Dead Meadow

Stoned, pas stoners

» Interview

le 08.03.2006 à 06:00 · par Eric F.

Rencontre dans les loges de la Boule Noire avec deux tiers de Dead Meadow (Jason Simon et Stephen McCarty), avant un concert abrasif. L'occasion d'évoquer le stoner, la drogue, Black Mountain, le psychédélisme... et Karate Kid.

Ce soir est votre avant dernière date avec Black Mountain. Comment s'est passée la tournée ?

Jason : Très très bien ! On ne se connaissait pas du tout avant de faire cette tournée, les deux groupes s'appréciaient musicalement, et désormais on s'apprécie aussi humainement. On tourne tous dans un bus assez grand, donc ça s'est vraiment passé idéalement. On a joué dans de grandes salles, c'était le pied ! On a joué à la Scala à Londres devant pas loin de sept cent personnes, c'était notre plus gros concert à ce jour.

Même aux Etats-Unis, vous ne jouez pas dans d'aussi grandes salles ?

Peut être à New York et encore... même pas ! Je pense que le fait de combiner Black Mountain avec Dead Meadow a apporté plus de monde pour les deux groupes, ça nous a beaucoup aidé.

Vous avez d'ailleurs été dans un groupe qui avait Mountain dans son nom...

Stephen : Corey et Jason étaient dans un groupe appelé Hollow Mountain en effet...

Jason : J'étais dans ce groupe avec le guitariste additionnel qui nous a accompagné pour Feathers. Mais ce groupe n'a pas existé très longtemps. C'est assez drôle que tout le monde rapproche nos deux noms avec Black Sabbath ou Led Zepellin.

Vous avez d'ailleurs un magicien sur un de vos t-shirts qui ressemble beaucoup à celui que l'on peut retrouver dans les pochettes de Led Zeppelin.

Jason : C'est vrai mais je ne suis pas sûr que ce soit conscient, on aimait bien le personnage. J'aime beaucoup les symboles qui peuvent fonctionner sur plusieurs niveaux, suggérer différentes choses à la fois. Par exemple, l'idée du début avalant la fin et inversement, des choses comme ça.

L'imagerie tient un rôle très important dans votre musique, d'ailleurs.

Stephen : Je crois que ça vient très naturellement pour nous, Steve et moi faisons beaucoup de choses liées à l'image, c'est d'ailleurs Steve qui s'occupe des pochettes depuis le début, c'est devenu totalement naturel. C'est dans un sens lié à l'éthique do it yourself du punk où tu contrôles tout. On a aussi envie de faire une musique visuelle.

Jason : On essaie d'apporter des sentiments bien particuliers, une certaine ambiance. Et je pense que tu peux y arriver beaucoup plus facilement avec une image que des mots, je ne sais pas, "Je suis content" par exemple. Peut-être que tout le monde ne le pigera pas, mais chacun sera capable d'en tirer ce qu'il veut.

Tu te sers de tes études de théologie pour écrire tes paroles ?

Jason : Oui. C'était très intéressant d'ouvrir mon esprit à toutes ces cultures différentes. En ayant grandi aux Etats-Unis, la religion était pour moi quelque chose de bien défini. Tout d'un coup, la spiritualité s'est révélée sous beaucoup de formes. On peut alors voir la montagne qu'est la religion sous beaucoup d'angles différents. J'aime beaucoup les musiques dans lesquelles tu peux t'échapper. L'infini, quoi que ce soit, ça dépasse les mots, c'est dur à décrire. Les gens ne peuvent le comprendre que s'ils savent déjà de quoi tu parles. C'est plus simple de le faire passer par la musique, c'est ce qu'on essaie de faire.

Etre dans Dead Meadow est une expérience mystique ?

Jason : C'est encore mieux !

Stephen : C'est ce qu'on essaie d'obtenir. Parfois, on a juste l'impression d'être dans un groupe. Tu espères vraiment que ça va devenir une telle expérience quand tu te retrouves chaque soir sur scène. Au moins pour toi, si ça n'est pas le cas avec le public (rires).

Jason : C'est plutôt zen. La seule façon de bien jouer à mon avis est de ne pas s'en soucier. Tu oublies et tu joues. C'est pour ça que j'ai les yeux fermés la plupart du temps, si je vois le public je vais prendre conscience de me trouver en face d'eux...

Stephen : "You gotta lose yourself in the music" (rires).

J'ai lu que tu appréciais que les gens utilisent leur imagination pour déchiffrer vos morceaux ?

Jason : Oui, bien sûr. C'est aussi mon cas quand j'écoute d'autres groupes. J'aime beaucoup pouvoir offrir la possibilité de laisser les cerveaux aller là où bon leur semble pendant une chanson et ce, depuis les débuts du groupe. Tout va tellement vite de nos jours, les gens ont tellement l'habitude que ça aille dans tous les sens, bam bam bam, tout arrive si vite que tu n'as pas trop d'espace, ils n'ont même pas le courage de changer de chaîne. J'aime bien les choses plus lentes, quand tu t'ennuies, ton esprit peut aller ailleurs. C'est bien mais c'est aussi un problème pour le groupe car du coup les gens n'y sont plus trop habitués et peuvent trouver ça ennuyeux, justement. C'est dur de trouver une balance.

Stephen : Les gens croient que l'on joue lentement parce qu'on n'arrive pas à jouer vite, mais c'est beaucoup plus dur d'être lent.

Ca fait un peu cliché de dire ça, mais je suppose que la drogue, surtout fumer des joints, aide à rentrer dans votre musique.

Stephen : A priori, oui, c'est le cas (rires).

Jason : Bien sûr, mais ce n'est pas obligatoire. Tout le monde cherche des raccourcis de nos jours. Ca t'aide immédiatement à t'ouvrir sur des choses que tu ne percevrais pas forcément en étant "normal".

Stephen : Les gens dans la rue ne te vendent jamais de médicaments transcendantaux dans des sacs (rires). Les gens vendent de la marijuana, certains de la bonne (rires).

Jason : C'est un état que j'apprécie, surtout pour écouter de la musique. Et je pense que quoi qu'il arrive, on fait de la musique pour des gens avec qui on a pas mal de points en commun.

Stephen : J'ai rencontré quelques gens ces derniers temps qui étaient très fiers de me dire "Je ne fume pas de drogue, mais je me sens défoncé en vous écoutant".

C'est moins cher !

Stephen : (rires) Oui, c'est sûr !

Jason : Je pense que c'est un raccourci, tu peux y arriver tout seul. Mais bon ça n'est pas mon cas (rires).

Vous êtes des stoners mais pas dans le sens musical je suppose ?

Jason : Ce terme est vraiment très étroit, tu penses tout de suite à quelque chose de bien précis. Chaque genre finit toujours pas devenir figé, les gens se disent "je veux jouer ce type de musique et ça devient idiot". Je préfère dépasser ça.

J'aurais plutôt tendance à considérer votre musique comme psychédélique.

Jason : Oui, moi aussi à vrai dire. Mais c'est intéressant car la même chose est arrivé à la musique psychédélique avant que ça n'arrive au stoner, tous les groupes se sentaient obligés de mettre des sitars, etc... plutôt que de faire une musique vraiment psychédélique. Je pense que n'importe quelle bonne musique qui comporte plusieurs niveaux sera psychédélique.

Vous vous sentez proches de certains de ces groupes ?

Jason : Des années 60-70 ? oui, bien sûr ! Des groupes actuels aussi, comme Spacemen 3, Spiritualized ou My Bloody Valentine. Je pense que l'on cherche nous aussi à agrandir la vision de ton esprit.

Dirais-tu que tes paroles sont énigmatiques ?

Jason : Je ne sais pas, ça parle vraiment de la vie de tous les jours, pas de Tolkien ou des elfes (rires)... J'utilise parfois des images peu évidentes, mais ce sont des sujets plutôt basiques.

Heaven est un morceau plutôt à part vu qu'il est assez engagé politiquement. C'est quelque chose que les groupes psychédéliques faisaient assez peu finalement...

Jason : Oui, c'est vrai, mais les choses sont devenues vraiment folles aux Etats-Unis, tu en arrives à un point où tu te demandes comment tu ne peux pas l'évoquer ! Les morceaux qui seront sur le prochain album vont d'ailleurs plus dans ce sens. Quand on a commencé à Washington DC, Fugazi était un groupe très important et très engagé, nous on voulait vraiment faire quelque chose de différent. C'était vraiment un effort conscient de ne pas être un groupe politique. Maintenant, de l'eau a coulé sous les ponts et on n'essaie plus vraiment d'être différent d'untel, on essaie juste d'être nous-mêmes. De plus, je pense que la période actuelle rendait ça indispensable.

Stephen : C'est vraiment mal barré en ce moment. Ca ne risque pas de s'améliorer.

Jason : Ceci dit, il n'y a jamais eu autant de gens à détester Bush aux Etats-Unis. Mais je ne sais pas trop ce que ça veut dire...

C'est aussi ce que l'on a pu entendre avant qu'il ne soit réélu...

Jason : C'est vrai. Il faut faire tout ce qui est en ton pouvoir. C'est pour ça qu'il y aura plus de choses comme ça sur notre prochain disque.

Vous en êtes rendus où ?

Jason : Ca avance bien, on risque de jouer quelques nouveaux morceaux. On doit en avoir quatre-cinq qui se sont vraiment bien mis en place. On enregistrera en février-mars pour une sortie vers septembre.

Et le disque partira dans quelle direction ?

Jason : Dur à dire ! Ce sera plus cru et live en studio. A vrai dire je ne sais pas vraiment.

C'était assez surprenant d'entendre aussi peu de guitares acoustiques sur Feathers...

Jason : Oui, il y en aura beaucoup plus sur le prochain. Ce sont juste de nouveaux morceaux pour l'instant, peut-être un peu plus lourds. Pas lourds au niveau des riffs, comme du Black Sabbath, mais plus au niveau du groove.

Et votre second guitariste dans tout ça ?

Jason : Il n'est plus dans le groupe. On est de retour au trio. Il était déjà parti la dernière fois que l'on est venus à Paris avec Trail of Dead. Il n'est pas resté très longtemps. C'est un très vieil ami qui a toujours été proche du groupe et j'ai toujours eu envie de jouer avec lui pour voir ce que ça donnerait. C'est fait.

Et ça ne t'as pas convaincu ?

Jason : Non, c'était bien mais ça n'a pas trop marché.

C'était dans quel but ? Pour les concerts ou l'album ?

Jason : Pour les deux. En trio tu as beaucoup plus de liberté, avec une seule guitare je peux essayer d'explorer de nouvelles choses. On n'est pas fermés au fait de rajouter des gens mais pas pour le moment.

Stephen : J'aime bien jouer en trio parce que ça fait bosser Jason (rires). Il doit vraiment être en forme tous les soirs, jouer les accords et les mélodies.

Jason : Je cours partout sur mon manche (rires).

Stephen : C'est un peu trop relax avec deux guitares "BROOM". C'est pour ça que ça me plaît, le trio.

Sinon, en studio, vous utilisez beaucoup d'overdubs ?

Jason : Ca dépend vraiment des fois. Il y a des choses totalement live.

J'ai l'impression que At My Open Door est très différente du reste de Feathers.

Jason : C'est vrai. On a fait comme un long jam pendant toutes ces années. J'ai l'impression que c'est vraiment facile pour un groupe, je préfère me concentrer sur des bonnes chansons, même si j'aime les deux. Mais maintenant, je préfère commencer avec une bonne chanson plutôt qu'avec un bon riff de guitare. Il y aura sûrement des morceaux plus dans la veine de At My Open Door sur le prochain disque.

Stephen : C'est agréable de prendre des directions qui te mettent en difficulté. Ca fait tellement longtemps qu'on jamme, ce n'est plus forcément motivant.

Sinon je trouve que tu utilises ta voix d'une façon assez pop...

Jason : Oui, ça me plaît, c'est beaucoup plus amusant. On se rapproche beaucoup plus du psychédélisme des années 60 sur ce point... ou de My Bloody Valentine. C'est vraiment ma façon de chanter, ça s'est développé comme ça, je ne chantais pas avant Dead Meadow.

Pourquoi avez vous sorti un live très tôt dans votre carrière ?

Jason : C'était un peu une idée de tordu. Anton de Brian Jonestown Massacre avait cet enregistrement d'un concert que l'on avait fait avec eux et il nous a appelé en nous proposant de sortir ça. On lui a dit "fonce" même si l'on n'a jamais entendu le concert avant que ça sorte. On trouvait ça cool que ça sorte sur un label qui avait sorti des disques des Stooges. On est allé aux entrepôts de Bomp, le label avec tous ces CDs des Stooges. Je ne suis pas vraiment fan de la façon dont il sonne, on fera sûrement un autre disque live un de ces quatre (NDLR : des rumeurs d'une compilation de Peel Sessions du groupe circulent...). Notre ingé son enregistre tous nos concerts sur cette tournée, on verra bien.

Cet album m'a donné l'impression d'ajouter quelque chose à votre musique

Jason : Oui, bien sûr, je pense que l'on n'a rien à voir sur scène par rapport aux disques.

Stephen : Je pense que chaque tournée était différente. Si les gens étaient intéressés, on pourrait sortir des disques live tous les six mois. Beaucoup de choses changent, d'ailleurs, j'adore écouter ce disque car il documente vraiment bien cette époque.

Jason : C'est plutôt chouette car une fois que l'on a enregistré Feathers, on en était plutôt content, mais six mois plus tard les morceaux n'avaient déjà plus rien à voir sur scène. J'aimerais vraiment tout réenregistrer. Vous allez voir, ça sonne vraiment différent.

Vous apparaissez sur un morceau du dernier album de Mia Doi Todd...

Jason : Steve (NDLR: Kille) et moi jouons dessus...

Ce sont pourtant deux univers bien différents !

Jason : Oui, totalement. On était à Los Angeles, on est amis avec elle... J'ai fait des trucs vraiment fous pour ce morceau et en l'entendant... (rires). Je jouais pas mal de trucs à la Ravi Shankar, je trouvais ça plutôt cool.

Stephen : La batterie était déjà posée, j'en ai rajouté, ça me bottait vraiment, ça devenait très psychédélique... Et puis après sur le disque...

Jason : Peu importe, ça me va comme ça aussi. C'est bien. Elle fait ce qu'elle veut.

Vous avez d'autres collaborations de prévues ?

Pas vraiment. On se contente vraiment de ce que l'on fait. Il n'y a pas grand chose que l'on ne fait pas et que l'on voudrait faire. Ceci dit, je pense que l'on va faire plus de choses acoustiques. On fera peut-être quelques shows entièrement acoustiques. Ce serait plutôt agréable vu que l'on joue fort tout le temps (rires). Steve a un harmonium.

Stephen : J'apprends à en jouer.

Jason : On s'orientera peut-être plus vers la musique indienne.

Il y a en effet un côté assez oriental sur vos morceaux acoustiques.

Jason : Beaucoup plus qu'en électrique, c'est vrai. On rajoutera des sitars sur le prochain disque.

Vos influences musicales sont en général assez évidentes, mais vous ne faites jamais de reprises...

Jason : Il n'y a pas vraiment de raison à ça, on apprécie vraiment d'écrire nos propres chansons. On en a parlé mais quand il s'agit de le faire, on n'a pas forcément envie de passer du temps que l'on pourrait consacrer à nos propres morceaux. Pourquoi apprendre les morceaux d'un autre plutôt que les nôtres ?

Stephen : Ca nous est arrivé de reprendre les 13th Floor Elevators sur scène.

Jason : Ah oui ! The Kingdom of Heaven.

Stephen : Mais c'était vraiment une expérience que l'on n'a jamais retentée. Tu dois trouver ta propre "vibe".

Jason : En ce qui concerne le fait que nos influences soient évidentes, comme tu le dis, c'est tout à fait cool avec nous. C'est une sorte de tradition, après on en fait notre truc. J'ai envie que les gens entendent Black Sabbath ou qui que ce soit dans ce que l'on fait, perpétuer la tradition.

J'ai essayé d'éviter de parler d'eux car ils doivent souvent revenir en interview ?

Oui, presque toujours (rires). Mais c'est bien, on n'est pas Black Sabbath, on leur prend des trucs, ça ne m'inquiète pas. La tradition a du bon.

Pour finir, j'ai vu sur votre site que vous comptez Elijah Wood parmis vos fans ?

Stephen : Il y a eu un truc dans une interview.

Jason : Quelqu'un m'a parlé de ça...

Stephen : On lui a juste demande "as-tu déjà entendu parler de Dead Meadow ?" La personne qui gère notre page MySpace a décidé de mettre ça.

Jason : C'est vraiment marrant !

Stephen : C'est plutôt cool, tu penses à Frodon en fan de rock (rires).

Matt Camirand (bassiste de Black Mountain) : On le voit souvent dans des petits concerts à Toronto, c'est vraiment un fan de rock indé.

A priori, il achetait l'album de Black Mountain quand on lui a parlé de Dead Meadow...

Stephen : Voilà, il achète du Black Mountain, nous il ne fait que citer notre nom (rires). Il a du graver notre album (rires).

Vous connaissez d'autre célébrités-fans de Dead Meadow ?

Jason : J'en connais quelques-unes mais je préfère ne pas en parler (rires).

Stephen : Il y a une star que j'aurais bien voulu rencontrer : Pat Morita de Karate Kid, mais il vient de mourir ! J'aurais vraiment bien aimé le croiser backstage ! Rien que pour l'entendre dire "Daniel San" (rires). Ca aurait été vraiment cool ! "Wax on, wax off !" (rires). Il nous a quitté à soixante-treize ans.

Jason : On ne risque pas de le voir backstage !

Stephen : Peut-être Steve Martin alors ? Ca serait cool. Qui d'autre ?

Jason : Bill Murray ! Ce mec, il a la classe. Je parie que si on le voyait après un concert, il serait posé là à rouler un immense cône (rires) !

Stephen : Comme dans le film (NDLR: La Vie Aquatique) où il est dans le sous-marin à fumer des joints tout le temps.

Merci pour votre temps et bonne chance sur cette future rencontre !

(Interview réalisée avec Arnaud G.)

Retour haut de page

Photo Interview Dead Meadow, Stoned, pas stoners.

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.