Absinthe (provisoire)

A la recherche de l'absolu provisoire.

» Interview

le 24.01.2007 à 06:00 · par Gaëtan S.

Fin d'année 2006 chargée pour Absinthe (Provisoire) : un très bon album sorti chez Distile et une belle tournée dans les pays de l'Est. De quoi dresser un petit bilan et en savoir un peu plus sur eux, voici quelques pistes dévoilées par les guitaristes Totenfest (alias Sylvain Etchegaray) et Christophe Devaux ainsi que leur impressionnant batteur Guillaume Allory.

Les sessions d'Alejandra ont donné de nombreuses heures d'enregistrements, dont pas mal d'improvisations. Sur le produit final, on entend plus ou moins ce qui était prévu avant d'entrer en studio ou il y a-t-il eu des changements dûs aux improvisations sur place ? Au final, quelle est la part d'improvisation sur le disque ?

Totenfest : On n’entend sur Alejandra que des morceaux qui étaient déjà "composés" avant l’entrée en studio. On les a joué de nombreuses fois, dans tous les états et à toutes les heures, et on a gardé ce qui nous semblaient être les meilleurs interprétations (les différences étant flagrantes sur les passages improvisés compris dans Kocka et Love Song For A Dutch Bitch)...

Christophe : Il y a eu effectivement plus de 30 heures de musiques enregistrées lors de ces sessions. Chaque jour, on faisait une prise live des 4 morceaux figurant sur le disque final, ce qui nous a permis de garder les prises les plus intéressantes. Nos morceaux ne sont jamais finis, prêts à être définitivement enregistrés ; dans chacun il y a des plages d’improvisation, des imperfections et de nouvelles possibilités envisageables. Même aujourd’hui, ils continuent d’évoluer grâce aux concerts et à l’arrivée de Guillaume au laptop. Un morceau reste en vie même après avoir été fixé sur un disque à un moment M.

Totenfest : Sinon, on a fait plein d’impros dont certaines sont apparues sur des compiles. Il en reste des kilos à vrai dire...

Christophe : Le reste des bandes nous a permis de mixer quelques morceaux inédits pour des compilations. Il y a encore des choses que l’on aimerait mixer.

Le disque a mis presque 2 ans à sortir après son enregistrement. Ce délai est il dû à une finalisation longue (mixage, mastering) ou à une longue recherche de label ?

Totenfest : Les deux. On s’est endormi après l’enregistrement donc le mixage a incroyablement traîné, puis on a cherché un label.

Christophe : Le mixage a été long et difficile. Nous n’étions pas tous disponibles aux mêmes moments et il y a eu quelques compromis difficiles avec le producteur. Ensuite, effectivement, on a eu du mal à trouver un label. Aujourd’hui encore, nous n’avons ni distributeur, ni tourneur, ni manager. (Help !!) Heureusement qu’il y a Distile …

Guillaume A. : Le disque est revenu du mastering en septembre-octobre 2005 je crois, et il est sorti en octobre 2006. Bon c’est vrai qu’on avait commencé à démarcher avant, mais il y a déjà eu presque un an entre la session studio et le disque masterisé. Après, la recherche de label est toujours un moment laborieux comme la recherche de distributeurs d’ailleurs. On a eu vraiment beaucoup de chance de tomber sur Distile que l’on continue de remercier tous les jours !

Justement, concernant Distile, expliquez nous un peu comment s'est fait ce choix.

Guillaume A. : C’est une rencontre. Ils sont venus nous voir après un concert, nous ont parlé de leur projet et ils nous ont plu humainement, ce qui pour nous est primordial.

Totenfest : Ils étaient vraiment motivés par rapport au disque. Pour nous, c’était une sensation nouvelle et étrange d’avoir des gens enthousiastes et qui voulaient vraiment défendre Alejandra pour sa qualité artistique. Ca nous a conquis.

Christophe : Ils aimaient bien ce qu’on faisait (même s’ils ont pu voir quelques côtés obscurs d’Absinthe (Provisoire) notamment lors d’un concert épique à la Flèche d’Or). Ils étaient chargés côté planning mais ils ont réussi à s’occuper de notre petit bébé Alejandra. Mercimercimerci.

Vous avez fini l'année 2006 par une tournée dans les pays de l'est. Comment cela s'est il passé ? L'accueil a-t-il été bon, malgré le fait que vos disques ne soient pas distribués là-bas ?

Guillaume A. : Super.

Christophe : Oui on n’était connu dans aucun de ces pays mais ça s’est bien passé, surtout en Allemagne où le public, apparemment curieux et sans préjugés de nature, nous a fait passer les plus beaux moments de la tournée. Beaucoup de gens nous disent qu’on n’est pas faits pour le public français. Après ce genre d’expérience on va finir par croire que c’est peut-être vrai.

Totenfest : C’était absolument fabuleux. Pour une réponse plus en profondeur et pour ceux que ça intéresse, il y a un compte-rendu de la tournée sur les pages blog de notre myspace... (ça devrait arriver en français sur le site aussi mais vu que c’est légèrement plus complexe à gérer pour les minables informaticiens que nous sommes cela devrait prendre un peu plus de temps hélas.. !)

Dans le milieu « post-rock » français, Absinthe (Provisoire) s'est fait un nom, mais vos prestations restent assez rares. Avez-vous une explication à cela ?

Totenfest : Pas vraiment non... En fait, je ne sais pas trop qui appartient au mouvement post-rock ou non dans les groupes français qu’on connait... Sinon, c’est long de monter une tournée, et c’est un boulot assez difficile...

Guillaume A. : On s’occupe nous même de nos dates, on n’est pas très bons en organisation, les programmateurs ont du mal à nous programmer, on est peut être pas très persuasifs, ou on ne provoque pas un excès de confiance chez eux. Enfin, je pense qu’on s’y prend mal, ou qu’on fait pas une musique qui ramène du monde, enfin je sais pas trop, on continue de chercher à jouer, trouver les endroits qui veulent bien de nous et un tourneur aussi !

Christophe : On ne fait pas assez de concerts à notre gout mais pourtant on y bosse. A l’heure actuelle, il nous manque simplement un tourneur (helphelphelp).

Guillaume A. : Deuxième partie de réponse, Sylvain a quitté la France pour la Belgique, Alex est en transit permanent entre Paris et Montpellier, et c’est vrai que nous avons fait le choix (monétaire) de ne plus jouer qu’en tournée. Ce qui est encore plus rare et plus complexe à organiser pour des quiches comme nous. (Christophe a fait un travail merveilleux pour la tournée de novembre).

Totenfest : Je ne pense pas qu’on fasse partie d’un quelconque milieu d’ailleurs, ni à Montpellier, ni nulle part. On ne traine pas trop sur les forums non plus... Les rockeurs nous trouvent souvent trop post-rock, les post-rockeurs régulièrement trop bizarres, les jazzeux bien trop rock et les fans de musette trouvent que ça manque totalement d’accordéon... Bref, on fait notre truc, on est un peu dans notre coin, mais si des gens nous invitent et qu’on peut construire une petite tournée on le fait. Ca nous touche et on aime tourner... Oh que oui !

J'ai l'impression que vous avez aussi une réputation de groupe assez incontrôlable, complètement intenable, que ce soit dans le meilleur comme le pire. Pensez vous que cette image, liée à la malencontreuse polémique suite à l’histoire de la cuillère en bois, puisse expliquer une certaine réticence des salles à vous programmer ?

Christophe : Jean-Louis Costes tourne dans le monde entier. Non, je ne crois pas que ce soit ça. Organiser une tournée c’est un métier et ça s’appelle tourneur et on n’en a pas. Quoi que tu fasses si tu es intègre et passionné et sincère et à fond les ballons, tu trouves ta petite place quelque part.

Totenfest : Tout d’abord, l’histoire de la cuillère n’est pas malencontreuse. Au contraire ! C’était désiré, rêvé, ça a été fait. Quand bien même ce serait ça, j’ose croire que les programmateurs des salles ne sont pas tous des curés en civil... Sinon, ça nous arrive de boire beaucoup et de faire n’importe quoi... Et c’est vrai que, malgré le fait qu’on soit vraiment des gentils garçons, on a peut-être tous une petite facette joyeusement destructrice... Mais tous les gens qui nous ont fait jouer vous le diront : on est adorables ! Après, si la salle nous fait un sale coup, comme ne pas payer, ou mal, ou nous faire jouer et nous couper le son, bref, une saloperie, c’est sûr qu’on va s’énerver et qu’on ne va pas être très agréables. Mais c’est rare, heureusement... Sinon, je ne comprends pas cette réticence... Pour l’instant, la réputation d’Absinthe (Provisoire) n’a jamais correspondu le moins du monde avec la façon dont j’envisageais le groupe.

Le groupe est redevenu un quintet, depuis le retour de Guillaume Contré. Il revient cette fois dans un rôle différent (au laptop). Cela constitue t-il une piste sur l'évolution prochaine d'Absinthe (Provisoire) ?

Christophe : Bien sûr. On continue de chercher. On ne veut pas rester figés sur des pseudo-recettes passées. L’arrivée de Guillaume Contré contribue à cette état de quête d’absolu permanent.

Guillaume A. : Deux pistes sont en cours : la première, bien évidemment, c’est le retour de Guillaume et la deuxième c’est l’intégration de plus de voix notamment au travers l’entité Alexandre Morand.

Totenfest : Ca devrait selon toute logique influencer le processus de composition, même si les choses sont assez floues pour l’instant par rapport à ce qu’on a envie de faire en collectif... Il faut qu’on joue pour voir... Mais c’est sûr qu’on écoute tous beaucoup de musique électronique, et qu’il y a une énergie et une forme de transe uniques et introuvables ailleurs... Ce serait bon de ressentir ça en le jouant...

Vous êtes maintenant assez dispersé au niveau géographique, entre Bruxelles et Montpellier. Comment voyez vous la suite des choses ?

Totenfest : Des résidences, des tournées, des projets, des résidences, des projets, des tournées, ad vitam aeternam si possible…

Christophe : Même quand on était tous à Montpellier, on avait du mal à trouver des disponibilités communes entre les boulots, les voyages et les gueules de bois. Ça ne change pas grand chose : on répète sous forme de résidences quelques semaines à fond la caisse de-ci de-là.

Le départ de certains de Montpellier est il dû au fait que la scène rock du sud, hormis quelques activistes/résistants est en très mauvais état et qu’il est difficile de faire ce genre de musique là-bas ?

Guillaume A. : Non c’est juste la vie. Enfin je crois.

Totenfest : C’était une des vagues raisons, oui... Mais à Bruxelles, pour être franc, je ne fais absolument pas de musique. Je suis gentiment autiste, j’ai différents projets, mais rien dans le monde de la musique pour l’instant. Montpellier est un village, et j’en avais juste assez d’habiter dans un village. J’aime beaucoup la bière aussi. Si je fais une belle rencontre, je ferai de la musique...

Christophe : C’est bien plus que Montpellier, c’est la France qui a du mal avec les musiques rock car il n’y a ni public ni politiques actives en ce sens. Pourtant il y a une flopée de très très bons groupes : Radikal Satan, Chocolat Billy, Shub etc. Beaucoup de belles choses qui ont du mal à exister, c’est un beau gâchis.

Chacun de vous a souvent pris part à des collaborations ou des projets solos. Est-ce que c'est des projets que vous continuez encore maintenant ?

Sont ils amenés à se développer encore plus du fait des retrouvailles assez temporaires au sein d'Absinthe (Provisoire) ?

Christophe : Oui, avec Sap(e) on va sortir un 2eme album cette année. Il y a des propositions pour le projet musique-danse Syndrome. On va reprendre les répétitions. Et un nouveau projet electro-pop qui s’appelle Sus Ojos en Nueva York qui est en chantier.

Totenfest : Vivre décemment est en soi un projet faramineux.

Pour finir, une question passe-partout : il y a t-il alors un ou des groupe(s) ou mouvement(s) duquel vous vous sentiriez proche?

Christophe : Pas de "mouvements" en particulier (j'aime des choses dans à peu près tous les genres musicaux sauf le r'n'b). Apparemment ceux qui me touchent sont des gens en quête de quelque chose, en recherche. Et ces gens sont : Radikal Satan, Volcano!, A silver Mt Zion, Xiu Xiu, Stochausen, Gorecki, Messhuggah et Dalek par exemple.

Totenfest : Oui, Radikal Satan... sinon, j'aime beaucoup Shub, Ned, Chocolat Billy, Glen or Glenda, Marvin, Chevignon, Duracell, Clara Clara (parmi les groupes français, ou presque), et une flopée d’autres musiciens de par le monde (Plastikman, Xiu Xiu, Birthday Party, Arab on Radar, This Heat, Albert Ayler, (oui, je me sens aussi proche des morts) et je vais arrêter là car la liste est absolument interminable)...

Et les trois meilleurs groupes français de tous les temps sont Deity Guns, Bästard et Sloy... Mais cela, c'est une évidence pour tous, non ??

Retour haut de page

Photo Interview Absinthe (provisoire), A la recherche de l'absolu provisoire.

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.