Schwervon

Le couple psycho-psychédélique

» Interview

le 17.12.2005 à 18:00 · par Eric F.

Entretien avec Major Matt Mason et Nan Turner après leur chouette concert rennais. Découverte d'un duo aussi franc qu'amusant...

Que signifie Schwervon ?

Nan Turner : Faut que ça groove ! Que ce soit heureux ! On nous pose souvent cette question en Allemagne, c'est une contraction de "schwer von begriff", ce qui désigne quelqu'un de lent à la détente. Mais ce n'est pas ce que ça veut dire pour nous.

Major Matt Mason : Pourtant, j'aime bien cette idée. Ca peut aussi vouloir dire "lourd venant de".

NT : C'est ce que je viens de dire.

MMM : Non, ce sont deux mots séparés.

NT : Oui, d'accord, mais c'est aussi une abréviation pour "schwer von begriff".

MMM : Je pense que ça nous convient bien...

NT : Même si on ne le savait pas quand on a choisi ce nom. C'est un mot assez drôle ! Quelqu'un nous a dit "Schwerve it" la nuit dernière (rires). "Je vais aller me la schwerver"... J'aime bien cette interprétation.

Le fait que la plupart des gens n'ont aucune idée de ce que c'est fait que ça peut finalement prendre n'importe quelle signification...

NT : Exactement ! Parfois Matt répond que ça veut dire faire l'amour. Je crois qu'il invente souvent des réponses.

MMM : Oui, mais je pense que ça peut vraiment vouloir dire ça.

NT : Oui, moi aussi. Ca peut aussi vouloir dire faire l'idiot, être heureux... ou se réveiller.

Se réveiller pour faire l'amour ?

NT : Hm, j'aime bien cette idée ! Se réveiller pour faire l'amour...

MMM : C'est sûr que c'est mieux que faire l'amour en dormant.

Et d'où vient le nom de Major Matt Mason ? Je croyais que ça venait de Toy Story mais il semblerait que non.

MMM : Ca ne vient pas de Toy Story mais c'est un jouet. C'est sorti dans les années 60. C'était le premier jouet astronaute, c'est un nom qu'on m'a donné quand je suis arrivé à New York. Je jouais au Sidewalk Café, j'ai donné mon nom au type qui prenait les inscriptions, il a décidé que mon nom était chiant, il a donc opté pour Major Matt Mason. Je lui ai dit que si ça me permettait de jouer, j'étais d'accord (rires). Je n'ai jamais été dans l'armée, ni été astronaute...

Tu as sorti des disques en solo avant de fonder Schwervon ?

MMM : Oui. Je suis arrivé à New York en 1994, je traînais avec la clique antifolk. Je jouais juste sur une guitare acoustique parce que c'était beaucoup plus simple, et en rencontrant Nan, ça m'a paru plus drôle de repasser sur une guitare électrique, ce que je faisais à la fac.

Vous avez d'autres projets ?

MMM : J'ai un autre groupe avec deux amis appelé Kansas State Flower; à mi-chemin entre Schwervon et Major Matt Mason, je suppose. On fait de la musique acoustique mais un peu lourde. Nan joue dans un autre groupe appelé Pantsuit.

C'est ton groupe rrriot girl ?

NT : Non, ça n'a rien à voir !

C'était donc un de tes groupes précédents ?

NT : Oui, c'était avant, c'était beaucoup plus... heu... je ne sais pas trop (rires). J'ai plus l'impression que Pantsuit est un vrai groupe. On vient de faire un nouvel album ou chacun partage les rôles, le disque est assez lourd et étrange, c'est plutôt cool.

Il y a une différence quand vous faites un morceau pour Schwervon ou pour vos autres projets ?

NT : Oui, bien sûr. C'est très ouvert dans Schwervon, on ne fonctionne pas de la même façon. On invente souvent les morceaux pendant les répétitions, chacun amène des paroles, des mélodies... On écrit parfois les paroles à deux. C'est beaucoup plus proche.

C'est sûrement dû au fait que vous soyez en couple ?

NT : Peut-être, je pense. On n'a pas besoin d'être polis l'un avec l'autre des fois, ce que certains groupes sont un peu obligés de faire. Parfois, c'est plus dur, surtout pour moi car je suis assez sensible. Je réagis assez mal à ses critiques par moments. J'ai tendance à le prendre pour moi quand il critique seulement la musique. Mais d'un autre côté, on n'a pas besoin de faire semblant. C'est plutôt agréable.

MMM : Les chansons parlent d'ailleurs beaucoup de notre relation. On dit peut-être des choses dans nos morceaux que l'on ne dirait pas dans une conversation (rires).

NT : Je pense que c'est quand même assez vague et abstrait pour que ça puisse évoquer d'autres situations.

J'ai l'impression qu'il y a pas mal de morceaux qui parlent de sexe.

MMM : Un peu, ouais. Ce genre de choses (rires).

NT : Poseur parle plus d'art et de musique que de notre couple, je crois.

MMM : Il y a peut-être pas mal de choses que l'on n'a pas encore réalisées.

Parlons un peu de Bad Music. Vous pensez que de la mauvaise musique peut cependant avoir de l'influence sur la votre ?

MMM : C'est un peu un piège. N'importe qui peut dire que tel groupe est mauvais. C'est pour ça que l'on joue là-dessus dans la chanson. Il y a des chansons que tu trouves vraiment mauvaises, il y en a d'autres qui te font mal agir (rires). Tout le monde n'arrête pas de dire à quel point les radios sont inondées de merde, mais ça reste populaire, les gens l'écoutent toujours. C'est aussi le cas avec la musique indé, les gens disent que ça aussi c'est devenu mauvais. Quelqu'un va te dire "mais j'aime bien tel groupe" et tu vas lui répondre que c'est pas cool du tout... Ce n'est qu'une question d'opinion. Il y a un troisième niveau, qui symbolise les mauvaises nouvelles en général. Je pense que certaines personnes détestent un morceau uniquement parce qu'il passe à la radio, d'autres l'adorent pour la même raison...

Ca me fait penser aux comparaisons entre votre musique et celle des White Stripes...

MMM : Oui... C'est assez amusant parce que plus on joue, plus les gens nous disent "on doit souvent vous le dire", alors qu'en fait pas tellement.

Mais le fait qu'eux passent beaucoup à la radio, pourquoi pas vous ?

MMM : Dans un sens c'est vrai, j'aime beaucoup leur musique.

NT : Oui, moi aussi.

MMM : Ils sont très populaires, même si malheureusement je pense que c'est un peu une exception. A vrai dire la radio ne me préoccupe pas beaucoup.

NT : Moi non plus, je n'écoute jamais la radio. A part WFMU, où l'on a joué une fois. C'est une station plutôt bien.

MMM : Je pense que tu peux facilement trouver ce que tu veux sur Internet.

Vous pensez quoi du foin qui est fait sur la scène musicale new-yorkaise ?

NT : Je ne sais pas trop. On a beaucoup d'amis avec qui l'on fait de la musique, mais je n'ai aucune idée de ce qu'est la scène new-yorkaise.

MMM : La plupart des gens n'ont jamais entendu parler des personnes avec qui l'on joue. Il y en a beaucoup aussi que l'on ne connaît pas du tout alors que l'on aimerait sûrement...

NT : On fait partie d'une scène, mais j'aurais du mal à dire laquelle.

MMM : La scène de New York, ce sera n'importe quel groupe qui sera assez riche pour avoir un bon attaché de presse. Je ne pense pas que ce soit particulièrement différent de n'importe quelle autre ville. C'est juste que la ville est beaucoup plus grande.

Le côté positif, c'est que Jeffrey Lewis a été signé sur Rough Trade en partie grâce aux Strokes.

MMM : Oui, c'est vrai. Ca a été la même chose pour Kimya Dawson. Les Moldy Peaches, Adam Green... Si tu es à New York et que tu es un groupe qui vient de New York, tout le monde va s'en foutre, il y a un million de groupes dans ton cas (rires).

NT : Je crois que les new-yorkais sont saturés de musique.

MMM : J'ai remarqué que lorsque l'on est en tournée en Europe, les gens mettent souvent New York à côté de notre nom, comme si ça aidait à vendre. Je pense qu'ils font la même chose chez nous avec les groupes français. Il y a des endroits aux Etats-Unis, surtout dans le Sud, où ça ne nous aidera pas du tout de dire que l'on vient de New York (rires). C'est dans ces moments là que je dis que je viens du Kansas.

Vous voudriez voir quoi à la place de New York sur les affiches de concert, alors ?

NT : Quelqu'un a écrit un truc plutôt cool...

MMM : Psych-rock ! Je ne sais pas si on est psychédéliques mais j'aime bien le mot psych.

Tant que ce n'est pas "sick"...

MMM : Oui, il ne vaut mieux pas.

NT : A vrai dire, on est peut-être les deux. Enfin, pour le psychédélique, je ne suis pas sûre.

Plus pop peut-être, plus direct ?

NT : Oui, c'est vrai. Je trouve que notre prochain album est assez psyché alors que ce n'est pas vraiment le cas finalement.

MMM : Je préfère dire que c'est psychological. Vu que l'on suit une thérapie Nan et moi, ça me parait adapté (rires). "Therapy rock" c'est pas mal...

NT : "Couple Therapy Rock" !

MMM : Ce n'est pas très excitant...

NT : C'est le genre de chose que Sonny & Cher auraient pu faire.

MMM : On va vraiment avoir l'air ridicules.

NT : On s'en fout (rires) ! Tu vas traduire ? Je pourrais sûrement comprendre un peu.

En parlant de scènes et d'affiches, on a souvent entendu parler d'une sorte d'antifolk tour pour ces concerts avec Jeff Lewis.

MMM : On s'est rencontré sous ce parapluie qu'est l'antifolk. Je crois que ça vient surtout de Lach, le propriétaire du Sidewalk Café, c'est surtout pour faire venir les gens dans son restaurant, ce qui est bien, mais aussi un peu énervant par moments.

Comment est née l'idée de faire ce split CD avec Jeff Lewis ?

NT : On lui a demandé si ça le bottait. On pensait jouer avec Jack et puis l'idée de faire des reprises nous est venue. C'était très amusant.

MMM : Des gens comme Jeff ou Kimya commencent à être importants mais ils sont totalement accessibles. C'est vraiment agréable, on a fait ce disque dans notre appartement sur deux jours.

NT : Un jour pour eux, un jour pour nous. Ou peut-être deux pour nous (rires).

MMM : Ouais ouais...

NT : Bon, on va dire quatre, cinq jours en tout ?

MMM : Ca doit être ça (rires). On fait ça sur CDR, on paie l'essence avec les ventes. Jeff est assez populaire, mais il reste très cool et il semble prendre son pied à faire ce genre de choses.

Je vois mal quelqu'un comme Adam Green faire pareil.

NT : On ne le connaît pas très bien.

MMM : Mais il est très occupé. On habite très près de chez lui. On le croise souvent dans des bars.

C'est en tout cas très agréable d'entendre ces versions très différentes des originaux.

NT : Oui, ce sont des versions vraiment tordues ! J'adore vraiment Heavy Heart que j'ai entendu il y a des années. Notre version ressemble beaucoup aux Ramones.

MMM : Je pense que c'est ce qui rend cette communauté si excellente, chacun essaie d'exprimer énormément de choses. Nous, Kimya Dawson, Adam Green, Jeffrey Lewis... Ce sont autant d'univers bien particuliers. Ca prouve bien à quel point ces étiquettes sont stupides !

Vous nous parlez un peu plus de ce nouvel album ?

NT : On a fait les bases cet été, Matt les a enregistrées. C'était un peu frustrant quand Matt devait changer de costume entre ingénieur du son et musicien.

MMM : Fallait que je cours d'une pièce à l'autre...

NT : C'est devenu notre démo. On pensait que ça ferait l'album mais on a trouvé que la batterie ne sonnait pas assez puissante, on pense faire mieux.

MMM : Dis leur à quel point j'ai été mauvais !

NT : Mais non ! La batterie ne sonnait pas assez, c'est tout. Je ne l'aurais peut-être pas remarqué si tu n'avais rien dit.

MMM : Ce n'est pas très intéressant. Désolé.

NT : On a enregistré à Brooklyn, on le finira après la tournée.

MMM : C'est la première fois que l'on enregistre en analogique, mais je ne vais pas m'occuper de la production, du moins pas entièrement. Il nous reste les voix et les overdubs à faire. C'est là que l'on mettra tous les éléments psychédéliques (rires). On a fait un morceau qui ressemble à un rap, c'est plutôt étrange. On utilise une boîte à rythmes et des samples, c'est assez tordu. La musique est un peu plus complexe.

Le prochain album sonnera donc moins live ?

NT : A vrai dire, je pense qu'il n'y aura que deux morceaux dans ce cas. Le reste pourra être joué en concert (rires).

MMM : Il y a moins de répétitions, les structures sont plus différentes.

NT : Les chansons sont un peu moins évidentes.

MMM : Mais on fait notre reprise d'Herman Düne, donc ça va être agréable et mélodique.

Ca sera Winners Lose ?

NT : Oui, comment tu sais ça ?

Je suis bien informé !

NT : J'adore ce morceau !

Vous avez quelqu'un pour sortir le disque ?

NT : Oui, nous (rires).

MMM : On a vraiment de la chance d'avoir Olive Juice. Il y a des gens qui nous aident beaucoup en Allemagne, qui essaient de distribuer les disques là-bas. On sait comment faire un disque, mais c'est une autre histoire pour la distribution, tu n'es pas obligé de passer par un label.

NT : On sait très bien que ce n'est pas avec Olive Juice que l'on va se faire de l'argent.

C'est vraiment dommage de ne pas vous trouver chez les disquaires !

NT : Je sais...

MMM : Va falloir que l'on change ça. On va commencer petit par petit. Il faut que l'on trouve des disquaires intéressants. Ces gens peuvent parfois être très snobs, mais ce n'est pas toujours le cas.

Ils écoutent aussi de la Bad Music ?

MMM : Oui, s'ils nous apprécient (rires) !

On a le temps de parler cuisine ?

NT : Oh j'adore ça, je pourrais en parler toute la nuit, mais ce n'est pas intéressant ! Je suis devenue folle à table ce soir. C'était génial à Toulouse, la France est très bonne en termes de café, viennoiseries et fromages. Le vin aussi... Ce n'était pas forcément bon, mais c'est ce que j'aime manger.

MMM : C'est une très bonne réponse politique...

Retour haut de page

Nan Turner (Schwervon)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.