Red

Sex, no drugs and folk songs

» Interview

le 23.03.2005 à 06:00 · par Eric F.

Après deux tentatives infructueuses d'interviews avec Red, son passage à Nantes fut la parfaite occasion de ne plus louper le coche. Voici donc une interview avec un homme qui affiche haut et fort ses convictions.

Tu peux nous expliquer comment est né ce Nothin' To Celebrate ?

Il est né avec le groupe qui me suit depuis 33, parce que 33 était un disque avec beaucoup d'invités. C'était donc impossible de tourner avec les gens qu'il y avait dessus, donc on a monté le groupe avec Jérôme à la guitare et Tonio à la batterie. On a commencé le disque à trois et puis il y a Léo qui joue du clavier ce soir (NDLR: à l'Olympic de Nantes, le 3 février dernier) qui est venu se greffer dessus, plus les featurings. Il y en a moins que sur 33 : il y a Bonnie Prince Billy, Laetitia Sheriff et puis plein de copains qui sont venus chanter sur Nothin' To Celebrate.

Il y a Santa Cruz aussi...

Oui, il y a Santa Cruz et aussi Nicky Renard, un ex Jack O'Lantern, qui est venu chanter en anglais, c'était la première fois pour lui. Il joue aussi de la trompette sur le disque. Il y a aussi Philippe Tessier qui est un habitué avec moi: bien avant d'être sur Rectangle, il jouait déjà avec moi quand je faisais du free à Rennes. Il y a aussi un anglais qui s'appelle Tom Paul Grundy, on l'aime bien, il est d'ailleurs question de faire un album ensemble, il écrit de super chansons. Je l'ai rencontré à Lille où j'habite depuis juillet. Pour Bonnie Prince Billy, ça s'est fait par mail au début. Je l'avais rencontré en faisant sa première partie à Lyon, c'était à l'époque où est sorti Ease Down The Road. On avait pas mal parlé et il m'a dit qu'il avait bien aimé Felk. On avait gardé le contact mail, et là j'ai osé, il a accepté donc je suis allé chez lui et ça a été génial.

Vous avez juste fait les deux titres du disque ?

Au départ, il n'y avait qu'un titre de prévu et Don't Create A Ditch n'était pas destiné à cet album. J'avais la ligne d'accords et la structure en tête, j'ai fini les paroles dans l'avion et après lui avoir joué, il m'a dit que ça l'intéressait de la faire avec moi. Elle est assez proche rythmiquement de la version qu'on fait en groupe, mais le son est moins roots parce qu'on l'a enregistrée avec juste deux guitares et un peu de percus derrière.

Et l'idée de reprendre He Was A Friend Of Mine, c'est venu de qui ?

C'est venu de moi, je lui ai proposé au départ. C'est un standard de chez lui puisqu'il est né près de Nashville, qui est bien country à la base. Et puis, il y a la version de Dylan... C'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert le morceau, je trouve que c'est une très belle chanson. On l'a enregistrée comme ça dans une cave à Lille et puis je suis arrivé chez lui avec les bandes, on a rajouté les voix par dessus. Ca s'est fait super vite et c'est un mec très humain qui ne se prend pas la tête. Il ne joue pas du tout la star, on a passé de très bons moments. On a beaucoup de choses en commun.

A propos de reprises, tu me parlais la dernière fois (NDLR: lors d'une rencontre précédente à Rennes) d'un disque de reprises folk allant de Neil Young et Bob Dylan à Herman Dune ?

Oui, j'aimerais bien le faire. Le projet a un peu dévié, je pense le faire avec le groupe maintenant. Je ne sais pas encore sous quel format ni pour qui, mais c'est vrai qu'on aime bien les reprises. Ce soir on devrait faire un ou deux titres de Dylan et un de Smog, Hit The Ground Running. On adore tous Smog, même le tourman (rires). On a découvert ça assez tardivement, c'est une de mes grosses claques récentes avec Baptist Generals, on en avait parlé à Rennes. Je suis passé à côté pendant pas mal de temps puisqu'il a commencé à peu près en même temps que Oldham. Et puis sur celle là, le texte est classe et c'est simple à jouer: il n'y a que deux accords (rires). C'est un truc où tu fais monter la pression et après tu te lâches.

On sent bien que le fait d'être désormais en groupe a eu un gros impact sur ta musique.

Oui, d'ailleurs pour moi Red est devenu un groupe à part entière. Nothin' To Celebrate est un vrai album de groupe, même s'il n'y a que mes chansons dessus. Ca devrait changer sur le prochain puisque je file des textes à Jérome qui écrit la musique. Il y en aura au moins une de sûre, puisqu'il en a déjà écrit une. Peut-être que Leo va s'y mettre aussi. J'ai fait des trucs tout seul, j'en avais marre d'être tout le temps tout seul sur scène, au bout d'un moment c'est devenu une contrainte, c'était même plus agréable. Je fais des concerts solo de temps en temps et ça redevient un plaisir. Je le fais vraiment tout seul maintenant...

Comme celui que tu avais fait au Mondo Bizarro en première partie d'Herman Dune ?

Oui, mais à ce concert là y avait quand même Tonio qui était venu jouer quelques morceaux. Et André aussi, qui était couché, un grand moment de rock and roll (rires). André... ils sont graves quand même, mais je les adore (rires). J'ai fait un concert avec David récemment, c'était monstrueux. C'était à Annecy, je croyais qu'il allait m'inviter comme j'avais un jour off à Lyon. J'ai cru qu'on allait faire deux trois morceaux avec lui, j'ai en fait joué tout le concert avec lui. C'était génial, on s'est éclaté. David avait sa moumoute rose (rires). Y a pas longtemps André a fait une série de concerts en appart' à Lille, il en a fait un dans celui de ma copine, c'était terrible. J'adore toute la démarche qu'ils ont. C'est le meilleur groupe du monde pour moi (rires). Ils chantent trop bien et André au niveau de la plume, il déchire !

Justement, j'ai trouvé que certaines rythmiques sur des chansons de ton dernier album sonnaient assez Herman Düne.

Oui, faut dire qu'on est fans des mêmes trucs, à savoir le Velvet et les Stones (rires), pour faire court. David est un pur fan des Rolling Stones qui va plus loin que nous, puisqu'il aime même les derniers (rires). Il aime même les albums solo de Mick Jagger ! Il est vraiment fan.

J'ai croisé David à Rennes pendant les Trans justement. Il m'a dit que tu faisais trois concerts en un soir ?

Deux. Au départ, je devais jouer avec un pianiste qui n'a pas pu venir. Il s'est fait alpaguer à Montparnasse par les flics. Il avait oublié sa carte d'identité et comme il est noir... il a eu des problèmes. J'ai fait un concert de free avec Philippe Tessier et après un autre. Trois concerts, j'ai jamais fait ça dans la même journée. A Lyon, j'ai fait quatre concerts en une soirée, c'était la tournée mondiale de Red à La Croix Rousse (rires). Ca a commencé à sept heures et j'ai fini à une heure. Ceci dit, ça se fait à pied, j'allais de bar en bar. Y a des mecs qui ont suivi tout le long, à la fin ils n'étaient pas beaux à voir. Ils étaient méchamment bourrés.

Après avoir évoqué l'age du Christ sur 33, voilà que tu mets des images pieuses sur la pochette de Nothing To Celebrate...

Ca vient de rien, c'est pas calculé. La pochette, c'est la salle de bains de Tonio. Il a plein de vierges et de trucs cassés. Je suis anti religion à mort. Mais utiliser cette imagerie et la désacraliser c'est peut-être pas mal.

Donc, c'est la faute à Tonio pour la pochette ?

Ouais, c'est la faute à Tonio. A sa femme surtout... Elle collectionne tout un tas de trucs, c'est un sacré musée chez eux.

Tu casses un peu ma transition : je voulais te demander comment tu avais pu jouer avec John B. Root tout en étant croyant.

Ah non, je ne suis pas croyant du tout. Je déteste la religion. Le prochain album risque d'être assez anti-clérical au niveau des textes. Pas qu'anti-clérical d'ailleurs parce que les musulmans et les juifs me font autant chier. C'est un peu n'importe quoi tout ça, c'est des vieux bouquins qui ont été écrits pour les paysans il y a sept mille ans, j'en ai rien à foutre. Quand j'étais petit, j'étais au catéchisme, j'ai fait ma première communion, mais j'y crois vraiment pas. Après, l'imagerie de Jésus ça me fait marrer, c'est un peu sado-maso à mort avec sa couronne et ses clous dans la main (rires), "Je suis mort dans la douleur pour vous, en vous aimant", attends c'est quoi ce délire ? Il nous a foutu dans un sacrée merde, cet enculé. Et puis ils vont nous faire croire qu'il est blond aux yeux bleus en étant né à Bethlehem ? C'est quoi ces mecs ? Tout ça ne tient vraiment pas debout. Jesus était un bon VRP mais il s'est un peu loupé sur la dernière vente. Tiens le pape est mort ou quoi ?

Je ne sais pas, à priori je ne crois pas.

Ca va mal en tout cas. En fait, je ne sais pas si ça serait une bonne chose parce que ça risque d'être pire après. Le Vatican est parti pour mettre un mec vachement plus anti-IVG et tout...

Les Santa Cruz me disaient que tu avais un projet de disque free jazz aussi ?

Oui, mais ça n'a pas pu se faire pour l'instant. Là, j'aimerais bien sortir un truc basé sur une note avec des mecs du Workshop de Lyon. Ils jouent d'ailleurs au Pannonica ce soir, avec le père de Quentin Rollet, un des premiers à avoir fait du free en France. On en a parlé un peu, avec une section rythmique Bolkato et faire un truc monotonal traînant et basé sur le blues. C'est un projet assez dur à réaliser parce qu'ils ont des calendriers chargés, mais on le fera.

Tu es toujours en contact avec les types de Rectangle je suppose ?

Ah oui, bien sûr ! Rectangle ne peut plus rien produire, c'est un peu à l'arrêt même si c'est pas fini. Leur but n'était pas de coincer un artiste. Ils sortent des gens qui ont des projets un peu spéciaux, j'ai aucun problème avec Quentin Rollet ou Noel Ackchoté, ça restera tout le temps des potes. Je vois souvent Quentin depuis que j'habite à Lille.

Lui aussi est un fan d'Herman Düne !

Oui, il a fait des trucs avec Temple Temple récemment. Je n'ai aucun problème avec Rectangle, heureusement. Quand on est parti chez Universal ça n'avait rien d'un divorce.

Tu grandis, tu quittes la maison des parents...

Voilà, tu grandis, tu trouves une copine et un appart' (rires).

Et la cohabitation se passe bien ?

J'ai jamais été aussi libre, j'ai tout imposé sur l'album. ils sont venus une seule fois sur l'enregistrement. J'ai même imposé les photos, ils n'ont rien dit, ni rien exigé. Je ne peux pas te dire plus que ça. Je suis très libre, artistiquement, je ne peux pas être le gars qui crache sur les majors. C'est nickel pour l'instant... bon, peut-être que dans trois ans j'aurai mal au cul, j'en sais rien, mais pour l'instant il n'y a aucune pression. Ils sont très respectueux du travail que tu fais. Il y a quelquefois des propositions qui sont assez bien vues parce qu'ils savent faire leur métier aussi.

Tu disais à l'époque de 33 que tu avais vraiment envie de tourner dans des salles plus que dans les bars

Oui, les bars j'ai donné, j'aime bien en faire encore, mais de temps en temps. Faire que ça aujourd'hui c'est plus possible, il y a de moins en moins de bars qui font des concerts, dès que t'as un batteur c'est fini. C'est classe aussi de jouer dans de bonnes conditions et d'avoir un peu plus de public. On ne fait pas des grosses salles, l'Olympic pour moi, c'en est une. J'aime bien les salles de 200-300 personnes.

Pas faire trop grand non plus pour la musique ?

Ben, on aimerait bien mais de toute façon il n'y a pas le public pour... S'il y a 3000 personnes, tant mieux. Pour un concert de Red, ce ne sera jamais comme ça. Bon, là, on va avoir un concert comme ça en Suisse, mais c'est parce qu'on fait la première partie de Deep Purple (rires). L'avantage, c'est qu'on a fait un concert comme à Evreux où ça devient vite "chaud"... j'aime bien la proximité. En Suisse, on fait des grosses scènes. C'est un peu plus facile qu'à l'époque de 33 aussi. Tant qu'on ne nous demande pas de changer notre musique, quitte à rester libre, autant que ce soit pour le plus de monde possible. Le set que tu vas voir est très différent, c'est beaucoup plus électrique, donc ça marcherait peut-être sur des scènes plus grandes. Pour 33, c'était très intimiste, là, ça envoie plus de son, je suis passé à l'électrique et Leo apporte des grosses basses au piano.

En parlant de ça, j'ai trouvé assez intéressante la version de Putrefying Corpse Song sur l'album, par rapport à la version que vous faisiez sur la tournée 33.

Ouais, on a tout le temps fait comme ça. Par exemple, sur le set on lance déjà des morceaux du prochain. J'aime bien faire comme ça, ça motive. L'album vient de sortir mais on l'a fini en juin. J'ai fini le mix en août, donc on a déjà des trucs derrière... j'ai déjà écrit la moitié du prochain. Bon, j'écris des chansons quoi, après tout il n'y en aura peut-être aucune sur le prochain. Peut-être que les dix chansons de ma vie je vais les écrire demain (rires).

Tes morceaux continuent toujours d'évoluer si je comprends bien ?

A un moment quand tu enregistres, c'est un peu comme un polaroïd. Tu peux te dire qu'elle est assez bien pour être sur le disque, ce qui n'empêche pas qu'elle va évoluer encore après. Là, par exemple, on va faire Drunk Train ce soir et par rapport à la version avec les Düne sur 33, ça n'a plus rien à voir. Je ne vois pas pourquoi ça s'arrêterait après l'enregistrement. Ceci dit, Putrefying Corpse Song est assez similaire à ce qu'elle est sur le disque.

Ca doit être moins dur pour toi de transposer les morceaux de Nothin' To Celebrate sur scène par rapport à ceux de 33 ?

Oui, c'est plus simple en effet. Et puis, comme c'est le même groupe... par exemple, Tonio ne peut pas jouer comme Thomas Belhomou Christian Rollet, il joue comme Tonio, c'est pas son boulot d'imiter...

Jérome : C'est pas son boulot, batteur.

Red : Ouais, il fait ça en dilettante (rires). Ce serait stupide de lui demander de rejouer comme les autres.

Tonio : J'ai synthétisé. Mon vrai boulot, c'est journaliste (rires).

Est ce qu'il y a des morceaux que tu ne peux pas jouer sur scène justement ?

Red : Il y a des morceaux que je ne fais pas sur scène, est ce qu'ils ne sont pas faisables... ça, je n'en sais rien. Il y a des morceaux qui n'ont pas marché sur nos répétitions, donc on ne les a pas gardés. En travaillant, je pense quand même qu'on peut tout faire. Il y a les anciens morceaux qu'on n'a pas envie de quitter, on n'est pas comme les Düne, ne serait-ce parce que j'écris moins qu'eux, genre un album par jour (rires). Ils arrivent vraiment à faire des concerts où je ne connais quasiment rien, c'est de la folie. Nous on a un répertoire plus modeste en nombre.

Tu te sens engagé ? Tu as participé au tribute à Costes par exemple...

Oui, Costes, ça me fait chier qu'il y ait des gens qui aillent faire de la jurisprudence sur son dos. C'est de la liberté d'expression et puis il n'est pas dangereux, il suffit d'aller le voir pour se rendre compte que c'est pas un crétin et que c'est du théâtre. De surcroît, c'est un copain, donc ça me fait vraiment chier... Venant de l'UEJF, ça me casse les couilles, ils n'ont rien d'autre à foutre. Mon engagement, autrement, n'est pas énorme : je suis contre la religion et j'appartiens au collectif Spinoza. C'est un nombre d'artistes, surtout cinq/six écrivains au départ, qui portent plainte contre les maisons d'édition du Coran, de la Bible pour des écrits racistes et d'incitation au racisme et à la violence, ce qui est vrai. Voilà j'ai co-signé ce truc là, je suis assez d'accord avec leur idéologie. Autrement, il n'y a pas d'engagement politique, j'ai assez de ma vie.

Et le fait de tourner avec B. Root, c'était dans cet esprit là aussi ou c'était plus pour délirer ?

Non, ça c'était pour déconner. C'est vrai que ça peut faire engagé, puisque c'était le moment où Sarkozy s'était énervé sur les films de cul. Mais c'était vraiment un délire. Sexe, drogues et rock and roll ça me plaît bien. Bon, enfin là, il y avait du sexe, j'y suis allé (rires).

Il y avait un peu de rock avec toi...

Ouais, par contre, il n'y avait pas trop de drogues. Voilà, il n'y a pas d'engagement là dedans, enfin je ne crois pas (rires). Ou alors c'est de l'indirect, si c'est ça, alors je le suis... A part Spinoza, je ne vois pas. Et puis, ce n'est même pas politique, je suis juste anti-religion. Je serais Dieu, j'interdirais la religion. Je te foutrais tout ça dans une grotte crade avec Exile On Main Street, de l'héroine et du Jack Daniel's (rires).

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