Mogwai

Hunted by a beast

» Interview

le 16.06.2006 à 06:00 · par Eric F.

Dominic Aitchison débarque dans les loges du Bataclan en pleine forme et visiblement de bonne humeur. Même notre tentative surprise de lui saper le moral sera inutile : le géant écossais avait juste décidé d'être à l'aise.

On va commencer par le film sur Zidane...

Oh ok (rires).

Comment ça s'est fait ?

Douglas Gordon est de Glasgow, il nous a contacté pour savoir si on serait intéressé par la réalisation de la BO pour son film. Il semblerait qu'on l'ai déjà rencontré, je ne m'en souviens absolument pas (rires). Il nous a dit qu'on avait eu une discussion très animée sur le foot. Il nous avait déjà demandé de faire de la musique mais ça ne s'était jamais fait. Là on est allé chez lui, il nous a montré quelques rushes et nous a expliqué ce qu'il attendait de nous. C'était très intéressant et inhabituel, ça nous a donc emballé.

Vous regardiez les images du match tout en jouant ?

On a fait la plus grande partie sans le film en studio. Puis on a mis des télés où on pouvait mieux apprécier ce qu'on avait fait. On a ensuite rajouté pas mal de pauses. On s'est retrouvé avec pas mal de choses qui n'étaient pas prévues, ça laissait plus de place pour respirer.

C'était une expérience différente de l'enregistrement d'un album ?

Oui, vraiment ! C'était différent surtout à cause du temps qui nous était imparti. On a eu deux semaines entre des tournées. On avait de la pression pour finir dans les temps, mais aussi parce qu'on voulait faire quelque chose de réussi vu que c'était la première fois qu'on faisait une bande originale de film.

Vous allez le sortir sur disque ?

On va en sortir une partie sur un single. On parlait de le sortir comme un album mais je ne pense pas que ça se fasse. On doit avoir à peu près une heure de musique. Il y a quelques passages silencieux car Douglas voulaient juste le bruit de la foule par moments. Il y a beaucoup de silence. On n'a pas voulu sortir un album au cas où la musique ne marcherait pas sans les images, il y a plein de passages que vous ne trouveriez sûrement pas sur un album de Mogwai, des choses très ambient.

La musique est donc différente de vos disques ?

Oui, c'est très calme la plupart du temps, assez relâché.

Même quand Zidane reçoit son carton rouge ?

Ah oui c'est vrai (rires). Ils ont choisi un drôle de match à filmer, mais finalement c'est pas mal.

Vous l'avez rencontré ?

Non. Je ne sais pas s'il a vu le film, je ne pense pas. Je suppose qu'il va le faire à un moment...

Vous travaillez aussi sur un court métrage si j'ai bien compris ?

Il s'agit d'un cinéaste anglais qui s'appelle Steve McQueen. Il nous avait contacté avant la sortie de Happy Songs For Happy People avant que ça ne tombe à l'eau.

Il y a beaucoup de projets avec Mogwai qui semblent ne jamais se concrétiser !

C'est comme ça que ça se passe (rires). On essaye de ne pas trop s'engager parce qu'on s'excite et après on est déçu quand ça n'aboutit pas. C'est bon uniquement quand tu as tout terminé.

Qu'est ce que ça vous fait de jouer certains morceaux presque tous les soirs pendant autant d'années ?

Ca me plait toujours. Bien sur, il y a certains morceaux dont on se lasse et qu'on laisse de coté pendant quelque temps.

Tracy est jouée régulièrement pour la première fois sur une tournée.

Oui, on ne la jouait pas parce qu'elle n'est pas très bonne sur scène (rires). Il y a certains morceaux comme Xmas Steps avec lesquels on a un peu du mal maintenant, on en a un peu marre. D'un autre coté, on joue encore régulièrement un morceau comme Mogwai Fear Satan ou Helicon 1 qu'on joue presque tous les soirs. En fait ça va, ça n'est pas trop un problème.

On avait interviewé Martin il y a trois ans et il nous avait dit que Tracy sonnait très mal à chaque fois que vous l'aviez joué...

Je ne sais même pas pourquoi on s'est remis à la faire ! On devait sûrement avoir une bonne raison à l'époque, mais elle m'échappe là.

Elle est très populaire pourtant.

Oui je pense que c'est pour ça qu'on l'a incorporée dans nos setlists, les gens ont vraiment envie de l'entendre. Mais elle ne sert à rien, et on va vous le prouver (rires).

Mogwai existe depuis une dizaine d'années et les concerts représentent la majeur partie de votre réputation mais aussi de votre vie...

Oui les gens... (Dominic s'interrompt, impressionné par le volume sonore du soundcheck de la basse... deux étages plus bas !) Hé mais c'est ma basse ça (rires) ! On dirait du doom métal ! C'est vrai qu'on est surtout vu comme un groupe live, car à part notre premier album, on n'a jamais vraiment eu le même son que sur scène. C'est un peu étrange que les gens nous décrivent toujours comme un groupe extrêmement bruyant. Je suppose que ça s'applique aux concerts, même s'ils ne sont plus aussi violents que dans le passé.

C'est parce que vous vieillissez ou que vous devenez sourds ?

Sûrement un peu des deux (rires). Je pense qu'on a arrêté de faire du calme/bruit comme avant parce qu'on en avait un peu marre, tout simplement. Ceci dit c'est quand même une forte caractéristique de notre musique, c'est assez dur de s'en défaire. Ca n'est pas que cette définition ne m'aille pas, mais si on n'avait pas mis de variantes, je pense qu'on ne serait pas là aujourd'hui.

Vous jouez dans des salles de plus en plus grandes, ce qui doit sûrement influencer votre façon de jouer ?

Je n'aime pas vraiment jouer dans des salles immenses, c'est trop bizarre. Mais c'est souvent en première partie d'autres groupes. C'est très étrange parce que dans ce genre de situations on n'a pas vraiment l'impression que le public soit là, il est trop loin. Ca ressemble presque à faire un soundcheck. Je pense que c'est plus le son qui change en fonction de la salle que notre façon de jouer. La différence était assez frappante pour nous lors de nos premières tournées quand on venait en France où il y a des lois sur les volumes sonores. Il y avait un gros changement quand on venait d'Angleterre par exemple. C'était beaucoup plus calme.

Quel est votre morceau le plus violent sur scène d'après toi ?

Violent ? Heu... Je pense que Glasgow Mega Snake pourrait être notre morceau le plus violent. Je ne sais pas en fait, il y a beaucoup de vieux titres sur lesquels ont peut s'emballer. En ce moment je dirai Glasgow Mega Snake, elle est jouée violemment même si tu ne t'en rendrais pas compte rien qu'à nous regarder vu qu'on est assez statique (rires).

On a entendu Summer sur votre dernière session à la BBC et c'était très violent.

Ah, Summer ? Oui je suppose que c'est vrai. Je n'avais pas pensé à celle là.

Vous avez rajouté un membre au clavier. C'était pour vous concentrer sur les guitares ?

On a fait ça parce qu'il y a beaucoup de clavier sur le dernier album et qu'on n'a pas vraiment envie de les avoir programmés pour les concerts. Quand je vais voir un groupe sur scène je n'aime pas entendre des choses qui ne sont pas jouées directement sur scène, ça me parait assez bizarre. C'est toujours mieux d'avoir quelqu'un pour les jouer, c'est ça qui nous a motivé.

Est-ce que vous avez sorti Government Comissions pour éviter une compilation classique ?

On était plus ou moins obligé de le sortir. Notre label voulait qu'on fasse un album live. On savait qu'il y avait ces sessions faites pour la BBC qui nous plaisaient avec des versions assez différentes des albums...

Le tracklisting est assez surprenant vu qu'il y a beaucoup de morceaux calmes.

Oui, il y a beaucoup de morceaux qu'on a laissé. C'est bizarre, à chaque session il semble qu'on ait joué beaucoup de titres calmes, je ne sais absolument pas pourquoi.

Par exemple Are U Still In 2 It sans Aidan Moffat est assez bizarre...

Oui je ne sais pas pourquoi on est allé faire ça (rires). Je crois qu'on l'avait enregistré avant que l'album ne sorte et qu'on demande à Aidan de mettre sa voix dessus. On l'avait composé comme un instrumental à la base.

Et pourquoi vous n'avez pas inclus votre reprise des Guns'n'Roses ?

Tout simplement parce qu'elle est nulle à chier (rires). C'est un morceau qu'on aimait tous beaucoup. A chaque session on voulait faire des nouveaux morceaux...

Bon, on a une sorte de blindtest pour toi...

Oh non (rires) ! Bon ok, faut que je devine ce que c'est ? Je suis nul à ce jeu. (Dominic semble perplexe face au morceau qui passe... pourtant tiré de la première démo de Mogwai, en 1995 !). Je n'ai toujours aucune idée de ce que c'est ! Oh ! Ca c'est Stuart (rires) ! Putain mais qu'est ce que c'est que ce truc ?

Il s'agirait de votre première démo.

C'est vrai ? Je ne me rappelle absolument pas d'avoir enregistré ces trucs là ! Ca s'excite à un moment ou ça reste nul tout du long ? Aaaaah ! Je me souviens de ça, bon c'est vraiment nous. Nom de dieu (rires) !

Tu ne savais donc pas que c'était disponible sur le net ?

Non, je ne me rappelais même pas de l'avoir enregistrée (rires)!

Je me rappelle avoir lu que vous disiez avoir commencé des concerts pour jouer le plus fort possible dans des pubs. Cette démo cadre assez mal avec cette envie (rires).

Oui on était vraiment dingues de ce groupe, The God Machine qui nous impressionnait beaucoup. A l'époque on était adolescents et ça nous parle beaucoup moins maintenant. C'était vraiment mauvais ce que vous venez de me faire écouter (rires) !

Il y avait beaucoup de voix sur ces morceaux...

Oui on a vite abandonné ça. Summer est le premier morceau qu'on ait écrit comme instrumental, ça passait beaucoup mieux. Il y a aussi le fait qu'on aimait beaucoup Tortoise à l'époque.

Les voix sont beaucoup moins dissimulées qu'avant sur Mr Beast.

On a écrit des morceaux qui sont des vraies chansons cette fois-ci , c'est plus simple de poser de la voix dessus. Au début les parties vocales étaient encore très basses dans le mix, et on a voulu essayer de les mettre plus en avant. On a trouvé que ça marchait mieux cette fois-ci.

Il y a une grosse différence avec Happy Songs For Happy People ou le vocoder servait plus d'instrument qu'à faire passer la voix.

C'est exactement ça.

On ne comprend même pas ce qui est chanté.

Ce qui n'empêche pas les gens de chanter par dessus (rires). On a vu des gens chanter sur Hunted By A Freak, même s'il n'y a pas de paroles. C'était vraiment hilarant, on se regardait avec Stuart, incrédules. Je ne sais même pas si ses gens se rendent compte de ce qu'ils font (certains fans iront même ce soir là jusqu'à chanter sur Friend Of The Night, pourtant totalement instrumental).

Qui écrit les paroles ?

Barry a écrit quelques paroles, Stuart a écrit celles qu'il chante. Je ne sais même pas si Barry a des paroles quand il utilise le vocoder, il fait des bruits, ça change tous les soirs. Des fois en faisant bien attention on l'entend se foutre de nos gueules « Dominic est un branleur » (rires).

C'est pour ça que vous vous êtes vengé avec le t-shirt « Mogwai : better before Barry joined » ?

Ca n'était pas notre idée, mais ça nous a bien fait rire. On a récupéré ces t-shirts. On jouait ce soir là avec nos survêtements qu'on a fini par enlever pour le dernier morceau (rires). Il a mis du temps avant de s'en rendre compte en plus, il s'est contenté de rire.

Le son de Mr Beast est en général plus abrasif que celui de Happy Songs For Happy People, est ce en partie lié au fait que tu sois fan de groupes comme Isis ou Sleep ?

Oh oui ! On a toujours écouté beaucoup de musique agressive sans que cela ne se traduise forcément sur disque. C'est lié au fait qu'on ait toujours eu du mal à traduire l'agressivité de nos concerts sur album, donc on a souvent évité de le faire.

La guitare sonne plus « crunchy » sur les titres énervés.

Il s'agit d'une nouvelle pédale. Tony Doogan voulait vraiment qu'on s'y mette (rires), qu'on soit beaucoup plus direct. Il a aussi essayé de ne pas reproduire la même production que sur l'album précédent. Mais c'est vrai que nos disques peuvent refléter la musique qu'on écoute au moment où on l'enregistre.

Les chroniques sur Mr Beast m'ont assez surpris en disant que c'est votre retour au gros son rock alors que je le rapprocherais plus de Rock Action qui est assez varié.

Les chroniques disent ça ? Je pense qu'il n'y a que deux titres vraiment énervés sur le disque, qui peuvent coller avec la perception que les gens ont du groupe. Je pense que tu as raison, le disque est en fait assez proche de Rock Action dans son esprit.

Pourquoi avoir choisi Friend Of The Night comme single ?

Je n'en sais rien ! Je pense qu'aucun titre du disque ne convient en tant que single, mais celui là nous a paru convenir à peu près.

Il ne m'a vraiment pas marqué à la première écoute avant de s'imposer très fort au fil des écoutes.

Ca n'est pas quelque chose qu'on fait avec joie. Sortir un single est principalement une décision de notre label qui nous pousse à le faire. En général on dit non, cette fois ci on a décidé d'accepter. Je pense qu'un morceau fonctionne toujours mieux dans le cadre d'un album plutôt que d'un single.

Quels sont vos projets ?

On va encore passer pas mal de temps en tournée. Je sens qu'on va bientôt se mettre à faire des nouveaux morceaux. Il y a eu un écart assez grand entre Happy Songs For Happy People et Mr Beast, on va essayer de sortir un nouvel album assez rapidement.

Interview préparée et réalisée avec Arnaud G.

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Photo Laurent Orseau

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