Il y a toujours un peu d'humour. Peut-être un peu trop des fois.

Pour en revenir au thème du désastre, je me demandais si le groupe n'avait pas eu des problèmes de voiture pendant l'enregistrement d'Arde ?

NP : Je ne sais pas, je n'étais pas encore dans le groupe (rires).

KS : Je crois qu'il y en a eu juste après, un coup à Porto et un à Paris. Leur van était tombé en rade alors qu'ils devaient jouer.

NP : Non, c'est pas ça, c'était une autre fois.

KS : Bon, on en sait rien alors.

Qu'est ce que la tournée avec Will Oldham a apporté à Migala ? (Le reste du groupe nous rejoint)

Rodrigo Hernandéz: On a beaucoup appris avec lui, comment jouer sur scène, comment réussir à mettre des barrières autour de nous pour se protéger. Ca a été très enrichissant d'apprendre ses chansons.

AH : Comment protéger l'essence de ce que tu fais. Quand tu joues tu dois avoir une certaine attitude.

RH : Certains groupes sont très natures, d'autres jouent au théâtre. Will Oldham est nature, mais ne l'est pas aussi. Quand il est sur scène, il interprète ses chansons comme un acteur et tu apprends de ça. Tu en fais beaucoup plus sur scène que quand tu prends le bus par exemple. Des fois, sur scène, tes chansons sont plus importantes que toi et c'est ce sur quoi tu dois te concentrer.

Vous connaissez Café Téatro ?

RH : Ca me dit quelque chose…(Le groupe sort quelques plaisanteries sur des noms de groupes en espagnols)...Les Monty Python arrivent !

KS : Vous voyez, je vous avais prévenus !

AH : Ceci dit, ça ne me dit rien.

Ca n'est pas trop dur de jongler entre vos emplois et être dans Migala ?

AH : Oui, c'est assez dur.

KS : C'est un peu un sacrifice, parce que quand tu travailles toute la semaine, tu n'as pas vraiment envie de jouer le week-end. Et de toute façon, il y a certains membres du groupe qui sont totalement inemployables (rires).

RH : C'est pas vrai ! La seule chose que tu veux faire le week-end, c'est de jouer. Bon, pas Kieran parce que c'est un gros flemmard…

AH : Ils ont tous les deux raison en fait. Mais on ne le fait pas parce qu'il y a une obligation. On est amis, on boit ensemble, on joue ensemble, on parle de la vie. On sort souvent dans Madrid le soir et on dépense beaucoup d'argent.

NP : Peut-être trop certaines fois (rires).

KS : On dépense des sommes incroyables dans les bars.

RH : Non, on ne boit jamais (dit-il avec une bouteille de Bacardi dans les mains).

AH : On va souvent au Palantino's.

KS : C'est juste à côté de chez moi et on peut y passer la nuit, dépenser 10€ (rires). Certains bars me rendent agressifs.

RH : Et cette fois où tu dansais comme un fou ?

KS : Bon ok, j'y ai passé une bonne soirée. La plupart du temps je regarde ma montre et je me dis que j'aurais du aller me coucher il y a déjà plus d'une heure.

RH : On rentre souvent la queue entre les jambes…

AH : On va faire une tournée au printemps, quelques dates pour lancer l'album en Espagne et puis sûrement quelques dates dans les festivals européens. C'est ici qu'on commence.

Une question un peu nulle, mais on recule devant rien : je trouve que la version de Gurb Song sur Restos De Un Incendio est très influencé par The Cowboy (NDLR: une sous partie du Dead Flag Blues) de Godspeed

KS : J'ai cru qu'elle avait été influencée par un chien…

AH : Je ne connais même pas le morceau dont tu me parles !

KS : J'aime bien Godspeed, mais je ne trouve pas qu'on ait un titre qui pourrait être comparé à ce qu'ils font.

AH : Personne dans le groupe ne connaît ce morceau il me semble…

KS : On connaît tous Godspeed, mais je ne pense pas qu'aucun membre du groupe pourras te dire « Ah oui, The Cowboy… »

RH : Peut-être qu'il y a un quelque chose (rires).

KS : Allez ça n'était pas une question si stupide…

RH : Et puis regarde, Kieran pille des centaines de groupes quand il joue tout seul de son côté (rires) !

KS : C'est faux ! Tous mes morceaux sont originaux, pffff (rires). C'est un peu comme du cannibalisme.

AH : En tout cas je te jure que je n'ai jamais écouté ce morceau.

RH : Mais si, une fois, tu m'as dit « Ce morceau, The Cowboy ça ressemble à Gurb Song » (rires).

Ne finissons pas sur une mauvaise question. Pourquoi avez-vous besoin de faire Emak Bakia et est ce que vous arrivez facilement à déterminer un morceau de Migala et d'Emak Bakia ?

AH : Comme on l'a dit il y a dix secondes (rires), la composition est un processus, tu as peut-être raison dans le sens où il y a plus d'écriture dans Emak Bakia. Coque et moi savons instantanément quand on joue ensemble ce qui est Emak Bakia. Ca ne nous a jamais posé de dilemme.

KS : J'arrive facilement à faire la différence entre la musique de Migala et les morceaux que je fais de mon côté. C'est assez étrange car je pense qu'il y a certaines choses dans Emak Bakia qui pourraient coller chez Migala.

AH : Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne marcherait pas (rires)…

RH : J'ai une théorie : quand tu es à deux, le morceau est plus commercial et joyeux, c'est plus facile. Quand tu joues à huit tu n'as pas trop envie de partager l'argent que tu gagnes. Bon, quand en plus c'est de la musique triste, tu ne gagnes de toute façon pas grand-chose (rires).

Merci beaucoup pour votre temps, l'interview est terminée.

RH : Non, on n'a pas fini l'interview !

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