Silver Jews

Riding Baby with the Silver Jews

» Interview

le 09.06.2008 à 06:00 · par Eric F.

Peux-tu revenir sur la façon dont le dernier album a vu le jour ?

J'ai commencé à l'écrire l'année dernière, en mai. L'enregistrement s'est fait pendant l'hiver. Tout le processus a été assez difficile, comme pour l'album précédent. Tout cela s'est fait dans différentes parties de la ville (NDLR : Nashville).

Les Silver Jews semblent être devenus un groupe au line-up fixe. Qu'est-ce qui t'a poussé vers cela, et penses-tu que cela ait changé ta façon de faire de la musique ?

J'aime beaucoup cette version du groupe et tous les membres habitent ici, sauf un, ce qui facilite grandement les choses. Quand tu es jeune, tu peux te permettre d'avoir un con dans ton groupe si ça tient le coup musicalement, mais j'ai besoin de bien m'entendre avec les autres pour mener les choses à bien.

Cela signifie-t-il que la musique des Silver Jews est devenue une affaire de groupe plutôt que ton propre jouet ?

J'aime beaucoup ce terme (NDLR : le terme anglais, "brainchild", est beaucoup plus imagé). Je pense que nous allons pas mal jouer ce disque sur scène. Si je sors un nouveau disque, je pense qu'il faudra que je change le line-up pour ne pas compromettre ce projet sur l'album. Un modèle assez lent s'est mis en place. Arrêter sa progression ne me semble pas être une idée très sage.

Ta femme Cassie prend de plus en plus d'importance au niveau des parties vocales. Qui écrit les parties qu'elle chante ? As-tu déjà pensé à lui confier les "clés" d'une chanson ?

La plupart du temps, elle chante les paroles que j'écris. Ca me permet d'avoir un champ beaucoup plus vaste pour le monde créé sur le disque. J'aime pouvoir explorer la phase féminine de la réalité même si ça renforce ma perspective de macho. Ceci était un gros cliché dans les années 70, que plus personne n'utilise. Quant à la laisser chanter sur un morceau entier, ça serait une nouvelle expérience pour moi. Je pense que cela devrait finir par arriver à un moment ou un autre.

Peux-tu expliquer ton choix pour la pochette de l'album ? Etais-tu fan de Babar quand tu étais enfant ?

Il se trouve que c'est le cas oui, mais je l'aurais tout de même choisi même si ce n'avait été que des éléphants en peluche anonymes. Le tableau a été peint par Stephen Bush. J'ai acheté un de ses livres, intéressé par ses peintures presque phosphorescentes. Quand j'ai vu "The Lure Of Paris", j'ai tout de suite su qu'il allait falloir que ce soit la pochette du disque. J'avais un peu peur qu'il ne me donne pas son autorisation, mais l'idée lui a pas mal plu.

Les Silver Jews ont fêté leur quinzième anniversaire. Pensais-tu que cela tiendrait aussi longtemps ? Y a-t-il des choses particulières dont tu sois spécialement fier ? Quelle est la chanson que tu as écrite que tu préfères ?

En effet, je ne m'attendais vraiment pas à toujours faire ça jusqu'à maintenant. Sous la couche de fierté, je ne me sens pas vraiment à l'abri, mais je respecte suffisamment la vie pour me rendre compte que des choses ont été créées à mon initiative. La chanson que je préfère est We Could Be Looking For The Same Thing.

As-tu des problèmes pour séparer tes poèmes de tes paroles de chansons ? Comment se passe ton processus d'écriture ?

Tu peux t'asseoir pour écrire un poème ou une chanson. Tu peux rester dans ce mode pendant des semaines. Tu ne penses alors plus à rien d'autre que de terminer ce poème ou cette chanson. Il y a des conditions sous lesquelles tu tu mets à réfléchir à ce texte. Tu ne prêtes pas attention aux autres attributs qu'il pourrait avoir, à moins que le titre de la chanson ne ressorte que trop clairement. Mais même dans ce cas, certains textes se sont retrouvés à terminer sous forme de poème et vivre leur vie sans être écrits en vers.

Serais-tu d'accord si je disais qu'à l'instar de Stephen Malkmus, tes chansons deviennent moins cryptiques et suivent un schéma narratif plus conventionnel, qui aurait peut-être pris naissance sur un morceau comme I Remember Me ?

Oui, tout à fait. Je pense que ça n'a pas beaucoup de sens de chanter de la "bouillie" une fois que tu es adulte. Tu gagnes de la dignité à chanter des choses qui peuvent être compréhensibles.

Tu as déclaré que la musique était pour toi une activité qui te permettait de vivre. As-tu déjà ressenti l'impression qu'il s'agissait d'une corvée ?

Une corvée, non. Un fardeau, oui, ça m'est arrivé. Mais à vrai dire, ça a été assez extraordinairement facile dans l'ensemble. Mais d'une façon assez épuisante.

Peux-tu revenir sur ce qui t'as poussé à partir en tournée pour la première fois de ta vie ? Est-ce que c'était conforme a tes attentes ?

J'ai signé un pacte avec Dieu. Je lui ai dit "Me protègeras-tu si je me lance dans cette aventure ?", mais je ne pensais pas que sa protection aurait été si complète. Etre sur scène me vient aussi naturellement que passer le râteau sur les feuilles dans mon jardin.

Qu'as-tu ressenti en allant piocher dans ton répertoire des chansons aussi vieilles que Black And Brown Blues ou Advice To The Graduate ? Ces morceaux ont-ils pris une nouvelle signification dans ce contexte ?

Il y a certaines chansons qui sont simplement trop idiotes pour que je puisse même considérer l'idée de les jouer sur scène. Ca te dirait à toi de parler aujourd'hui en retranscrivant ta vision du monde quand tu étais plus jeune ? Certaines chansons, par contre, comme Horseleg Swatsikas, sont beaucoup plus robustes que je ne le pensais.

Il y avait toujours un instrumental sur tes disques, mais ça n'est plus le cas depuis deux albums. Pourquoi ?

J'ai eu l'impression que ceux-ci étaient devenus des films muets. Et qu'ils étaient gâchés par les gens qui parlent dans la salle.

Il y a une reprise d'Open Field de Maher Shalal Hash Baz sur le dernier album. Pourquoi ce choix ? Est-ce qu'elle t'a aidé à écrire Strange Victory, Strange Defeat, ou est-ce ce morceau qui t'a donné envie de la reprendre ?

Je me suis dit que ça aurait été bien que les écureuils dans Strange Victory, Strange Defeat partent en vadrouille dans ce vaste champ. C'est surtout mon attirance pour la nature minimaliste de cette chasnon qui m'a donné envie de la reprendre.

Y a-t-il une chance pour que la fameuse collaboration Silver Palace avec Will Oldham voit le jour ?

Peut-être bien, mais pourquoi risquer de me fâcher avec lui ? Nous nous entendons si bien.

En parlant de Will Oldham, as-tu déjà pensé à sortir un album où tu reprendrais tes propres chansons ? J'ai toujours eu ce fantasme de t'entendre chanter tes morceaux dans un esprit proche de celui sur Death Of An Heir Of Sorrows.

Je ne pourrais le faire que si j'étais sûr que chaque chanson parvienne à recouvrir complètement l'ancienne version.

Peux-tu nous dire quelques mots sur le film qui retrace le périple des Silver Jews en Israël, puisque peu de gens l'ont vu en Europe ?

Ce film n'est pas très long, il dure cinquante-cinq minutes. Ca n'intéresserait probablement personne à part les fans du groupe. J'ai décidé de ne pas le regarder, mais on m'a dit qu'on me voit pleurer à côté du Mur des Lamentations vers la fin. Je ne pensais pas qu'on puisse voir un écrivain pleurer, ça doit donc être une bonne chose. J'ai décidé de les laisser le sortir.

Quels sont tes buts et les choses que tu souhaites ?

Pouvoir travailler et avoir du temps devant moi. Me coucher en paix la plupart des soirs également.

(Merci à Alix Bénistant pour son aide)

Retour haut de page

Photo Interview Silver Jews, Riding Baby with the Silver Jews

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.