Smog

Mhh

» Interview

le 25.07.2005 à 00:00 · par Arnaud G.

Vous n'êtes pas connu comme quelqu'un de très bavard. Est-ce que vous pensez que cette opinion est justifiée ou est-ce seulement parce que vous n'aimez pas les interviews ?

Mhh. Parfois je le suis, parfois je ne le suis pas. Ca dépend. Dans les interviews, faute de temps, on essaie de dire des choses avec le moins de mots possible. Parfois, ça fait peur aux gens qui posent les questions parce que la réponse ne dure pas dix minutes. Mais je pense que je peux dire des choses intéressantes, avec peu de mots. Et parfois aussi je n'ai pas de réponses aux questions qu'on me pose.

Vous semblez avoir atteint une certaine forme de sérénité avec les deux derniers albums, sur le plan musical au moins. Etes-vous d'accord avec cette façon de voir ?

La musique que je faisais dans le passé était plus violente... Ce nouveau disque est vraiment différent de tout ce que j'ai pu faire auparavant... C'est comme un nouveau commencement pour moi... Il y a plus de guitare pincée.

Les tout premiers mots sur A River Ain't too Much to Love sont "Winter Weather is not My Soul". Est-ce que vous pensez qu'un certain nombre de gens qui écoutent votre musique se trompent lorsqu'ils la voient comme une musique sombre et déprimée ?

Mhh... Oui, sans doute... J'imagine que c'est une sorte de malentendu.

Etes-vous très sensible au retour que vous pouvez avoir sur votre musique de la part des gens, en concert notamment ? Est-ce que le fait d'entendre des gens réagir peut influencer sur votre prestation ?

C'est différent chaque soir. Le public a une énergie qui peut être négative ou positive. Parfois neutre aussi.

Et vous préférez être seul sur scène ou avec un groupe ?

C'est plus amusant avec un groupe. On partage quelque chose.

Parmi les gens qui vous ont accompagné en tournée, il n'y a que Jim White, à la batterie, qui soit resté plusieurs années de suite. Il y a une raison particulière ?

Mhh... C'est juste que j'aime beaucoup ce qu'il fait. On est de bons amis. C'est bien de l'avoir à ses côtés sur la route. Il prend les choses très sérieusement. Il essaie toujours de s'améliorer. Chaque soir il fait en sorte que ce soit mieux que le précédent. Il est très inspirant. C'est très bien pour moi de jouer avec lui.

Qu'est-ce que ça vous a fait d'enregistrer votre album dans un studio aussi mythique que le Pedernales Studio (qui a entre autres accueilli beaucoup d'enregistrements de Willie Nelson -ndlr), est-ce que c'était un rêve pour vous ?

(Sourire) J'entends toujours parler de ça. Disons que je me suis retrouvé là-bas, au Texas... C'était plus cher que ce que je m'accorde d'habitude. Mais, j'ai pensé que je méritais bien ça. Mais je ne pense pas que le lieu affecte la musique.

Est-ce que vous pensez que des gens peuvent être touchés par votre musique sans en comprendre du tout les paroles ?

Des gens qui ne parlent pas anglais ? Je ne sais pas. Mhh. Peut-être...

Par ailleurs, est-ce que vous pensez qu'on peut réellement comprendre vos paroles ou seulement ce qui s'en dégage ?

Vous voulez dire des gens qui parlent anglais ? (Sourire) J'essaie de... Disons que je parle anglais. Je tâche d'être aussi explicite que possible en anglais. Et on peut espérer que des gens dont la langue maternelle est l'anglais pourront comprendre. Mais chaque personne a différentes interprétations pour une même chanson.

Quand vous faites allusion à la nature, à la famille, ou à ce genre de choses, dans vos paroles, est-ce dans le but de s'inscrire dans un songwriting folk traditionnel ?

Je n'essaie pas de faire traditionnel, que ce soit pour les paroles ou la musique. Mais j'imagine que la "tradition" est quelque chose qui a de l'importance pour mon groupe et moi, et que ça régit un peu la façon dont je compose.

Qu'est-ce que signifie "The River" pour vous ? Parce que c'est un mot qui revient très souvent dans vos textes...

Je pense que c'est parti de cette idée selon laquelle un être humain est composé à 80% d'eau. Tout, autour de nous, n'est que de l'eau ou presque. C'est un élément naturel, qui focalise beaucoup de pouvoir, peut-être même tout le pouvoir de Dieu, de la Nature. J'ai tendance à m'attarder sur ce genre de choses.

Est-ce que vous avez lu ou lisez encore beaucoup de poésie ?

Non, pas vraiment. Je n'ai jamais trop compris la poésie.

Vous voyagez énormément d'un pays à l'autre. Est-ce parce que vous aimez être un étranger partout où vous allez ?

Non, pas vraiment. J'ai beaucoup voyagé quand j'étais plus jeune, mais plus tellement maintenant. C'est un mythe.

Vous aimez être en tournée ?

Oui. J'aime ça. Ce n'est pas toujours une joie, mais j'aime ça. Parce que chaque jour est différent. On ne sait jamais ce qui va arriver. C'est stressant. Mais si on parvient à surmonter ça et jouer de bons concerts, on peut se sentir très bien... A la fin de la nuit.

Le public français doit être sensiblement différent de celui que vous connaissez aux Etats-Unis, où les gens n'hésitent pas à discuter pendant les concerts. J'imagine que vous préférez un public silencieux, attentif...

Ca dépend. C'est bien aussi d'avoir un peu de répondant de la part du public. Si c'est trop calme, parfois on peut se demander si tout le monde n'est pas en train de dormir. Je n'ai jamais joué ici, à la Maroquinerie, mais plusieurs fois au Café de la Danse et je pense que ces salles sont vraiment faites pour que les gens écoutent. Le public fait face à la scène. Il est vraiment encouragé à écouter.

Pourquoi avez-vous décidé de mettre votre nom entre parenthèses il y a quelques années, et pourquoi l'avoir sorti des parenthèses pour le dernier album ?

J'aimais bien l'idée. C'est tout simplement parti de l'artwork de Rain on Lens. Au moment où on travaillait sur la pochette, ça m'avait semblé naturel d'ajouter ces parenthèses. Et puis, j'ai eu envie de rendre ça officiel. Pour le dernier album, je pensais que c'était vraiment différent de ce que j'avais pu faire, donc j'ai eu envie de signifier ça, en enlevant les parenthèses à nouveau, pour marquer une petite rupture.

Vous n'avez pas l'air d'aimer parler de vos influences musicales. J'avais lu une interview où vous parliez de cinéma, ou même du dessin animé les Simpsons, mais pas tellement de musique.

Je pense que je n'en parle pas parce que c'est l'univers dans lequel je suis. Je ne fais pas de films ni de séries télé... Par ailleurs, c'est très dur de parler d'influences parce que je ne pourrais pas me contenter d'en citer quelques unes. Il y a cinq cents choses différentes qui ont pu s'immiscer dans mon cerveau et devenir autant d'influences. Je ne peux pas faire le ménage dans tout ça et sortir quelques noms seulement. Mais bien sûr pour faire de la musique, il faut écouter de la musique, parler à d'autre musiciens. Il y a un processus qui se met en place. Mais ça me semble dangereux d'extraire quelques noms seulement... Il y a des centaines de noms, de nombreuses années à écouter de la musique...

Vous avez écrit au cinéaste Leos Carax. Il y a des réalisateurs dont vous aimez le travail et avec lesquels vous aimeriez travailler ?

J'aime beaucoup Werner Herzog. Je ne sais pas si c'est quelqu'un avec qui j'aimerais travailler, mais j'aime regarder ses films en tout cas.

La musique est-elle une façon pour vous d'être libre ?

Je devais faire quelque chose, trouver une voie. Peut-être pas nécessairement la musique ; ça aurait peut-être pu être quelque chose d'autre. Mais maintenant, c'est une partie très naturelle de ma vie. C'est mon quotidien.

Vous n'avez jamais eu envie d'abandonner, ou de faire autre chose ?

Je fais mon propre emploi du temps, je peux faire les choses que je veux, m’organiser comme je l’entends. Ça me convient comme ça. Je peux prendre du temps pour réfléchir à l'idée d'un nouveau disque, ou à autre chose. En ce moment, je travaille à… un livre.

Interview réalisée avec l'aide de Jean-Charles de Popnews et Déborah de Radio Campus Paris. Merci à eux !

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