dEUS

Moins fou, plus classe

» Interview

le 01.03.2006 à 00:00 · par Eric F.

Quelques instants avant que dEUS ne monte sur scène à la Salle de la Cité, entretien avec le nouveau bassiste Alan Gevaert dans un bar rennais archi-bondé. L'occasion de jeter un oeil relativement nouveau sur la planète dEUS.

Commençons comme la plupart des autres récentes interviews que vous avez faites : que s'est-il passé pendant ces six années sans disques de dEUS ?

En fait, je suis nouveau, ça fait un an que je joue avec dEUS. Avant, je vivais aux Etats-Unis, au Danemark, je suis parti pendant longtemps. Ces années là, avec la coupure de dEUS, je ne les ai jamais connues. Pour être honnête, je connaissais très peu dEUS avant d'entrer dans le groupe, parce que j'étais aux Etats-Unis.

Et c'était conscient de leur part de prendre quelqu'un d'étranger au groupe ?

Ca n'a pas vraiment été comme ça. Ca s'est passé comme une sorte d'audition et ça a tout de suite super bien sonné. Je crois que ça a surtout été un coup de pot.

Comment t'es-tu retrouvé à passer cette audition ?

J'ai connu un ami de Tom Barman pendant que je travaillais avec une production de danse, Les Ballets C. de la B., en Belgique.

C'était la personne que l'on voit dans le clip de For the Roses ?

Non, il s'agit en fait d'un pianiste qui s'appelle Guy Van Nueten et qui a travaillé avec Tommy (NDLR: les deux hommes ont sorti un album live en 2003). C'est comme cela que nous sommes devenus amis et puis il m'a présenté. Après, ça s'est plutôt bien passé.

Je suppose que du coup, tu connais ce qu'à fait dEUS ?

Oui, maintenant je connais mieux.

D'après toi, qu'est-ce que ce changement de line-up a modifié ?

Ca a modifié la musique. Dans le temps, il y avait une folie, enfin, une folie, ça faisait très Captain Beefheart, je trouve, c'était très jeune aussi, le groupe vivait quasiment ensemble. Maintenant on est des musiciens, des adultes, etc... Pour moi, le son est plus compact maintenant... plus adulte.

Plus mature ?

Oui, c'est ça, plus mature. Et puis là, on a fait un disque, il y en a un qui sortira bientôt aussi, on verra ce que ça donnera.

Vu de l'extérieur avec tous ces départs, ces gens qui reviennent, la vie dans dEUS fait un peu penser à une famille.

Voilà, c'est ça, mais bon la Belgique est un petit pays. A Bruxelles, il y a peu de groupes rock, alors qu'il y en a énormément à Anvers ou à Gand. Je ne comprends pas pourquoi. Bruxelles a une scène beaucoup plus jazz.

Beaucoup de gens ont considéré que c'était un album plus posé alors que personnellement, il me semble quand même plus rock que The Ideal Crash.

Posé, dans quel sens ? Comme une photo ?

Dans la construction des morceaux qui sont plus directs. Ca me donne un peu l'impression que les gens ont oublié justement qu'il y a eu Ideal Crash...

Je comprends. Oui, c'est vrai. Ce nouvel album est aussi une expérience parce que le prochain disque aura une connotation beaucoup plus naturelle.

Et vous pourriez aller dans d'autres directions ?

Oui, je pense que ce sera un disque posé mais bien foutu.

J'ai l'impression que le disque a été écrit pour la scène ?

Oui, exactement. La présence de Mauro à la guitare donne du neuf. Depuis que je connais dEUS, j'aime toutes les étapes qu'ils ont faites...

L'album a mis deux ans à se faire ?

Pocket Revolution a commencé avec l'ancien groupe et puis il y a eu des histoires pas possibles.

Ce qui a l'air d'être habituel...

Oui, oui (rires). Après, le groupe a dû changer de musiciens et l'album a continué avec ces changements, ça a été dur.

C'est uniquement à cause de ça ou aussi parce que vous avez voulu donner un aspect vraiment définitif aux morceaux ?

Non, je ne pense pas. Il y a eu une période de non activité où le groupe éclatait. Dès que l'on a eu une bonne base, l'enregistrement a été assez rapide.

Qu'est-ce que Pocket Revolution, dans son ensemble, évoque pour toi ?

Pour moi, j'ai joué 60% des basses, donc c'est toujours très différent quand je m'écoute moi-même jouer par rapport à l'autre bassiste. C'est un album très... Je préfère en fait le jouer live, et de loin. On peut vraiment donner totalement de soi.

Et les morceaux évoluent sur scène ?

Beaucoup d'idées viennent de balances, on peut ensuite construire là-dessus, donc oui.

Et depuis le début de la tournée, vous avez beaucoup de morceaux qui sont nés sur la route ?

On a quelques morceaux pour lesquels c'est le cas, mais ils ne sont pas encore terminés. Ils sont nés pour ce prochain album que l'on devrait commencer en septembre.

Du coup, vous ne perdez plus de temps !

Ah non, bien sûr que non !

Comment expliques-tu que la popularité du groupe soit toujours aussi importante malgré ce long break ?

Ca, c'est une question difficile. C'est l'un des seuls groupes belges qui ait réussi à passer les frontières de cette façon. Et puis, leur popularité est assez vieille, je pense que beaucoup de fans attendaient, peut-être que certains se sont dit que c'était fini. Je pense qu'il y a eu une renaissance.

Comme si c'était un nouveau groupe ?

Oui voilà, exactement. Je pense que l'on a perdu des gens en route mais d'un autre côté, on en a sûrement gagné beaucoup. C'est normal, et s'il y a d'autres gens... Je pense que c'est impossible de comparer le dEUS de maintenant avec celui d'il y a dix ans.

Comment percevez vous le fait que la plupart des groupes belges qui marchent se réclament de dEUS ?

C'est l'un des premiers groupes qui a vraiment percé. Mais dEUS a été très influencé, par Captain Beefheart par exemple. Tout le monde est forcément influencé par tout le monde. dEUS a trouvé une certaine formule et ça a explosé, les autres groupes ont commencé à suivre ça.

Et c'est pas un peu pesant ce rôle de "parrain" ou vous vous en foutez ?

Je pense qu'on s'en fout, vraiment. Il y a beaucoup de groupes influencés par dEUS comme tu dis, mais quelque part c'est normal. Quand tu es jeune et que tu aimes un groupe, si tu te mets à faire de la musique tu vas être influencé, c'est inévitable. C'est le cas pour tout le monde.

A propos des textes, je me demandais pourquoi il y avait cette référence a Raymond Carver dans What We Talk About When We Talk About Love ?

Ca, c'est vraiment un truc assez perso à Tom. C'est un homme du monde, hein ! Moi, je me concentre beaucoup plus sur la musique. J'ai joué avant avec Chris Whitley qui me demandait parfois si je comprenais ces chansons. Je lui disais que je les comprenais partiellement, mais surtout que je les sentais, ce qui me faisait jouer de la basse d'une certaine manière pour lui. Tom est un peu plus clair dans ses mots.

Je trouvais la référence à Carver assez juste dans le sens où son écriture met du temps avant de se révéler pleinement sous son apparente simplicité et je trouve que c'est assez le cas avec Pocket Revolution.

Oui, je suis assez d'accord. Il y a beaucoup d'expériences de vie surtout, des histoires d'amour. Il y a un meilleur mot je suis sûr (rires). Tom a vraiment un talent exceptionnel pour la mélodie aussi, la simplicité de belles mélodies. Et puis, je pense qu'il est entouré par un super bon groupe (rires).

Au gré des changements de formations, je suppose que c'est lui qui tient la baraque ?

Oui, bien sûr : s'il n'avait pas eu envie de continuer, dEUS n'existerait plus du tout.

Et comment ça se passe au niveau des compositions ?

La plupart du temps on commence par des idées, comme je disais souvent en balance. Ca peut donner des idées supplémentaires à Tom. ensuite les arrangements sont en général faits en groupe. Chacun apporte ce qu'il peut, c'est rejeté ou accepté.

Et ces décisions, vous les prenez à la majorité ou à l'unanimité ?

C'est souvent à l'unanimité. Il n'y a pas vraiment un chef, enfin si, il y en a un, mais il n'est pas absolu, c'est plutôt ouvert.

Je trouve qu'il y a des signes très forts dans le tracklisting de Pocket Revolution, surtout le fait de commencer par Bad Timing qui est un peu à part sur le disque et de conclure par Nothing Really Ends

On a fait Bad Timing ensemble un dimanche après une cuite énorme la veille et c'est une chanson qui est venue comme ça en deux minutes et elle a grandi, on l'a laissée grandir. Tom a apporté quelques accords et on l'a laissée grandir.

Ca s'entend dans le morceau le fait que ça prenne vie et que le morceau grandisse.

Oui, exactement, c'est ça. C'est une chanson assez live, tandis que la dernière est beaucoup plus studio et ancienne.

Les paroles ont d'ailleurs l'air beaucoup plus personnelles...

Oui, c'est certainement une chanson d'amour, ça correspond quelque part à une claque que Tom s'est payée... Bad Timing, c'est aussi une expérience de vie, mais là je ne sais pas trop laquelle.

Sinon, j'ai l'impression qu'il y a toujours eu une place très importante dans le groupe pour le côté visuel ?

Il y a une certaine classe qui s'est installée, dans l'habillement par exemple. C'est un peu moins fou. Je ne préfère pas parler de comment on s'habillait à dix huit ans, je ne vais même pas commencer à t'expliquer (rires). Quand on devient adulte, on change. Je pense que c'est plus classe.

Votre concert à la route du Rock a été assez important, non ? Je crois que c'était le premier avec le nouveau line-up ?

Je n'étais pas encore là à l'été 2004. Je ne peux pas te répondre. Je suis arrivé en novembre 2004.

Au temps pour moi ! Et ton premier concert avec dEUS alors, c'était quoi ?

C'était un concert à Breda en Hollande. Ca s'est très bien passé même si j'avais une bronchite monstre. Non mais c'était bien, ça s'est très bien passé.

Et votre tournée dure encore longtemps ?

Je pense que l'on devrait être occupé pendant sept mois. Il y a des moments où c'est pesant mais il faut se soigner. J'ai eu l'habitude de tourner avec Chris Whitley donc, ou encore Arno. J'ai beaucoup tourné ces derniers temps aux Etats-Unis et au Canada. C'est un peu différent quand tu es le musicien qui accompagne un chanteur. dEUS, c'est vraiment un groupe. Il y a beaucoup plus de collaborations.

Tu as dû constater pas mal de différences entre l'Europe et les Etats-Unis ?

On y part bientôt, dans deux mois avec dEUS. On fait une tournée de deux semaines, "back to the roots" dans un certain sens puisqu'ils ont moins de renommée. Ce sera donc des clubs plus petits, mais on a déjà des échos qui sont très positifs de la part des college-radios qui ont beaucoup aimé le disque et qui le passent. Je pense que ça pourrait "boomer" plus qu'on ne pensait. Ce serait chouette.

Toi qui y a passe pas mal de temps, comment expliques-tu que la plupart des groupes européens aient du mal à percer là-bas ?

Je pense que c'est une culture très différente. Il y a des groupes pour qui ça a été facile, comme les Beatles. Bang ! Mais c'est très rare. Les américains, quand ils entendent un groupe européen, ont peut-être plus de mal à comprendre l'interaction avec les mots, la musique. C'est un truc culturel, je pense.

Sinon, tu penses quoi de la carrière des ex-membres de dEUS, comme Zita Swoon ou Vive La Fête par exemple ?

Je trouve que tant que les gens continuent la musique, je respecte ça parce que ça veut dire qu'ils ont vraiment ça dans le sang, que ce sont de vrais musiciens. Je ne peux pas dire qu'ils font tous une musique aussi bonne (rires)... mais quand on continue après un groupe comme ça, ça veut dire qu'on l'a dans le coeur. Ben oui !

Si tu veux rajouter quelque chose de particulier...

Je suis très content de repartir aux Etats-Unis, je suis très curieux de ce que va faire dEUS là-bas, en plus, je vais retrouver d'anciens potes qui vont voir le groupe, donc je suis très impatient d'y être.

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