Clogs

Le classique n'est pas mort !

» Interview

le 08.11.2004 à 00:00 · par Eric F.

Comment est née ta carrière musicale ?

Bryce Dessner: J'ai commencé par jouer de la flûte assez jeune et vers douze ans je me suis mis à la guitare, j'essayais de déchiffrer les chansons des Beatles. Mon frère jumeau joue de la basse, on a commencé à jouer dans des groupes vers quinze ans, on ne s'est pas arrêté depuis. J'ai toujours fait du rock et une musique beaucoup plus proche du classique.

Lequel est le plus ancien entre Clogs et The National ?

Mon frère fait partie de The National et ça fait très longtemps qu'on joue avec le batteur. La formule actuelle de The National date d'il y a cinq ans. Ca doit faire six ans que Clogs existe, mais je considère donc The National comme plus ancien.

Comment gères tu ces deux styles opposés ?

Ca m'a posé des problèmes fut un temps, surtout pour la musique classique car j'ai besoin de beaucoup d'entraînement, j'ai souvent mal aux mains à force de jouer. Mais j'ai vraiment ce besoin de faire les deux, c'est essentiel. J'ai besoin de faire du rock car c'est un moyen de communication beaucoup plus immédiat et il y a beaucoup plus d'opportunités pour en faire. Et il y a aussi le fait que je joue avec de vieux amis, j'aurais du mal à m'en passer.

Tu ne considères pas Clogs comme un groupe de rock ?

Dans un sens on fonctionne de la même manière, surtout Padma (Newsome, le violoniste) et moi, on collabore beaucoup, cette façon dont on peut transformer un simple riff en un morceau complet. Ceci dit c'est quand même beaucoup plus délicat : il faut que le son soit juste, que l'acoustique de la salle soit bonne quand on joue live, dans le cas d'un groupe de rock il te suffit d'augmenter le son. On ressemble un peu à un quatuor de cordes, on n'aime pas trop jouer de la musique pour cocktails, je pense que c'est une musique pour laquelle il faut être vraiment attentif. Quand on joue avec The National et que le public parle, ça me dérange beaucoup moins.

La réaction du public vis à vis de Sad Songs For Dirty Lovers t'a surpris ?

Oui assez. On était très peu connu auparavant, l'album précédent avait reçu de bonnes chroniques mais très peu de gens l'ont acheté. Il nous a fallu beaucoup de temps pour faire Sad Songs For Dirty Lovers, c'était assez dur, on a tout mis dedans sans essayer de prédire l'accueil qu'il recevrait. Ca nous a beaucoup étonné qu'il marche si bien.

Beaucoup de journaux français l'ont élu disque de l'année.

L'album a été très apprécié en France, mais aussi en Angleterre.

Comment l'expliques tu ?

Je crois que les français font très attention à ce qu'ils écoutent et ce disque a beaucoup de couches avec des morceaux liés qui racontent une histoire, donnant ainsi un côté intellectuel à l'ensemble. On vient de terminer le prochain album qui sera beaucoup plus immédiat, presque pop. Il a gardé des qualités du précédent mais il sera aussi plus extraverti. On ne s'attend à rien, ça serait bizarre pour nous d'avoir des attentes sur le retour du public.

Comment tu t'y prends pour composer ?

Le processus est assez similaire entre Clogs et The National, je trouve quelques idées que je partage avec le reste du groupe. A vrai dire il y a des morceaux de Clogs qui ont commencé chez The National et inversement, et ça, peu de gens le savent. C'est le cas de Cherry Tree sur notre dernier EP : ce que j'avais écrit à la guitare était en fait destiné à Clogs. On a repris un morceau de Clogs pour le nouveau disque mais on a finalement décidé de ne pas l'inclure.

Ton anecdote sur 2,3,5 (NDLR: un nouveau morceau, écrit pendant la tournée) comme quoi tu l'avais écrit avec Padma après un jeu rythmique que vous faisiez pour vous occuper m'a assez étonné, car c'est un des titres qui m'a le plus marqué hier soir.

Oui, on aime beaucoup trouver des idées musicales pertinentes que l'on enterre avec des couches musicales, l'idée restant dedans. Je pense que les gens peuvent l'entendre avec le contrepoint. Le contrepoint était très strict et intellectualisé dans la musique baroque donc on essaye de l'atténuer par des mélodies tout en inventant nos propres rythmes.

Ce n'est pas trop dur de s'organiser avec Clogs ?

Ca le devient car Padma n'habite plus à New York, son visa a expiré et il aime beaucoup vivre en Australie. Mais c'est plutôt bien pour moi car je suis tellement occupé. On essaye de se concentrer sur les tournées. L'avantage de jouer du classique c'est que l'on peut écrire notre musique sur partition et les apprendre rapidement, on n'a donc pas forcément besoin d'être ensemble. On a récemment obtenu une bourse ce qui devrait bien nous aider. On a un projet pour l'an prochain avec un groupe électro qui s'appelle The Books. Tu devrais écouter ça, c'est vraiment génial. On va bientôt tourner avec eux en Angleterre.

Comment est née l'idée de cette collaboration avec Man ?

On a le même agent. Et puis Man est ami avec Sylvain Chauveau que je connais bien. Ca doit être comme ça qu'ils ont entendu notre musique et ils nous ont écrit. Les gens du Pannonica ont suggéré que l'on joue ensemble. On a également prévu de faire un mini-album commun. Tout ça s'est vite mis en place. Et puis j'ai aussi rencontré Luca l'été dernier dans un festival dans le sud de l'Italie, il était avec nous hier soir et ce soir (NDLR: les deux dates nantaises). C'est assez amusant de l'avoir avec nous, il apprend très rapidement. Il n'avait jamais entendu nos morceaux avant de les jouer hier soir !

Le fait de rester quelque temps sur Nantes va-t-il vous influencer ?

Je pense. Ca et le fait d'avoir joué dans des bars sans avoir vraiment eu le temps de préparer quoi que ce soit, c'est très positif pour nous. Certains des morceaux qu'on a joué ont été écrits en tournée. Avec Luca, notre musique se retrouve très influencée par le baroque, cette idée d'ornement, de détail qui est quelque chose qui se perd beaucoup de nos jours je trouve. C'est également le cas de Sad Songs For Dirty Lovers, c'est très détaillé.

Vous avez déjà fait des BO ?

Des morceaux de Clogs et de The National ont déja été utilisés. J'ai écrit de la musique pour un film, c'est d'ailleurs de là que vient la partie de steel drum sur Thom's Night Out. Même si on n'a jamais fait de musique pour un "gros" film, ça nous plairait bien.

Quelles images verrais-tu sur ta musique ?

C'est une question intéressante. J'imaginerais plutôt une expérience visuelle qu'un film à proprement parler. J'aimerais bien utiliser des choses que tu vois tous les jours, mais à travers un filtre différent. Certains grands photographes arrivent à le faire. Il y à cette artiste à Londres qui nous a demandé de faire de la musique pour accompagner une sorte de canevas qui défilait sur un écran comme si c'était un paysage. The National devrait faire des clips avec des femmes nues... (rires)

A part Man et Sylvain Chauveau tu écoutes d'autres musiques françaises ?

Voyons voir, on adore le classique : Satie, Ravel, Debussy. En ce qui concerne les groupes, je ne vois pas trop. Tiens, je vais en profiter pour parler de Talitres, notre label français qui nous a énormément aidé. Sinon j'aime bien Françoiz Breut. J'ai rencontré Alain Bashung dans un festival cet été, ça m'a bien plu, j'ai aimé la dimension presque cabaret de son concert. J'apprécie les qualités acoustiques du français, je préfère quand vos groupes chantent en français. On aime aussi Air, enfin ça c'est chez The National.

Les deux concerts d'hier et d'aujourd'hui se sont fait sous ton nom...

Ah, ce soir aussi ? (rires). Il m'arrive de jouer seul de temps en temps, de la musique contemporaine ou bien du classique. J'aime également jouer avec d'autres gens. C'est la beauté de la musique improvisée. Mais c'est aussi important d'avoir un groupe, de développer des relations avec les autres membres. Comme on se connaît très bien, écrire une chanson avec The National se fait assez vite.

Y a-t-il quelque chose que tu veux ajouter ?

Non, je pense qu'on a fait le tour. autant ne pas parler de Bush...

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Bryce Dessner, membre de Clogs (photo Alec Hanley Bemis)

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