Sleater-Kinney

Like birds singing

» Interview

le 26.05.2006 à 00:00 · par Luisa W.

Entretien avec la batteuse Janet Weiss, également membre du groupe Quasi, réalisé peu avant le concert parisien de Sleater-Kinney au Nouveau Casino.

Vous jouiez ce week-end au festival All Tomorrow's Parties (19-21/05/2006), dont vous avez organisé une journée cette année. Ca s'est passé comment ?

C'était cool. Tu y as été, tu connais l'endroit ?

Oui.

C'est un peu étrange. On y a juste été un seul jour, la journée qu'on a organisée. J'aurais bien aimé qu'on reste tout le week-end, mais on avait des concerts... Mais c'était drôle, c'était un peu comme une colonie de vacances avec tous les groupes avec qui nous ayons jamais tourné (rires). Il faisait froid, il y avait du vent et de la pluie. J'espère que je ne vais pas tomber malade... On a invité beaucoup de groupes qu'on connaissait. Le concert était super, il y avait tant de bons groupes.

Tu les as tous vus ?

J'ai essayé de voir tous les groupes (rires). J'étais fatiguée, on a dû se lever à six heures du matin pour y aller faire le soundcheck. Mais j'ai réussi à voir un petit peu de chaque groupe.

Je suppose que c'est toi qui as choisi les Boredoms ?

Oui. Tous ces batteurs (rires). C'était cool, vraiment bien. Le seul groupe que je n'aie pas vu, c'est Lightning Bolt, que j'adore.

Il y a des groupes que vous avez invités qui n'ont pas pu venir ?

Oui, il y en a qui n'ont pas pu. Alors... qui avait-on invité ? Je ne suis pas sûre de m'en souvenir maintenant. Euh... Je ne me souviens pas. Je suis fatiguée, et j'ai encore du jet-lag (rires). Mon cerveau ne fonctionne pas. Mais ils étaient importants, oui, il y avait peut-être trois groupes qui jouaient déjà ailleurs.

Pourquoi Quasi n'est pas venu ?

C'est un peu fatigant pour moi de faire les deux. Je savais que je serais bien crevée parce que c'était le tout début de la tournée. J'ai pensé que ça serait trop, pour l'organisation. On aurait probablement joué sur deux scènes différentes, il aurait fallu bouger la batterie, faire deux soundchecks. Je ne crois pas que j'aurais été capable de faire tout ça. Mais Quasi revient en Angleterre en août de toute façon.

Vous allez jouer en France ?

Je ne crois pas, c'est seulement deux semaines en Angleterre.

C'est vraiment dommage, vous ne venez jamais ici...

Oui, on ne vient jamais. C'est difficile pour nous financièrement de venir ici.

Oui, la presse ne parle pas beaucoup de vos albums, c'est étrange.

C'est comme ça...

J'ai lu que tu as enregistré avec Bright Eyes ?

J'ai enregistré cinq chansons. Mais je ne sais pas si elles vont être sur le disque, j'espère. Conor (Oberst) a enregistré à peu près trente chansons, donc elles n'y seront pas toutes. Mais j'adore jouer avec Conor. Il est fantastique.

Il vient de Portland ?

Il vient d'Omaha, au Nebraska, et il y habite. Il habite à New York aussi parfois. C'est un super, super musicien. Vraiment fantastique.

Quand tu as joué avec les Go-Betweens, ils étaient à Portland ?

Ils sont venus à Portland, oui, il y a trois ans.

J'ai lu que c'est toi et Carrie (Brownstein) qui les avez poussés à se reformer ?

Je ne sais pas. Non, non, je ne crois pas ! C'est une exagération. Ils faisaient une tournée quand on les a vus, ils jouaient en acoustique.

Oui, ils n'avaient pas de batteur.

Voilà, on est allées les voir, et pour rigoler, je disais "Venez à Portland ! Je jouerai de la batterie !", et ils ont dit "D'accord !". Je ne pensais pas que ça se ferait vraiment, mais ça s'est fait. Il faut faire attention à ce qu'on dit (rires).

Vous avez fait des festivals énormes récemment...

Oui. Je n'aime vraiment pas trop les festivals. On a joué à Coachella...

Vous avez joué sur la même scène que Madonna ? (rires)

Non, pas la même scène. On a joué sur la même scène que Tool. Madonna jouait dans la "Dance tent". On essaye de ne pas faire trop de festivals, je ne les aime pas du tout. Les gens sont si loin, derrière les barrières. C'est vraiment dur.

Je trouvais ça étrange parce que vous avez écrit Entertain, qui est un peu sur tous ces gens qui jouent dans des festivals...

Oui, mais comme on est un groupe américain, pour gagner de l'argent ici, on doit jouer quelques festivals. C'est comme ça qu'on paie les billets d'avion, le transport... Sinon on perd tellement d'argent quand on vient ici. C'est dur, on a toutes les factures en rentrant. Donc de temps en temps, on en fait un ou deux, mais on essaye de se cantonner au minimum. Je n'aime pas du tout jouer pendant la journée, avec le soleil, c'est horrible, c'est nul (rires). Il y a quelques festivals pas mal, on en a fait un à Barcelone... Mais en général on aime bien ce genre d'endroits, les clubs, l'obscurité (rires). Ca sonne mieux, c'est tout. ATP est un peu différent, aussi, c'est à l'intérieur, plus comme dans un club, même s'il y avait les barrières et que ça aurait été mieux que les gens soient près de la scène. ATP est bien. The Gossip étaient vraiment bons, excellents, là-bas.

La tournée The Woods est presque finie. Vous allez jouer à Lollapalooza, et ensuite, quels sont vos projets ?

Je ne sais pas encore. Je vais jouer avec Quasi en août, et après on va probablement prendre des vacances, d'un point de vue créatif c'est mieux. On va voir ce qu'on veut faire, mais je pense qu'on a toutes besoin d'être seules quelques temps, écouter de la musique, voir ce qu'on apprécie, ce qu'on a envie de faire. Ca ne sert à rien de forcer les choses, on est ensemble depuis si longtemps... Donc, oui, je ne sais pas. C'est difficile à dire.

Donc vous ne savez pas vraiment dans quelle direction vous irez pour le prochain disque ?

Pas du tout. J'ai des idées, mais je ne sais pas si elles vont se réaliser ou non. C'est important d'avoir du temps pour réfléchir avant d'écrire, de sentir où tu en es dans ta vie, de voir ce que tu as envie de dire, pour le disque suivant. On ne veut pas refaire le même disque. La dernière fois, ça s'est bien passé, pour ça.

Vous n'écrivez pas de chansons sur la route, alors.

Non, jamais. Jamais. Certains groupes peut-être, mais pas nous. C'est assez dur de s'en sortir comme ça, d'essayer de s'entendre (rires). C'est dur !

Il y a une chance que tu produises le prochain album ?

Non, j'en doute. Je participe toujours, je donne beaucoup d'idées et j'adore essayer des trucs. J'aime bien donner mon avis, mais c'est trop de responsabilité pour moi seule, je pense. Je ne pense pas être assez bonne. Peut-être d'autres trucs... ce serait marrant d'essayer une approche pas aussi live, d'avoir plus de couches différentes, d'aller en studio chacune à un moment différent et de voir ce qui se passe. Pour changer, faire quelque chose de différent. Jouer de différents instruments. En tout cas, le prochain ne sonnera pas comme The Woods, j'espère (rires). Même si je l'adore !

J'ai lu il y a longtemps que tu pensais enregistrer un album avec Matt Cameron ?

Oui, oui, ça s'est fait ! L'album existe. C'est moi, Matt Cameron et Zach Hill du groupe Hella. Que de la batterie.

Il est sorti ?

Non, pas encore. J'attends qu'il sorte. Je ne suis pas sûre que quelqu'un sera capable de l'écouter. Il y a trois batteries, on joue tous ensemble. C'est assez barré. Mais il sortira un jour (rires). Peut-être que les gens ici l'aimeront plus. Les gens aux Etats-Unis veulent seulement de la pop, mais c'est assez avant-gardiste, étrange. Mais je l'aime bien. C'est un peu comme écouter des oiseaux, ou un truc du genre. C'est comme un paysage sonore, pas de la musique. Juste... du son (rires). Il n'y a pas de mélodie. Pas de chant, pas de mélodies (rires).

Tu écoutes beaucoup de genres de musique différents, beaucoup de rap...

Oui, j'aime bien le rap du début des années 90, c'est ma période préférée.

Apparemment, Carrie trouve la production indie-rock actuelle un peu ennuyeuse. Tu penses la même chose, ou est-ce que de nouveaux groupes t'excitent?

Oui, parfois. J'aimerais bien qu'il y ait plus d'indie-rock comme il y a dix ans. C'était différent, et certainement plus indépendant que ça ne l'est maintenant. Je n'aime pas beaucoup ces groupes super-commerciaux, qui misent tout sur leur style, et dont la musique est ennuyeuse. Je n'aime pas ça (rires). Mais il y a beaucoup de gens... Là, j'ai vu Joanna Newsom jouer, elle est tellement bien, totalement unique, originale. Elle est incroyable. C'est presque dur à suivre, il y a tant de choses qui se passent. Il y a toujours de nouveaux gens qui sont vraiment très bons. Mais en vieillissant on ne sort pas autant, dans les clubs... Tout ce que je veux, c'est que la musique soit excitante. Il y a de bons clubs à Portland, de bons concerts, mais je n'y vais pas très souvent...

Il paraît que tu es bonne en karaoké ? (rires)

Je ne suis pas bonne, mais j'aime ça, effectivement (rires).

Qu'est-ce que tu aimes chanter ? Tu as une chanson préférée ?

Je ne crois pas que j'aie de chanson préférée... Je n'aime pas les chansons des années 70, ces trucs de soft-rock. J'ai une voix assez ennuyeuse, donc... soit des chanteuses, ou The Hollies, The Kinks, des choses faciles de ce genre là. Mais j'aime bien des trucs idiots aussi, comme Duran Duran. N'importe quoi. Je peux chanter ce que je connais. Stevie Wonder... plein de trucs différents. Britney Spears (rires). Aucune importance ! Je peux massacrer n'importe quelle chanson !

Tant que tu gagnes...

Non, je ne suis pas bonne du tout ! (rires). C'est juste que j'adore chanter, mais ma voix n'est pas assez bien pour que je sois la chanteuse d'un groupe...

J'adore les choeurs que tu fais dans Sleater-Kinney, pourtant. Dans One Beat, c'est vraiment excellent...

Oui, ça les choeurs, je peux le faire. C'est mon rôle. Les harmonies, les choeurs, le karaoké, ça passe (rires).

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Janet Weiss (Sleater-Kinney, photo: John Clark)

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