Calexico

Des mariachis en Bretagne

» Interview

le 03.07.2003 à 00:00 · par Eric F.

Rencontrés au lendemain d'un concert particulier aux Transmusicales de Rennes, Joey Burns et John Convertino, toujours aussi chaleureux et ouverts, tentent de livrer les clés de leur musique où l'on cotoie des mariachis qui reprennent Led Zeppelin et des enregistreurs quatre pistes, et ce, à deux pas du désert.

Vous avez fait un concert assez particulier hier soir avec vos invités. Je suppose que ça devait être une motivation supplémentaire de passer après les Stooges ?

Joey Burns : C'était vraiment excitant de les voir sur scène, toute cette énergie qu'ils dégagent. J'ai regardé tout le show sur le côté de la scène, je ne suis même pas allé préparer notre set. J'étais scotché devant Mike Watt, dont je suis très fan. Et Jay Mascis et les autres... C'est ce qui nous pousse a faire de la musique.

John Convertino : Je me suis demandé pourquoi on passait après eux ! On s'est tout de suite senti très à l'aise sur scène, la salle était bien (sic), il y avait du monde. D'habitude je suis plutôt nerveux avant de monter sur scène.

L'apparition de Mike Watt sur Corona était elle prévue ?

JC : Il est venu nous voir pendant le soundcheck, mais on ne s'est pas beaucoup parlé, on a un peu évoqué nos reprises des Minutemen, mais je ne pensais pas qu'il serait venu sur scène avec nous.

JB : On voulait vraiment qu'il la joue avec nous quand même. Il est génial, je lui ai montré mes carnets avec les textes des Minutemen. On a même fait un show de reprises des Minutemen à Tucson récemment. Il a vraiment eu l'air de prendre son pied !

JC : Ils ont vraiment réussi à saisir un certain état d'esprit. Tout comme les Stooges. Ils te faisaient vraiment des trucs bizarres au cerveau. Si tu ne dansais pas ou ne bougeais pas en les écoutant, t'avais de fortes chances de devenir barje... ça m'est presque arrivé (rires).

JB : Et imagine ce que ça donnait avec quelqu'un comme Iggy pop la dedans ! Millionaire est un peu comme ça à mon avis. J'aime ces gars, on ne sait jamais jusqu'où ils vont aller.

Aviez vous déjà entendu parler des Transmusicales ?

JB : Oui. Cette année ça se passe plutôt bien apparemment. Je n'ai pas encore trop eu l'occasion de voir d'autres groupes. Je vais tenter de me rattraper ce soir, une fois que je serais réveillé (rires).

On a senti que ce concert était assez particulier par rapport a vos concerts "normaux" ?

JB : C'était une occasion spéciale, c'est pour ça qu'on est passé ici. Avoir la possibilité d'emmener les mariachis Luz De Luna avec nous nous a motivé, j'aime l'idée que c'était pour un concert spécial. C'était encore plus spécial avec Françoiz (Breut), et Mike Watt. Si on avait eu plus de temps on aurait aussi invité Jay Mascis, Millionaire... Thomas Belhom aussi était dans la salle, il aurait pu venir jouer avec nous. Quand j'ai vu le gars sur le rebord de la scène qui nous indiquait qu'il ne restait plus que 10 minutes, j'étais vraiment dépité ! C'est dommage que Lulu Olivarez, la violoniste des Marichi, n'ait pas pu chanter, ça vous aurait mis sur le cul !

JC : Elle est géniale, elle est tout petite mais dès qu'elle se met à chanter... "prrrrrrrrrrrrrrrr" (re-sic)

JB : Elle traîne avec nous, tout le monde boit sauf elle, elle ne fume pas non plus, c'est la seule fille mais elle s'en sort très bien. Elle s'amuse énormément. Avec des gens comme ça, on se sent obligé d'être sérieux, même si ça ne nous empêche pas de passer d'excellents moments. J'adore l'inspiration que procure cette énergie féminine. Dans les coulisses, les mariachis reprenaient tous les hits de Led Zeppelin, tu as vu ça John ?

JC : Non je n'étais pas là, mais je les ai déjà vu faire ça.

Comment les avez vous rencontrés ?

JB : Ils étaient dans le même studio que nous pendant l'enregistrement de Black Light. On écoutait leurs bandes et ça nous a énormément plu, d'autant que nous utilisions des guitares acoustiques, des guitares barytons, des xylophones... Ca nous a inspiré, cette connexion avec Enio Morricone, Nino Rotta, les B.O. de films Twilight Zone.

Comment se passent vos enregistrements communs ?

JB : On fonce ! On joue ensemble assez souvent pour les suivre. Si c'est un morceau qu'on ne connaît pas, ils nous apprennent les morceaux en les jouant directement, ou alors on essaie de deviner la construction au fur et à mesure. C'est une interaction.

JC : En tant que batteur, je les ai beaucoup écouté, et j'en suis arrivé à la conclusion que ces gars là n'ont pas besoin d'un batteur, il y a déjà un tel rythme ! La batterie est juste un élément amusant a rajouter par dessus. J'adore les morceaux en 6/8, c'est mon rythme favori, et avec les balais le son n'est pas trop fort, quand ça devient trop lourd je me fais moins présent.

C'est étonnant que vous n'ayez pas fait d'album avec eux.

JB : Oui, ils apparaissent sur Black Light et Hot Rail. Un peu sur le dernier aussi. On a également enregistré Crystal Frontier avec eux. On a commencé l'enregistrement de titres avec eux, on sortira peut être un album commun.

JC : Ca serait surtout intéressant de composer avec eux parce que jusqu'à présent, on joue juste nos morceaux ou les leurs.

Sur Feast Of Wire, on a un peu le sentiment que vous tentez de revenir vers des sonorités plus proches de votre premier album, Spoke, qui est quand même à part dans votre discographie ?

JB : On considère notre évolution par paliers, on ne va jamais sortir un album totalement différent du précédent, on garde nos caractéristiques. Sunken Waltz me fait penser à Spoke, c'est vrai.

C'est une mini-surprise d'entendre l'album commencer par un morceau chanté. Te sens tu plus à l'aise avec ta voix Joey ?

JB : Peut-être (rires). Si ça se trouve il a fallu que je batte John au bras de fer pour le convaincre...

JC : J'étais plutôt pour ouvrir le disque avec un instrumental, mais c'est vrai que c'est quand même pas mal.

JB : On avait aussi pensé à Pepita ou Pepito ou Torpedo (rires), enfin bref. Quelles autres chansons ? Hum, il faudrait que je consulte mes carnets.

JC : J'aime beaucoup l'enchaînement du disque, je trouve que ça coule bien. C'est agréable de s'éloigner un peu de la foire mariachi. On se sert toujours de trompettes, etc. mais différemment.

Comment décidez vous quel morceau a besoin de paroles ?

JB : J'enregistre seul chez moi sur cassette. Dès qu'une idée me vient, je laisse tourner la bande, jusqu'à ce que la mélodie complète soit dans ma tête. Ensuite on voit ça avec John. Je le tanne toujours "Allez John, tu as du son sur le 4 pistes, faut bosser". J'aime beaucoup le côté lo-fi de certains enregistrements, proches de Spoke. Ca sonne très frais.

Il y a une promotion assez importante pour Feast Of Wire et avec le succès de groupes tels que le Buena Vista Social Club, l'émergence de la culture Latino aux Etats Unis, vous pensez pouvoir attirer un public plus large ?

JB : Honnêtement je me fiche totalement que l'on vende 20 copies du disques ou 2000.

Il faut bien vivre !

JB : J'ai réussi çà gagner ma vie avant de faire de la musique, ça n'est vraiment pas un problème. Pour ce qui est de vendre des disques, c'est City Slang qui s'en occupe ! Cela dit j'ai beaucoup réfléchi aux étiquettes que les gens peuvent nous coller, je pense que ça vient du fait que d'autres groupes peuvent avoir la même démarche que toi. Prends tous ces groupes comme les Strokes, les White Stripes, les Hives, ou les Bees et les Bee-Hives (rires). Ca me parait logique qu'on les rattache au même courant.

JC : Pour ce qui est de Buena Vista Social Club, je trouve super ce qui leur arrive, voir le pied qu'ils prennent sur scène, qu'ils aient un tel succès. Et c'est tellement mérité. Si on peut jouer jusqu'à leur âge on le fera sûrement, si on peut avoir autant de succès qu'eux, tant mieux, mais franchement je me sens bien plus à l'aise avec notre "taille" actuelle.

JB : J'ai écouté pas mal de groupes indés qui mériteraient de faire parler d'eux. Je pense à des groupes comme Bright Eyes, Mouse On Mars, The Shins. Leur album est vraiment excellent.

Vous parliez tout à l'heure du côté lo-fi de certains de vos enregistrements. Il vous arrive encore d'enregistrer des messages pour répondeurs musicaux comme à vos débuts ?

JC : Oui ça nous arrive de temps en temps. On essaye de les conserver, même si on a perdu celui au piano qui nous plaisait beaucoup à Joey et moi. On en a d'ailleurs un sur Feast Of Wire, Stucco. J'ai un vieux répondeur à cassette, ça comprime le son, comme si ça passait à la radio.

JB : Des fois, Howe (Gelb) nous laisse des messages au piano. Ils sont géniaux, on devrait sortir ça.

A propos d'Howe Gelb, la couverture intérieure du Covers Magazine de Giant Sand faisait allusion à la retraite et désormais il tourne en solo. C'est la fin de Giant Sand ?

JB : C'est marrant, Howe se pose beaucoup de questions, "Est-ce-qu'on va continuer ?", des trucs du genre. Il se complique un peu la vie (rires). Il aime bien exagérer avec ses histoires de retraite. Et combien de disques nous a-t-il dit avoir fini ?

JC : Sept ! (rires). Il n'est pas prêt de prendre sa retraite bientôt.

JB : Enfin quand il dit qu'il en a sept, c'est qu'il en a fini... un ! (rires). Giant Sand est comme une grande famille, on finit toujours par se retrouver.

Quels sont les différences dans votre jeu en tant que Calexico et Giant Sand ?

JC : Déja Joey tient la basse dans Giant Sand, ça change. Howe, en quelque sorte, est un peu celui qui conduit le bus et ça n'est pas toujours facile de le suivre ! Il faut l'écouter pour savoir ce qu'il va faire, il adore changer sa façon de jouer ses titres en concert, j'essaie de rentrer dans sa tête. avec Calexico, on sent plus le moment où l'on va improviser arriver. Et nos talents d'écriture sont mis à contribution pour Calexico (rires).

JB : J'essaye souvent de trouver des rythmes différents. On a essayé des titres plus réguliers pour Feast Of Wire, mais ça sonnait franchement mauvais.

JC : J'ai du mal à jouer des rythmes pop, j'ai besoin d'espace. Les balais sont très importants pour moi, on peut en sortir beaucoup de choses. Ca m'aide quand Howe joue en acoustique et que la seconde d'après il te pète les oreilles ! Avant que tu ais compris quoi que ce soit, c'est de nouveau tout calme (rires).

Justement, vous avez refait quelques concerts en tant que Spoke récemment (ndlr : Spoke était le nom initial de Calexico quand John et Joey enregistraient uniquement à deux). Comment est ce que vous réadaptez les morceaux ?

JB : C'est plus intimiste. On commence plus calmement pour avoir des montées plus importantes. Ca donne plus de dynamiques à notre jeu. C'est aussi plus facile pour improviser. A Berlin, le type du concert nous a demandé une setlist, mais je ne pouvais pas lui en donner étant donné qu'on ne savait même pas ce qu'on allait faire. J'aime avoir la liberté de ne pas avoir à y penser de temps en temps. En tournée avec le groupe, j'essaye souvent de rajouter des passages improvisés, ils adorent ça ! On a ouvert pour le Dirty Three sur des dates américaines et ça a été une excellente opportunité pour les observer, on a beaucoup appris en ce qui concerne l'improvisation.

JC : Des gens ont comparé mon style à celui de Jim White avant même que je n'entende Dirty Three et je peux comprendre cette comparaison, même si Jim est dans un autre univers. J'adore sa percussion.

JB : Et Mick (Turner) est un brillant guitariste. Il a cette petite marche sur scène. Bougez pas, je vous montre. (ndlr : Joey se lance alors dans une imitation parfaite du jeu de scène de l'Autralien).

Tu le fais très bien !

JC : Faut dire, on les regardait tous les soirs...

JB : Et puis Warren (Ellis) est extraordinaire. on est allé le voir lui et sa femme à Paris, ils habitent dans cette ancienne écurie du 18ème siècle où ils ont enregistré une partie de Whatever You Love You Are. Il faut le voir s'extasier de la vue qu'il a (Joey prend un accent australien) "Regarde à la fenêtre la vue qu'on a mon pote !". On se croirait dans Mary Poppins (rires). Je ne devrais peut être pas l'imiter comme ca...

JC : Joey est très fort pour ça. Il a une très bonne oreille. Il réussit souvent des imitations parfaites.

Vous reprenez souvent des groupes tels que Grandaddy ou Smog, est ce que ça vient du fait que vous les cottoyez souvent ?

JB : Ca vient surtout du fait qu'on aime ces groupes. C'est mon identité, je fais du rock indé, j'habite à Tucson je joue dans Giant Sand et Calexico et j'ai la chance de voyager et de rencontrer des gens comme vous. On a des fois des grandes claques, comme hier soir, jouer avec Mike Watt : j'ai grandi en écoutant les Minutemen ! Et on a aussi la chance de pouvoir varier ce que l'on fait en accompagnant des gens tels que Howe, Neko Case, Richard Buckner, Jenny Toomey ou Franklin Bruno, Barbara Manning. On fait aussi des remix (ndlr : comme pour Two Lone Swordsmen ou encore Goldfrapp).

Justement, c'est assez impressionnant de voir la liste de vos collaborations, on parle souvent de vous comme de la meilleure section rythmique de l'ouest...

JB : Merci, mais vous savez que ça n'est pas vrai. On a décidé de ne pas se soucier de ce qu'on peut dire sur nous. A la fin de la journée, tant que tout va bien avec nos familles et nos amis, ça roule ! Bien sur, on ne veut pas être des salauds, mais ça doit plaire dans le monde de la musique, il y en a tellement...

JC : Je pense que ça t'amène à réfléchir sur tes propres motivations. Si elles sont autres que prendre du plaisir à jouer et avoir une interaction avec le public, tu vas avoir des problèmes. Et ça se sent immédiatement quand c'est le cas.

Y aura-t-il une suite à votre projet OP8 un jour ? Peut être avec Françoiz Breut ?

JB : C'est une excellente idée. Sûrement le meilleur choix. On a également pense à PJ Harvey.

J'espère que vous vous êtes remis du refus de Clint Eastwood...

JB : On nous a envoyé une lettre disant qu'il était trop occupé pour jouer avec nous. Un timbre et au suivant (rires). C'était marrant de poser la question et d'avoir le gars qui écrit les lettres nous envoyer un refus.

Pour terminer, comment se fait il que tu ne chantes jamais The Ballad Of Cable Hogue en français Joey ?

JB : Vous avez entendu cette version ? Vous l'aimez bien ? On m'a dit que je chantais ça comme Arno.

Ah bon ???

JB : Naîm Amor m'a beaucoup aidé la dessus. J'ai d'ailleurs la cassette où il répète les paroles sur moi. Je trouve que ça sonne très bien. Je pensais mettre ça sur un prochain tour album., le rajouter sur de la musique. Vous voulez un café avant d'y aller ? Moi j'en ai vraiment besoin (rires).

Retour haut de page

Photo Interview Calexico

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.