Thomas Méry

Visages multiples

» Interview

le 02.08.2004 à 00:00 · par Edith L.

Quel était ton but, lorsque tu as créé thomas-mery.net ?

Il s'agissait simplement d'avoir un site qui pourrait donner de mes nouvelles, accueillir des morceaux à écouter et présenter les petites choses que je fais avec la technologie flash quand j'en ai le temps. Je n'en suis pas vraiment content parce que je n'ai jamais pris assez de temps pour en faire quelque chose de bien. Mais une nouvelle version est prévue pour dans 2 semaines. J'éspère pouvoir présenter plus de choses et plus régulièrement.

Comment peut-on passer du post-rock de Purr à la musique plutôt minimaliste de I matter ? Qu'est-ce qui t'attire dans l'expérimentation électronique ?

Les deux ne me semblent pas si éloignés que ça dans la mesure ou dans les deux cas il s'agissait de trouver de nouvelles manières de s'exprimer, de mélanger les choses et de jouer sur les nuances. Dans le cas de Purr nous venions de milieux musicaux plus ou moins ‘classiques' (Rock, indie-pop, metal) et nous avions envie d'aller ailleurs. Quand j'ai commencé à chercher des choses avec l'ordinateur c'était la même envie. Je n'étais pas satisfait de là ou j'étais et il fallait que j'essaye d'aller ailleurs. J'ai donc expérimenté avec la guitare et l'ordinateur. J'étais assez curieux de voir ou on pouvait aller en essayant, en improvisant, en se laissant aller. Mais avant d'arriver à quelque chose il faut d'une part bien maîtriser ses instruments, et aussi arriver à connaître l'univers dans lequel on évolue, à se construire ses propres codes plutôt que de les emprunter aux autres. Cette recherche permet de se surprendre et d'aller là où on ne s'attend pas, enfin c'est l'idée. Mais c'est une recherche et ça prend du temps. Il y a aussi l'idée que la concentration sur le moment est primordiale, que certains moments d'improvisation peuvent être magnifique et d'autres très plats, ce qui reflète bien plus ce que nous vivons que des morceaux composés pour aller directement vers une émotion forte. Ceci dit en ce moment je suis en train de revenir là d'où je viens mais en ayant voyagé et exploré d'autres voies car je crois que ce qui m'intéresse le plus c'est de mélanger ce que j'ai appris en improvisant et ce que j'aime dans la culture pop, les chansons etc… C'est un peu ce que je veux faire avec l'album sur lequel je travaille en ce moment.

Rétrospectivement, quel est l'album de Purr que tu préfères ? Pourquoi ?

Open Transport est celui que je préfère parce que même s'il n'est pas selon moi abouti il est beaucoup plus intéressant que Whales…, j'ai vraiment le sentiment que nous avons essayé d'aller ailleurs avec cet album et sur certains morceaux je pense qu'on y est parvenu. Le premier album est certainement plus émotionnel mais aussi moins personnel et aventureux, plus influencé. Dans Open Transport nous avons mélangé musicalement et textuellement. J'aime beaucoup le mélange français-anglais qu'il y a sur Open Transport . Les deux langues m'apportent des choses différentes et me permettent d'exprimer différentes choses. J'aime aussi beaucoup les textes écrits d'abord dans une langue puis repris dans une autre et éventuellement qui font un autre voyage dans l'autre sens. Il y a de nouvelles idées qui viennent à chaque traduction et des choses auxquelles on n'aurait jamais pensé sans ce processus.

Enfin Open Transport est beaucoup plus proche de ce que je suis aujourd'hui alors que Whales… est plus proche de moi quand j'étais plus jeune, plus adolescent.

As-tu gardé des liens avec les anciens membres de Purr ? Ne comptez-vous pas reprendre ce groupe ?

Nous nous voyons de temps en temps mais il n'y a pas de reformation dans l'air. Peut-être que lorsque chacun aura bien avancé avec ses projets personnels nous en reparlerons.

D'où te sont venues les idées de projets tels que « Smoke » et « Clouds » (projets interactifs que l'on trouve sur thomas-mery.net) ?

Je crois que l'idée m'est venue parce que je passais beaucoup de temps à regarder les ronds de fumées que je fais tous les jours ou les nuages qui passent à ma fenêtre. A partir de ces motifs organiques quotidiens j'ai voulu en créer d'autres à travers l'ordinateur pour illustrer l'idée que ces motifs pouvaient en créer d'autres au sein d'un autre système que le leur. En influençant la formation de ces nouveaux motifs avec certains de mes morceaux ou des sons extérieurs j'essaye de joindre deux de mes fascinations.

Peux-tu expliquer la création du projet Téléfax ? Quelle a été ta participation ?

Je ne peux pas vraiment t'expliquer la création du projet, il faudrait demander aux membres du groupes. Ma participation a consisté à aider le groupe a réalisé le projet de disque. D'abord en donnant mon avis sur les compositions et ensuite en faisant des choix lors de l'enregistrement et du mixage. Lors de l'enregistrement j'ai aussi apporté ma voix là où je croyais qu'elle collait au projet. On peut probablement résumé en disant que j'ai eu un rôle de ‘réalisateur', c'est un terme que j'aime bien.

Quel avenir pour Téléfax ?

Des concerts et probablement de nouvelles compositions. Je sais que le groupe doit aller en Espagne au début 2004.

En-dehors de la musique, qu'est-ce qui a pu influencer ton évolution artistique ?

Je t'avoue que j'ai du mal à déterminer ce qui m'influence. Probablement tout ce qui m'entoure ou rien en particulier. Je crois qu ‘une série américaine ou une exposition d'art contemporain peuvent avoir autant d'influence sur moi, différemment mais également.

A un niveau plus abstrait je pense aussi que ce qui m'influence beaucoup, ce qui me fait réfléchir et donc créer, inventer est le rapport entre les choses. Quand je filme des ronds de fumées et que j'en fais une petite installation, c'est tout un ensemble de chose qui me pousse à le faire, le rapport entre mon quotidien, la matière, le mouvement, la lumière, le numérique, la transformation des données… Je pense que même si j'ai un côté très sombre et cynique je suis fasciné par tout et n'importe quoi, émerveillé par une cage d'escalier qui s'allume en face de chez moi, surpris par le son qui provient du conflit entre deux cartes sons dans un ordinateur, par le mouvement d'une goutte qui tombe dans l'eau etc… etc…

Comment s'est faite ta rencontre avec Eric Pougeau (artiste contemporain) ? Qu'avez-vous réalisé ensemble ?

Eric m'a appelé parce qu'il cherchait quelqu'un pour faire la musique de son exposition. Il avait parlé de son envie avec Nicolas Laureau (Prohibition ; Nlf3, Don nino) qui l'a orienté sur moi. Nous avons discuté et j'ai essayé de faire quelque chose qui rassemble un côté folk qui lui tenait à cœur et mon envie d'expérimenter. Le morceau qui est sorti de cette rencontre s'appelle Thomas Mery à la mer parce qu'il y avait le projet que ce soit une photo prise sur une plage par Eric qui soit sur la pochette du disque vendu lors de l'exposition et que je chante qu'on pourrait tous ‘aller à la mer' à la fin du morceau. Au final on n'est pas allé à la mer et c'est moi qui ai fait la pochette…

Qu'est-ce que le projet « Etapes », que tu fais en collaboration avec Guillaume Serve?

Etapes est le nom que nous avions choisi avec Guillaume pour des rencontres sons/visuels que nous avions mises en place à partir de la fin 2000. Il y a avait l'idée de juxtaposer nos deux univers sans illustration de l'un par l'autre ou le contraire. Cela a donné cinq éditions d'Etapes et une vidéo (‘Ophélie'). Lui concevait un visuel ou une installation et je donnai un concert. La liste complète des ‘Etapes' est disponible sur mon site. J'espère qu'il y aura d'autres Etapes mais cela ne semble pas être à l'ordre du jour.

Aimerais-tu travailler avec d'autres artistes ?

Pourquoi pas. C'est une histoire d'opportunité. On laisse mes coordonnées ?

Qu'écoutes-tu aujourd'hui ?

Là maintenant j'écoute David Sylvian (Blemish) parce que l'ancien bassiste de Purr m'en a parlé et que j'ai lu une chronique élogieuse dans Octopus. Mais j'ai passé l'après-midi à écouter Kate Bush et Talk Talk et là je viens d'enchaîner sur un Tim Hecker (électronique-ambient). Hier j'ai oublié ce que j'écoutais mais je sais que Vendredi soir Tori Amos a précédé David Bowie et Elliot Smith. Demain matin je mettrai peut être un peu de Destiny's Child ou Alanis Morissette.

Tu as joué avec Playdoh en concert sur leur dernière tournée : était-ce ponctuel, ou vas-tu intégrer davantage le groupe ?

Je joue avec Playdoh en ce moment et je pense que ca va continuer un peu, en tous les cas pour les concerts qui accompagnent le dernier album (fragments) . Je ne pense pas intégrer le groupe à proprement parler mais il y a de fortes chances que je sois dans les parages.

A ton avis, parmi tes projets, lesquels pourront-ils se pérenniser dans le temps ?

Et bien j'aimerais vraiment que tous me projets se développent. Mais le côté musical sera probablement le plus mis en avant. Je me dis souvent qu'on ne peut pas tout faire mais j'espère que c'est possible. Enfin la suite pour moi c'est un album qui sortira je ne sais quand en 2004.

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