Soledad Brothers

Eric Clapton vs The Old Timey Motherfuckers

» Interview

le 16.04.2005 à 06:00 · par Eric F.

Dans une forme contagieuse et avec une bonne humeur qui ne l'était pas moins, les Soledad Brothers répondent à nos questions... entre deux éclats de rire.

Comment avez vous commencé le groupe ?

Johnny Walker : Ben et moi jouions dans un groupe qui s'appelait Henry & June, qui s'est séparé. On s'est mis à faire un duo quelques années plus tard. On est tous les deux originaires de Toledo où tu es forcément amené à connaître tous les "kids" qui font du rock dans la ville. Ca n'a pas été très dur de se trouver. Après j'ai fait une fac de médecine et j'ai rencontré Oliver à Cincinnati, on a été colocataires, j'écrivais des chansons et il jouait dessus. Il a fini par rejoindre le groupe.

Les gens vous cataloguent pourtant souvent comme un duo.

Ben Swank : On l'a été, mais pas très longtemps. On a sorti trois disques en trio.

JW : C'est vrai que les gens ont cette image.

Vous vous êtes élargis pour éviter les comparaisons avec les White Stripes ?

JW : Non, tout simplement parce qu'il n'y en avait pas à l'époque. Personne ne savait qui on était, ni qui ils étaient.

BS : On a toujours voulu qu'il arrive des choses. Mais il n'y avait personne sur Toledo avec qui on avait vraiment envie de le faire.

Contrairement à ce qui se dit, vous n'êtes donc pas à proprement parler un groupe de Detroit ?

JW : Toledo est dans l'Ohio, juste à la frontière avec le Michigan, c'est à peu près à une demi-heure de route de Detroit.

BS : J'y ai habité pendant plus de trois ans.

Et vous vous sentez partie prenante de la scène rock là-bas ?

BS : Plus maintenant, on s'est un peu enlevé de là (rires). Je devrais peut-être déménager pour que tu reposes la question (rires).

Ca vous fait quoi d'être toujours lié à Detroit par la presse ?

BS : C'est plutôt bien, c'est une bonne association. Il n'y a que quelques groupes avec qui je n'aimerais pas être lié.

Tu peux donner des noms, personne ne nous lit...

JW : Ca tombe bien, personne ne nous écoute non plus (rires).

BS : On a bien fait de se trouver ! Je pensais aux Von Bondies, par exemple. Mais Detroit est une ville assez chouette.

Pour en revenir aux White Stripes, c'est Jack White qui a produit votre premier album. Comment cela s'est-il passé ?

JW : C'était plus que tranquille. "Hey Jack, posons un micro là, et si on faisait se battre ton chien et qu'on l'enregistrait ?" (rires). "Hey Jack, et si on mettait des micros sur ton porche et qu'on marchait dessus ?" (rires). Ca s'est passé comme ça tout le temps, c'était très cool, on se disait que personne n'écouterait le disque de toute façon.

Ca doit vous énerver qu'on les évoque tout le temps à votre sujet ?

JW : Dis-moi, tu m'as l'air très bien renseigné (rires).

BS : Ca n'est pas si gênant. Ce qui m'énerve vraiment c'est d'être comparé avec Dechman (NDLR: l'ancien leader de Deche Dans Face, qui faisait ce soir là, la première partie du groupe). Pour les White Stripes, il s'agit d'un raccourci facile pour les journalistes qui ont besoin d'un angle qui fera lire les gens, mais cette comparaison ne nous semble plus valable. On ne vit plus dans la même ville, on ne tourne plus ensemble et Jack est parti dans une direction totalement différente de la notre. Cela n'empêche pas que l'on se respecte toujours.

JW : Tu sais, on a des cordes sur nos disques, ça fait une différence (rires).

Je suppose que vous ne vous sentez pas très concernés par le "nouveau rock" ?

BS : On ne veut pas être qualifiés de garage rock ou je ne sais quoi. On est un peu débraillés, mais ce n'est pas fait exprès.

On sent énormément les influences du blues et des vieux groupes rock dans votre musique. Y a-t-il des groupes actuels qui vous inspirent ?

JW : Lord Scratch Acid, Birthday Party ou The Fall.

Ce n'est quand même pas très récent !

JW : Oh arrête (rires) !

BS : Nous non plus, de toute façon.

JW : Quel âge crois tu qu'on a ? Vingt-cinq ans ?

BS : Quant aux vieux qui marchent toujours, on a qui ? Billy Childish ? hmm... Ce n'est pas qu'on n'aime pas la musique qui se fait en ce moment, mais ça ne nous influence pas tant que ça.

JW : Dans les années 90, on écoutait beaucoup Royal Trux ou Spiritualized avec qui on est partis en tournée. Maintenant, on écoute beaucoup The Kills. Il y a une sorte d'émulation très positive, si tu n'admets pas être influencé par les gens que tu respectes, c'est que tu es un imbécile ! Tu apprends forcément des autres.

Comment naissent vos chansons ?

JW : Ca peut arriver qu'on capture un instant donné en improvisant mais c'est assez rare. De toute façon, il n'y a pas une bonne façon de faire, tu peux énormément expérimenter.

BS : Nos concerts n'ont d'ailleurs rien à voir, on fait assez attention à ce que l'on fait en studio.

JW : On est beaucoup plus crus et agressifs sur scène. En studio, c'est plus cérébral. On essaie de trouver des moyens pour que tu ne t'ennuies pas quand tu écoutes l'album plus d'une fois (rires). Quant aux concerts, les gens l'entendent sur le moment et après il ne leur en reste que des souvenirs. Tu peux donc te permettre de merder quelques trucs (rires).

Et l'album live que vous avez sorti alors ?

JW : Oh, on a pas mal merdé dessus (rires).

BS : Passons plutôt à autre chose...

JW : Ce live a été enregistré il y a presque cinq ans, ce concert a eu lieu pour la fête qui célébrait la sortie de notre premier album. J'avais d'ailleurs un roulement pour le boulot le lendemain. Je travaillais à quatre heures de route dès six heures et demie du matin ! Dès qu'on a fini le concert, j'ai sauté dans le van et je me suis tapé la route. Je n'étais pas très frais le lendemain...

BS : Alors que maintenant on ne vit qu'à dix heures d'avion l'un de l'autre...

Vous n'arrivez pas à gagner votre vie avec votre musique ?

JW : Non, pas du tout. C'est à peine si j'arrive à gagner ma vie avec quoi que ce soit (rires). On se débrouille.

Le moins que l'on puisse dire c'est que votre distribution en Europe ne vous aide pas.

BS : C'est à chier. On essaie vraiment d'améliorer ça, ça devrait s'arranger. De plus, on n'a pas les moyens de vérifier si les disques sont bien disponibles sur place. C'est dommage, vu le nombre de fois où l'on a joué ici... les gens peuvent nous voir mais pas acheter nos disques.

JW : On tourne sur notre réputation ici. La seule chose que l'on puisse faire c'est grimper dans le van et aller d'une ville à l'autre (rires).

BS : On fait tout ce qu'on a à faire mais même si il est censé y avoir une vraie relation entre nous et nos labels, on est souvent déçus. On ne sait pas comment résoudre ce problème...

JW : Mais c'est aussi très agréable de voir tous ces gens qui viennent grâce au bouche à oreille.

BS : J'aime bien cette façon "old school" de faire mais ça serait chouette d'être moins pauvre. C'est un peu tout ou rien, il n'y a plus de classe moyenne dans le rock (rires).

Vous devez donc voir Internet d'un bon oeil ?

BS : Oui je pense. Il y a tous ces forums où les gens parlent de musique. On n'est pas très doué en informatique, notre site est assez rudimentaire. Je crois qu'on est un peu trop vieux pour ça. On devrait engager un nerd pour s'en occuper (rires).

JW : Envoyer un e-mail est une des rares choses que m'a appris la fac de médecine. On est des bons vieux "motherfuckers" tu sais (rires).

Voice Of Treason a un son beaucoup plus étoffé que vos premiers albums.

JW : Un morceau comme L75 Boogie dont tu me parlais tout à l'heure a été enregistré sur quatre pistes avec un mixer qui avait juste des boutons de contrôle bass et treble. On l'a ensuite masterisé sur cassette (rires). La moitié de Voice Of treason a été enregistrée dans notre home studio dans le Kentucky, l'autre à Toe Rag (NDLR: le mythique studio d'enregistrement londonien cher au label Fat Possum). La philosophie de ces différents enregistrements est identique, c'est juste que tu es mieux équipé en studio.

BS : Voice Of Treason a été fait en beaucoup moins de temps que le premier disque. Il s'agissait en fait d'une collection de démos qui s'espaçaient sur un an.

JW : Ce n'était même pas des démos puisque personne ne devait les entendre à part nous. On a passé une semaine dans le Kentucky et une à Toe Rag pour Voice Of Treason. C'était très différent: on traînait chez moi dans le Kentucky à l'aise, tandis qu'à Toe Rag, ça ressemblait beaucoup plus à un concert de neuf heures jusqu'à dix sept heures.

BS : On vient de terminer un nouvel album enregistré à Bordeaux qui sortira dans quelques mois. On a eu le temps qu'on voulait, plein de liberté, c'était génial.

A quoi doit-on s'attendre sur ce nouvel album ?

BS : La même chose mais en mieux (rires) ! Ce n'est pas comme si on allait se mettre à faire de l'electro... On s'améliore.

JW : Ca fait un an et demi qu'est sorti le dernier disque... Si tu ne deviens pas meilleur, ça ne sert à rien d'enregistrer.

Vous pouvez toujours sortir un disque live pourri !

BS : Hey, ho, fais gaffe (rires) !

JW : Non, c'est vrai (rires).

BS : Si tu as ce disque, tu sais de quoi tu parles.

Je l'ai commandé récemment, je saurai ça bientôt.

JW : Il n'est pas terrible mais il a été enregistré chez nous, tu peux entendre nos potes nous insulter.

Vos amis vous insultent ?

JW : Bien sûr (rires) ! C'est comme un instantané de très bons moments qu'on a passé. On a de meilleurs enregistrements live, mais ils n'ont pas la même valeur.

Vous reprenez souvent des vieux titres traditionnels. Qu'essayez vous de leur apporter ?

JW : On met Toledo dedans !

BS : Ce qu'on essaie de faire, même avec nos morceaux, c'est de se baser sur le rock et le blues comme point de départ et voir ce que l'on peut en faire. En jouant des morceaux traditionnels, on explique parfaitement aux gens ce que l'on fait. On laisse l'âme qui habite ces morceaux tout en essayant de se l'approprier. Un peu comme Clapton sur I'm So Glad (rires), ou comme sur son excellent album acoustique de reprises blues (rires).

C'est une référence pour vous ?

JW : (rires) Qu'en penses-tu ?

Je n'espère pas !

BS : Je n'aime pas Clapton.

Cream était pas mal quand même !

JW : Oui c'est vrai !

BS : Oui, mais seulement pas mal (rires). Je crois que Clapton est une sacrée salope ! Reformer Cream, franchement... "Bon qu'est ce que je peux faire ? Je ne suis plus pertinent !", le problème c'est qu'il ne l'a jamais été depuis qu'il a quitté les Yardbirds !

JW : C'est assez ironique qu'il ait quitté les Yardbirds parce qu'ils étaient soit disant trop pop... quel connard (rires).

BS : "Ce groupe est trop pop..."

JW : ... Je vais plutôt aller enregistrer Layla (rires).

Il a quand même eu le mérite d'amener pas mal de blancs au blues.

JW : Oui, bien sûr. Il y a des choses que j'aime beaucoup de lui avec John Mayall. A vrai dire j'aime bien Cream aussi, tu peux publier ça (rires). Disraeli Gears est un très bon disque.

Vous aussi, vous essayez d'orienter les gens vers les vieux bluesmen noirs ?

JW : Je préfère qu'on me dise en écoutant Voice Of Treason "Oh, ce titre est de Skip James" plutôt que d'entendre "Ce titre de Skip James a été repris par Eric Clapton." Quand on a fait Prodigal Stone Blues sur Teenage Heart Attack j'ai piqué le riff à Keith Richards sur Prodigal Son Blues parce que les Stones l'avaient repris en s'appropriant les crédits.

BS : Une sorte de "Fuck you" au vieux crouton (rires).

JW : C'est vraiment une honte, je crois que Richards y est pour beaucoup dans cette histoire. Le pire groupe pour ça, c'était quand même Led Zeppelin.

Comme avec Travelling Riverside Blues ?

JW : Oui, mais si tu les listes toutes, on n'est pas rendus (rires).

Que pensez vous de tous ces groupes qui utilisent le blues comme argument de vente ?

BS : C'est facile pour tous ces mauvais groupes et tous ces mauvais journalistes de dire qu'un groupe est bluesy. Ca donne tout de suite de la crédibilité. Il y a beaucoup trop de groupes comme ça. Je ne prétendrai pas une seule seconde qu'on est un groupe de blues authentique parce que c'est ridicule de dire ça ! Mais bon, mieux vaut que ça tombe sur nous plutôt que sur les 22-20s.

Où se situe la différence ?

BS : Tu devrais l'entendre non ? Si tu n'y arrives pas je suis désolé pour toi (rires).

Mais de votre point de vue ?

BS : Non, mais c'est ce que je voulais dire, c'est une question de feeling. Peut-être que ces types ont des super collections de disques et qu'ils connaissent très bien la musique, même si j'en doute... En tout cas, ils ne le font pas bien !

Je ne les ai pas encore écouté.

BS : C'est le premier nom qui m'est venu à l'esprit. Je n'ai rien contre eux personnellement mais ils me filent des boutons.

JW : Je pense de toute façon qu'on serait plutôt un groupe bruyant de rythm & blues. Il ne doit y avoir qu'une chanson qu'on pourrait qualifier de blues sur le prochain disque. On a mis un sitar dessus... Je ne sais pas si c'est très blues...

Un blues indien peut être ?

JW : Ouais (rires) ! Ou Southern sitar. C'est facile de nous voir comme un groupe de garage rock, les gens sont à court de descriptions (rires).

Et que pensez vous du Blues Explosion qui s'était fait allumer par Rolling Stone en disant qu'ils pillaient le blues ?

BS : Ils disent pourtant dans leur nom qu'ils explosent le blues ! Les groupes ne peuvent contrôler ce que pensent les gens à moins qu'ils n'aient un dossier de presse à la con, ce qui est le cas neuf fois sur dix.

Vous en avez un ?

BS : Non, c'est le même problème qu'avec les étiquettes (rires).

Tant mieux. Ce n'est pas trop lourd de toujours vous farcir ces questions sur le blues ?

JW : A vrai dire, les questions que l'on nous pose sont beaucoup moins bonnes d'habitude. Je suis assez impressionné que tu n'aies même pas de feuille avec tes questions marquées dessus.

BS : C'est mieux d'avoir une discussion plutôt que de lire. Beaucoup de gens nous posent des questions qui reviennent tout le temps. C'est OK, mais nos réponses ne varient pas beaucoup non plus !

JW : Et il y a des réponses que tu trouves facilement sur le net (rires).

BS : On devrait donner un papier où on répondrait aux cinq questions les plus couramment posées (rires). "Vous préférez les blancs ou les noirs ?" (rires).

JW : J'ai beaucoup apprécié le jour où quelqu'un m'a demandé de lui dessiner quelque chose, j'aime bien l'idée.

Et tu lui as dessiné quoi ?

JW : Je ne me rappelle plus mais comme je n'étais pas dans mon état normal, ça ne devait pas être beau à voir (rires).

Je pose souvent cette question : si on t'avait demandé de réaliser un documentaire sur le blues, ton film aurait parlé de quoi ?

JW : J'ai combien de jours ?

Autant que tu veux, je te demande juste une idée.

JW : C'est un sujet très vaste. Tu pourrais commencer à Congo Square, à la Nouvelle Orléans ou peut-être même remonter encore plus loin en intégrant le folk africain, montrer comment ça a été mélangé avec des influences européennes pour finalement remonter jusqu'à... Eric Clapton (rires) ! Cela me parait presque impossible à faire tant il y a de choses à dire.

Quel est l'épisode que tu as préféré ?

JW : Je ne sais pas trop, je les ai tous beaucoup apprécié. C'est dur à dire... J'ai vu récemment une série de documentaires sur le jazz réalisés par PBS qui étaient vraiment excellents eux aussi. Je vais dire que mon préféré c'est, eh bien... tous, en fait (rires).

Merci beaucoup pour cette interview et pour votre bonne humeur !

BS : Allez on te paye un coup ?

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