The Shitty Listener

Shitty listener / Child Reader

» Interview

le 23.07.2007 à 06:00 · par Benjamin A.

Music Heard Far Off, le dernier album des Child Readers est désormais disponible chez Soft Abuse. Jason Honea répond à quelques questions, sur son parcours, son label 3acrefloor, sa formation The Shitty Listener et son goût pour la littérature, sa musique semblant reposer sur une forme narrative mêlant influences pop, chansons et enregistrements concrets. Un mélange assez singulier pour cet (ex) Jewelled Antler établi désormais sur les bords de la Spree, à Berlin.

Quelles sortes de souvenirs conserves-tu du "Jewelled Antler" ?

Le Jewelled Antler me rappelle surtout des amitiés. Je ne sais pas où en est le business en ce moment, mais le Jewelled Antler est quelque part toujours présent quand j'enregistre, comme dernièrement avec Loren (Chasse) quelques sorties, mais je ne sais pas trop où en est Glenn (Donaldson) Peut-être trop occupé ?

Tu habites à Berlin en ce moment, est-ce-que ça a été facile de t'installer là-bas, de trouver un entourage, des contacts pour jouer ? Est-ce que cette ville t'a apporté quelque chose ?

Ca n'a pas été facile du tout, non... de trouver des gens qui pouvaient réaliser des rêves. J'ai trouvé des gens nerveux qui voulaient faire de la musique pour s'amuser, des gens qui détestent l'amour et la musique en fait. Ca m'a pris trois ans au moins... pour réaliser qu'il me faudrait juste tout faire tout seul...

Est-ce que tu enregistres chez toi ? Une séance d'enregistrement de Shitty Listener, ça se passe comment ?

Ah... c'est crispant et embêtant, mais finalement ça fixe des idées plus anciennes qui étaient nées à une période de moindre conscience, et naturellement de non-conscience de soi-même.

Comment as-tu commencé à te rapprocher de la musique pop ? Tu as joué dans des registres assez différents : tu pourrais revenir sur l'évolution de ta pratique et de tes goûts ?

J'ai eu des expériences horribles en studio quand j'étais enfant. Plus tard, j'ai trouvé plus amusant d'improviser des chansons... en me fiant à des gens en qui j'ai confiance et qui savent quand s'arrêter... Ca a aussi facilité le fait de décomposer des accords et d'utiliser leurs notes constituantes pour établir des lignes vocales.

Que t'apportent tes collaborations, comme celle avec Loren Chasse qui est dans une veine plus improvisée? Vous vous connaissez par coeur, j'imagine ?

Comme beaucoup de choses dans ma vie, les bonnes choses sont toujours les plus énergisantes qui arrivent. Un ami me présente à un de ses amis et nous commençons à jouer de la musique qui nous fait nous sentir forts et bêtes. Notre humeur est trop similaire, si bien qu'effectivement, on ne réussit pas à être sérieux.

Ca représente quoi pour toi les Child Readers ? Ce n'est pas trop étrange de jouer "ensemble" tout étant séparés par une telle distance ?

C'est une manière d'être les Knit Seperates sans Glenn (Donaldson), Steven (R.Smith), Sarah (Gross), Loren (Chasse) et Mark (Williams) ! La plupart du temps, on enregistre ensemble, Loren est venu à Berlin quelques fois et moi je vais en Californie une fois par an. A cause du long laps de temps entre la dernière sortie et Music Heard Far Off, on a été obligé, par impatience, de commencer à s'envoyer des choses par la poste.

Tu pourrais parler un peu de l' actualité de Shitty Listener, ta formation la plus intime ? Ton label 3acrefloor est aussi actif en ce moment...

La toute dernière sortie de 3acrefloor sera une cassette de TPK, TeenagefallschirmPanzerkorps, une pièce complètement épurée et primaire de Pat composée avec voix, basse et Pat à la batterie. Shitty Listener est ma manière d'éviter les enregistrements studio et les structures couplet / refrain / couplet.

C'est toi qui ouvre la compilation Frannce qui vient tout juste de paraître sur les labels Ruralfaune et la Belle Dame Sans Merci. Comment s'est passée cette rencontre ?

L' année dernière, Bruno (Bruno Parisse, fondateur de Ruralfaune) m' a contacté sur la page des Child Readers. J' ai répondu en demandant comment je pourrais sortir quelque chose chez Ruralfaune. C'est là qu'il m'a parlé de la compilation, je revenais de la galerie Wallywoods, et j' ai travaillé sur More Now Girl, en tordant le morceau dans tous les sens pour faire jaillir le pathos.Je n' ai jamais rencontré Bruno en fait, j' ai juste communiqué avec lui par email.Mais ce serait super de le rencontrer, d'autant plus si je joue en France cet automne !

Les Knit Seperates sont devenus assez mythiques, tu peux nous dire comment ça a commencé et s'il vous arrive encore de jouer ensemble ?

On s'est rencontré à San Francisco, tous fans de Beat Happening et d'autres groupes similaires. J'avais besoin d'enregistrer et de sortir quelque chose moi-même et Glenn (Donaldson) et Steve étaient les seules personnes qui pouvaient vraiment m'aider. Loren (Chasse) nous a rejoints peu de temps après. Je ne pense pas qu'on était très conscient de faire de la musique "expérimentale". On s'est rendu compte que ce qu'on enregistrait en riant et en campant était tout aussi bon qu'autre chose, enregistré dans la chambre de Loren ou de Glenn. Le plaisir d'être ensemble dehors est devenu partie intégrante de nos chansons, et le seul moyen pour faire ça était d'enregistrer sur des walkmans. Ces enregistrements nous ont toujours plu parce qu'il y avait (au moins !) dans leur qualité quelque chose qui nous rappelait toutes ces cassettes qu'on s'échangeait, comme par obsession quand on était plus jeunes.

A l'écoute des Child Readers et de Shitty Listener's, on sent des influences de pop anglaise ou écossaise des années 80, je pense à des groupes comme Everything But The Girl, ou The Pastels, Felt ou Martyn Bates (Eyeless in Gaza). D'où viennent ces influences ? Est-ce que tu habitais en Angleterre, à cette période ?

Tracey Thorne, Felt, Wolfhounds, Close Lobsters sont d'énormes, énormes influences. Non, je n'ai jamais vécu en Angleterre, toujours en Allemagne. A la fin des années 80, quand je suis parti en Allemagne pour étudier, un ami Jens Haus, m'a fait découvrir tous ces groupes. A cette époque, j'étais fatigué de toute la musique lourde, américaine. La musique pop anglaise, écossaise était si lyrique, elle n'était pas remplie de tous ces clichés émotionnels (un manque de sentiment ?) caractéristiques d'une grosse part de la musique américaine avec laquelle j'avais grandi.

La littérature est assez importante dans ta musique, tu écris tes textes, est-ce que tu as des projets de livres, sans musique ?

J'aime beaucoup Sherwood Anderson, Jeffers et Rockwell Kent. Je n'ai jamais pensé trop sérieusement à écrire des nouvelles ou véritablement des livres. Je suis plutôt dans la réalisation des livrets qui accompagnent les disques. Et puis, les disques des Child Readers sont des livres, en quelque sorte, non ? J'avais imaginé, plus tard, peut-être écrire quelque chose sur l'histoire de mon père pendant la deuxième guerre mondiale, mais c'est totalement autre chose.

Tu pourrais donner deux ou trois références pour des futurs auditeurs qui voudraient découvrir ta musique ? Quels sont les disques dont tu es le plus fier ?

Pour découvrir le jeune Jason Honea, absorbez Social Unrest (SU2000), ensuite, si vous pouvez trouver ça autour de vous, dix piqûres de Crime Map, LP sorti chez New Red Archives (Nicky Garrate), vous perdrez alors le sens de l'orientation. Puis, vous pourriez aller voir du côté du troisième LP des Knit Seperates, Ghost of a Ghost. Ensuite, le deuxième album des Child Readers, Dark Laughter et brusquement vous vous retrouverez en train de détester Hunt To Die des Shitty Listener's !

Crédit Photo : Danielle Rubi

Retour haut de page

Photo Interview The Shitty Listener, Shitty listener / Child Reader

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.