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le 06.08.2008 à 06:00 · par Eric F.

Rencontre autour d'une bonne bière dans les loges de l'Olympic avec Jeff Mueller, guitariste de Shipping News, qui aura livré un magnifique concert rempli de nouvelles compositions plus que convaincantes. L'occasion d'aborder l'intégration de Todd Cook à la basse, sa complémentarite avec le batteur Kyle Crabtree, le futur du groupe, la nostalgie, sans oublier la politique, une tradition avec le groupe (cf notre interview avec Jason Noble lors du festival Raaah Lovely en 2004).

Votre concert m'a donné l'impression que les anciens morceaux ont été retravaillés pour la scène.

Sur tous les morceaux ?

Sur la plupart oui.

Non, les structures restent les mêmes, ça t'a peut-être paru différent parce qu'on ne sait pas vraiment jouer ces morceaux, même si on essaye (rires). C'est supposé rester la même chose.

La dernière fois que vous avez joué en Europe, c'était avant la sortie de Flies The Fields, et ce coup-ci j'imagine que vous avez aussi un nouvel album de prêt ?

On était passé par ici en février 2005 et le disque était sorti en mars, oui. On aurait aimé faire beaucoup plus que ce seul concert en Belgique. Cette fois-ci, on fait une tournée parce qu'on a été pris pour Primavera, on nous y a invités, on a donc fait quelques concerts pour se préparer. On a également essayé d'aller dans des endroits où on n'avait pas joué depuis longtemps. Il n'y a qu'à Tourcoing que nous n'avions jamais joué auparavant. Je l'ai bien prononcé ?

Ca n'est donc pas pour donner de nouvelles orientations à vos albums que vous tournez avant qu'ils ne sortent ?

Non, pas vraiment. Nous n'avons pas vraiment de planning, on n'a pas prévu d'enregistrer dans un futur proche.

Vous avez pourtant l'air d'avoir pas mal de nouveaux titres.

On se prépare, la situation est assez différente d'il y a quelques années. Désormais on a beaucoup plus de temps depuis que Todd nous a rejoints. Le concert que vous aviez vu en Belgique devait être le septième avec lui, c'était donc un univers très récent pour nous à l'époque. On a joué à Chicago pour l'anniversaire de Touch & Go en septembre 2006 et c'était le dernier concert avant notre venue en Europe pour cette tournée. Beaucoup de choses se sont passées entre temps, Todd joue dans deux autres groupes, il a accompagné Shannon Wright avec Kyle...

On les avait d'ailleurs vus ensemble, est-ce comme des vacances pour eux ?

Oui, bien sûr. Shannon adore avoir des gens sur scène avec elle. Ils fonctionnent très bien tous les trois.

Même leur attitude était assez différente également, ils semblaient dormir sur les parties où ils ne jouaient pas.

Et puis ils se lançaient et se rendormaient (rires) ?

Exactement ! Est-ce que de vous retrouver à quatre a modifié le fonctionnement du groupe ?

Je pense, oui. On essaie d'écrire les chansons collectivement plutôt que d'avoir quelqu'un qui montre aux autres ce qu'il a trouvé. On fonctionne plus en groupe désormais. Je pense qu'on est beaucoup plus confiant en nous-mêmes, on n'a plus cette impression de devoir se prouver des choses, on n'est plus obligé de rajouter des choses. Todd et Kyle sont tellement solides en tant que section rythmique que Jason et moi pouvons être plus créatifs, on a beaucoup plus de place.

Les nouveaux morceaux semblent plus rythmiques...

Comme de la drum and bass (rires) ?

Pas vraiment non. Il y a l'aspect rythmique qui semble avoir pris le pas sur le côté mélodique.

Oui, je suis assez d'accord. C'est exactement ce que je disais quand je dis qu'on a plus confiance en nous. On laisse le rythme contrôler les choses et on se laisse porter. On a beaucoup écouté de hip hop et de rap, ce qui nous a sans doute poussés dans cette direction. Si le rythme est intéressant, je préfère qu'il soit le plus nu possible.

On avait un peu l'impression que Shipping News s'appliquait à améliorer une formule qui existe depuis 1997 alors qu'avec ces nouveaux morceaux, on sent plus une nouvelle approche.

Beaucoup de nos chansons avec Todd étaient beaucoup plus stables, désormais on essaie d'avoir plus de moments différents. Il y a un côté plus agressif, plus rapide et fort. Pas forcément métal mais on emploie des idées liées au genre.

Ce qu'on trouvait déjà chez Rodan.

Oui, c'est exact.

C'est un trip nostalgique ?

Peut-être pour nous, oui. On a toujours essayé d'appliquer des idées très précises et d'être de bons musiciens. Enfin, on a un peu abandonné de ce côté-là. Pour moi, tout du moins. Je n'ai pas l'impression d'être un bon guitariste, ce qui m'a contrarié pendant pas mal de temps. Je pense qu'après Rodan et June Of 44, j'ai essayé de mélanger les deux approches de ces groupes et désormais j'essaie de ne pas trop en faire. Si une partie de guitare est compliquée, je fais de mon mieux pour ne pas la foirer (rires). Ca tient debout ?

Oui ! C'est assez intéressant car beaucoup de groupes dans votre genre n'abordent pas la question de la technique. J'ai l'impression qu'ils se concentrent peut-être plus sur les sons et les atmosphères qui en découlent.

Je crois que si la plupart des gens n'en parlent pas, c'est que ça n'est pas très intéressant (rires). Il n'y a pas vraiment de réponse évidente à ta question sans évoquer la technique, à mon sens.

Les nouveaux morceaux m'ont donné l'impression que le prochain album aura justement un esprit plus punk, au moins dans l'approche.

Oui, c'est une des idées principales que nous avons. On essaiera de passer le moins de temps possible en studio pour enregistrer. On jouera, on enregistrera et ça sera fini. On n'a pas trop envie de passer du temps à chercher ce qu'il faudrait modifier ou rajouter. On ne fera rien qui trahirait l'état d'esprit dans lequel nous étions quand nous avons composé ces chansons. Elles ne sont pas forcément rapides, mais très intuitives. « Faisons cela comme ça » et hop ! on fonce. On essaie de garder l'intégrité et l'énergie de ces morceaux intactes.

Le fait que vous vous voyiez assez peu est-il positif ou négatif selon toi ?

On le faisait beaucoup plus avant. J'ai eu un fils en 2004, je me disais donc « Oh ! il faut que je reste à la maison », maintenant ça va un peu mieux. On a fait une ou deux tournées après et à chaque fois que je rentrais, mon fils voulait m'étriper, il avait vraiment les boules. Maintenant qu'il est un peu plus vieux, il commence un peu à comprendre ce que j'essaye de faire et je crois, enfin j'espère qu'il aime ce que je fais (rires). J'espère juste qu'en rentrant de cette tournée, il n'aura pas envie de me décapiter ou de me transformer en salade (rires). Tout ça nous a pas mal empêché de travailler ensemble, et comme je disais Kyle et Todd jouaient ailleurs également. Je crois qu'on a tous l'envie de trouver plus de temps pour faire ce qu'on fait ces temps-ci. Je pense que le prochain disque arrivera plus tôt que tard et qu'on reviendra bientôt ici avec d'autres nouveaux morceaux.

Tu évoquais le festival Touch & Go, tu peux nous en parler ? C'est le genre de chose dont on lit des trucs sur Internet et qui paraît si loin de nous...

C'était vraiment génial. On a beaucoup parlé des labels à ce festival. On admire l'intégrité et la force de ce label qui continue malgré toutes les variations de l'industrie discographique. Leur politique est restée la même, leurs idées également. Tous ces groupes venus jouer pendant trois jours sont plus venus pour Touch & Go que pour quoi que ce soit d'autre et j'ai trouvé ça très réconfortant. Nos sentiments étaient si positifs et pleins d'espoir que tout le monde n'en a été que meilleur sur scène. On se disait « Oula, va falloir qu'on soit bon rien que pour eux » (rires). C'en était presque trop, comme vos festivals en Europe où tu en arrives à devoir choisir entre plusieurs groupes que tu veux voir. Ou alors tu n'as rien envie de voir et tu vas picoler et prendre plein de drogues (rires). Certains festivals semblent entièrement orientés vers cette cause... Le seul festival qui se soit rapproché de cette expérience, c'est le All Tomorrow's Parties en Angleterre. C'était une expérience géniale car les concerts étaient pleins et les gens venaient vraiment pour voir les groupes. Pourtant, il semblait aussi que la moitié de la population de Camber Sands ne soit jamais sorti de ses chalets. C'est vrai ! Je demandais aux gens ce qu'ils avaient vu on me répondait « rien ». « Mais pourquoi vous avez payé pour venir ? » « Pour nous défoncer » (rires). Sérieusement ! Il y avait beaucoup de fans de musique mais je trouve assez intéressant ce côté « vacances-j'échappe à mes parents ou mon boulot» (rires).

Le point commun entre ces deux festivals est que les groupes présents semblent former une grande famille.

Il y avait beaucoup de gens au festival Touch & Go que je n'avais jamais rencontrés, puisque le label a plus de vingt ans, mais je me sentais tout de même lié avec eux. Il y avait effectivement cette idée de famille, même si on ne venait pas pour traîner tous ensemble ou se raconter comment nos cousins se roulaient des pelles (rires). Il y avait un fort sentiment d'unité.

De qui vous sentez-vous le plus proche ?

Des gens comme Uzeda ou Shannon Wright, Shellac aussi. Pas forcément que pour des raisons musicales d'ailleurs. Sinon on peut citer également Mission Of Burma, Tortoise. Tous ces groupes qui font de la musique parce que c'est un besoin, pas parce que c'est quelque chose qu'ils font histoire de faire quelque chose. J'apprécie les gens qui font ça pour l'intensité que représente le fait de jouer des chansons.

Quand on avait interrogé Jason, il avait souligné l'importance des voyages dans la vie du groupe. Comme vous aviez mis le nom de toutes ces villes dans le livret de Very Soon, And In Pleasant Company. Est-ce que cela vous aide au niveau des influences ?

C'est une chose qui m'est importante sur un plan personnel. Pour nous, même, ça nous aide à avoir d'autres perspectives sur la réalité de notre propre existence et du monde qui nous entoure. On essaie de montrer un autre visage de notre pays, car il y a tellement de trucs merdiques à propos des Etats-Unis, c'est un endroit très divisé qui ne fonctionne plus très bien. On était plus dans l'état d'esprit de faire du tourisme dans les années 90, maintenant on veut plus montrer aux gens qu'on n'est pas obsédé par la guerre ou l'argent. Il y a beaucoup de gens qui attendent du changement, mais l'ironie de la chose est que si nous étions Croates ou Serbes, ou d'un pays qui a une idéologie politique plus active, nous irions à Washington DC pour tuer le président et brûler sa baraque. On a eu un président plutôt respecté et qui a fait avancer certaines choses avant de se faire critiquer pour quelque chose qui n'avait rien à voir avec la politique alors que maintenant, le gouvernement est totalement corrompu et s'est acharné à diviser le pays. Le plus triste est que la moitié des gens ont voté pour lui en 2004 et lui a permis de faire ce qu'il veut à ce sociopathe, ce que je trouve déprimant. La première fois était déjà terrible, mais tu demandes vraiment ce qui se passe quand ça se reproduit, tu te dis que le pays va vraiment très mal. Comment les gens peuvent-ils encourager ça ? On essaie d'exorciser ça en voyageant et en expliquant aux gens ce que l'on est vraiment, même si ça peut sembler arrogant.

Jason nous en avait longuement parlé en Belgique. Flies The Field semble d'ailleurs fortement influencé par ces évènements...

Oui, tout à fait. On se sent beaucoup plus concernés par tout ça au niveau des textes, on essaie d'évacuer cette frustration sans passer pour un groupe engagé politiquement. De plus, c'est assez ennuyeux de toujours chanter des chansons qui parlent de filles... Ca fait vingt ans que je suis avec la même femme, on est marié, je vais arrêter de chanter ma vie, j'en ai marre. Je vais plutôt parler de l'état pitoyable des Etats-Unis. Mais vous avez un président bien déjanté aussi !

Oui, c'est vrai. C'est un peu notre premier président « américanisé » (rires). Mais c'est amusant, quand les groupes nous parlaient de Bush, on n'avait qu'à compatir, et au final on se retrouve avec le même problème. Tout le monde devrait nous donner des leçons, vu qu'on n'a pas arrêté de le faire.

Mais ça ne fait qu'un an, j'ai hâte de voir ce que les Français vont faire dans un an si ça continue comme ça. J'ai l'impression que vous n'allez pas vous laisser faire.

Tu crois ?

Oui je pense. Vous avez déjà eu des émeutes en banlieue...

Oui mais ça n'a pas changé grand chose et il n'est devenu président qu'après. Comme tu dis, la moitié du pays a voté pour lui !

A vrai dire, je ne peux pas trop le juger vu que je le connais assez peu, mais j'ai le sentiment que les gens ne le supporteront pas longtemps. Bush est très respecté dans certains endroits des Etats-Unis, et pas qu'au Texas (rires).

Tu habites toujours à Louisville ?

Non, je suis à Chicago.

Il y a un peu une famille là-bas aussi musicalement, ou alors c'est juste un mythe ?

A Louisville, c'est vraiment le cas. Tous les groupes se supportent, vont se voir en concert. Il s'y passe beaucoup de choses, tout comme au début des années 90.

C'est assez intéressant de voir des gens comme Will Oldham lié avec Slint ou Bob Nastanovitch de Pavement alors que ça n'a pas grand chose à voir musicalement.

Et pourtant ils font partie de la même équipe, oui. Beaucoup de gens y trouvent une forme d'émulation. Si un groupe joue une musique très agressive, leurs amis vont sans doute faire quelque chose de très doux. Ce qui ne les empêchera pas du tout de faire des concerts ensemble.

Tu vois une différence avec les grandes villes ? Je veux dire, il suffit d'entendre une chanson de certains groupes pour savoir qu'ils viennent de New York, par exemple...

Je ne pense pas qu'il y ait une sorte de communauté ou même une notion de famille à New York, ni à Chicago, car ce sont des villes beaucoup plus grandes et il y a beaucoup plus de genres représentés. Il y a une communauté très forte au niveau du jazz à Chicago, pour le punk aussi ou le hip hop, mais elles ne se mixent pas comme ça peut être le cas à Louisville. Ils n'y sont pas forcés, alors que chacun traîne avec tout le monde là-bas comme pour survivre musicalement parlant.

A propos de Slint, beaucoup de groupes se reforment ces temps-ci. Ca ne te donne pas des idées pour Rodan ou June Of 44 ?

Je ne pense pas. On nous a demandé de se réunir avec June Of 44 pour un festival avant Primavera, mais ça serait vraiment étrange. On est resté amis, mais je ne pense pas qu'on refasse ça un jour. C'est assez amusant car quand je voyais Slint en concert, il n'y avait que quinze personnes dans la salle et tout le monde s'en foutait. C'est à ce moment-là qu'ils étaient importants. Bien sûr, ils continuent à l'être, ils nous ont fortement influencés, tu es ce que tu manges et tout ça, mais quant à se reformer, même si certaines marchent comme celles de Mission Of Burma ou Polvo, je préfère vivre les choses sur le moment puis les laisser mourir. Je n'ai pas envie de tenter de revivre ces choses-là et je m'imagine très mal chanter des morceaux de cette époque.

Surtout qu'il est assez facile de supposer que la plupart de ces reformations se font uniquement pour l'argent. On se demande parfois à quoi ça peut bien servir.

C'est étrange. Je ne pourrais pas critiquer Slint car cette reformation fonctionne à l'évidence. Je pense que pour leur premier concert après la reformation, il devait y avoir autant de gens dans la salle qu'ils ont en eu de toute leur carrière (rires) ! Il y avait deux mille personnes pour les voir à Louisville. Je suis vraiment sérieux quand je dis que je les ai vus dans une salle de deux fois la taille de cette loge avec quinze personnes dans le public. Et ce concert a changé ma vie, ça a eu une telle importance, en partie parce que c'était immaculé. Ca a pu toucher tellement de gens. Ils ont été hôtes de l'ATP, huit mille personnes, ils ont fait le festival Pitchfork, douze mille personnes. C'est génial, mais ça prouve bien qu'il y a un changement dans l'univers musical que les gens écoutent.

Puisqu'on parle de modes, que penses-tu de ces concerts où les groupes jouent un album dans son intégralité ?

Ca, ça me plait. On a vu Sonic Youth faire Daydream Nation et c'était tout simplement incroyable. C'était quand même un peu bizarre la façon dont l'un des morceaux était ralenti (rires). Celui qui fait « ta da ta da da da...».

Teenage Riot ?

Oui !

C'est marrant, c'était pareil quand nous les avons vus (rires).

C'était trop lent ! Ca m'a vraiment tué. C'était quand même un super concert. Public Enemy a été incroyable à Primavera. Ce genre de plan me plaît bien.

Si on vous demandait de faire ça, pour quel album opteriez-vous ?

Sur tous ceux que j'ai fait ?

Oui.

Pour Rodan, ça serait Rusty, vu que c'est l'unique album que nous ayons fait (rires). Ca serait probablement Four Great Points pour June Of 44, et Flies The Fields pour Shipping News. Et sur les trois, ça serait donc Flies The Fields puisque notre groupe existe toujours.

Vous n'avez pas l'intention de refaire un disque dans l'esprit de Three Four ?

Non, je ne pense pas. Ca pourrait être le cas dans le sens où tu pourrais te dire « Tiens ça sonne comme sur Three Four », mais ça ne serait absolument pas intentionnel. Chacun a fait ses morceaux dans son coin, il y a juste un de mes titres ou Kyle fait la batterie, mais c'était vraiment trois projets personnels regroupés, en quelque sorte.

Ce qui explique le fait que vous fassiez très rarement ces morceaux sur scène ?

Absolument. On a dû en jouer deux ou trois de temps en temps, mais on préfère jouer les titres qu'on a écrit ensemble.

Je me demandais pourquoi Kyle ne chante jamais ses morceaux sur scène ?

Ce n'est pas parce qu'on ne le laisse pas faire, c'est juste qu'il ne veut pas. J'adorerais qu'il le fasse d'ailleurs. Ses chansons sont tellement bonnes, surtout celles sur Three Four, ça m'a vraiment choqué car je ne l'avais jamais entendu jouer ses propres morceaux. « C'est génial, pourquoi tu te fais chier à jouer de la batterie ? » (rires). Je pense qu'il est assez timide au niveau de sa voix.

D'une manière plus générale, vous jouez très peu de vieux titres sur scène.

On essaie de jouer les morceaux où Todd a été impliqué, plutôt que de lui faire réapprendre les morceaux. Comme je disais, son arrivée a fait de Shipping News un groupe différent, on veut donc se concentrer là-dessus. C'était important pour nous et aussi pour Todd, qu'il n'ait pas l'impression d'être une pièce rapportée.

Tu as sorti de nouveaux albums en solo depuis celui que tu vendais au Raaah Lovely ?

Non, pas du tout. J'avais des morceaux et le besoin de les enregistrer, ça n'est pas allé plus loin. C'était une période assez intéressante pour moi, où je passais mon temps chez moi à jouer de la guitare et écrire des chansons. Le disque en est le produit direct. J'étais très ami avec la personne qui a lancé le label. Il s'appelle Bryan Duran et a donc fondé Monitor Records, il a sorti des disques d'Oxes, des groupes différents. Il voulait vraiment faire quelque chose de spécial avec moi et m'a demandé si j'avais des chansons à faire sortir. J'en étais presque à faire l'autruche tant je n'étais pas certain qu'elles aient un quelconque intérêt.

Qu'y a-t-il de prévu pour le futur de Shipping News ?

Ecrire de nouvelles chansons, enregistrer plus de disques et se faire plus visibles, qu'on ait un peu plus de monde à venir nous voir jouer. Je ne me plains pas de ce soir, mais c'est important pour nous de voir que les choses avancent plutôt qu'elles régressent. Le concert de ce soir était vraiment génial. La dernière fois qu'on a joué à Nantes, c'était sur cette péniche, La Route du Rhum où il y avait plein de gens, mais ce soir il y avait deux fois plus de la capacité totale de cette péniche dans le public (rires). « D'où viennent ces gens ? Oh et ils ne partent pas ! C'est génial on n'est pas nul ! » (rires).

Ca prend du temps de se construire un public... comme Slint (rires) !

Peut-être qu'à notre retour on jouera devant huit mille personnes (rires) ! Et les gens nous diront « Jouez Spiderland ! » (rires).

Qui aurait envie d'entendre l'E.P. de toute façon ?

« Jouez-le du début à la fin comme le disque, et taisez-vous ! » (rires). Le concert d'hier à Paris m'a impressionné. Le groupe qui a joué avant nous était très bon (ndlr, Jordan) mais il n'y avait pas grand monde et ça s'est vraiment rempli juste avant qu'on arrive sur scène, c'était une bonne surprise ! Il y a une énergie positive incroyable quand on s'aperçoit que les gens réagissent à ce qu'on fait. C'est le plus important pour nous, d'avoir un lien avec notre public plutôt que de juste paraître comme une version abstraite ou en colère d'un être humain sur une scène. On n'attend pas grand chose, le fait qu'on ait de la nourriture dans cette loge, qu'il y ait une sono dans la salle et qu'on nous amène dîner nous stupéfait. Je préfère que dix personnes viennent nous voir parce qu'elle le veulent vraiment plutôt que d'avoir un public de mille personnes qui sont là parce qu'elles ont lu un article dans Melody Maker et qu'ils passent leur temps dans le fond a fumer des clopes, boire des coups et se foutre royalement de ce qui se passe sur scène.

As-tu envie de rajouter quelque chose ?

Les choses vont s'améliorer. Ca pue vraiment en ce moment mais ça va s'améliorer. Je l'espère en tout cas. J'aime mon fils. Jouer de la guitare c'est génial. J'espère que je vais encore avoir de la bonne nourriture. Je ne regarderai pas la télé. Je vais peut-être me faire poser des implants capillaires. Non je n'ai rien à rajouter. Je m'en suis bien sorti ?

Parfaitement bien, merci !

Interview réalisée avec Gaël P. et Farfadet F.

Remerciements à Kongfuzi Booking.

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