Lotte Kestner

+ Trespassers William

Sous les étoiles silencieuses du Texas (V.F.)

» Interview

le 14.06.2009 à 06:00 · par Eric F.

Quelle a été ta première expérience musicale ?

On m'a offert un instrument-jouet un Noël quand j'avais deux ou trois ans, que nous avons ensuite surnommé 'le machin musical'. Ca ressemblait un peu à un mélodica, sauf qu'il n'y avait pas besoin de souffler dedans. Il semblerait que j'ai ignoré tous les autres cadeaux et que j'ai couru partout dans la maison en jouant. Il me semble qu'il y a une vidéo de ça qui traine quelque part. J'ai d'ailleurs toujours ce machin musical avec moi.

Quand as-tu commencé à composer ?

Les chansons que ma petite soeur et moi écrivions quand nous étions enfants mises à part... J'ai commencé à écrire des chansons au piano à l'age de seize ans. C'est à cette époque que j'ai eu ma première guitare acoustique. Mon écriture est devenue moins classique, plus proche de la musique britannique que j'écoutais. J'écrivais une ou deux chansons par jour en essayant de découvrir à quoi ma voix pouvait ressembler une fois qu'elle sortait de mes influences. Je trouvais que c'était le moyen le plus simple de communiquer avec des gens, je me suis donc mise à jouer avant de faire des concerts avec mon ami Jeff à la batterie.

Comment Trespassers William est né ? Quel était ton but à cette époque ? Quel point de vue as-tu sur votre évolution ?

Matt et moi trainions souvent dans le même café quand nous étions ados jusqu'à ce qu'un ami mutuel nous présente. Il m'a passé une cassette de morceaux instrumentaux qu'il faisait et je suis allé chez lui pour jouer mes chansons. Dès ce premier jour, nous avons écrit une chanson (Desert) qui était radicalement différente de ce que chacun de nous avait pu amener sur la table au départ. Elle nous a tellement plu qu'elle s'est retrouvée sur notre premier album. A ce moment-là, je jouais de la musique pour mettre de l'ordre dans ma vie, rencontrer de nouvelles personnes et apprendre.

Trespassers William est désormais une partie intégrante de qui je suis et comment j'écris. Je prends d'ailleurs ce processus d'écriture beaucoup plus au sérieux. Je suis stupéfaite d'être dans ce groupe depuis si longtemps, aucune période de ma vie n'a été aussi longue. Ca n'est sans doute pas innocent.

Le groupe a changé de forme, sa musique est devenue plus large et plus profonde. C'est en partie pour ça que j'ai sorti mon album solo l'an dernier. Trespassers William en est finalement arrivé à un point où les chansons n'ont plus grand chose à voir avec quand je les jouais dans ma chambre et je tenais vraiment à ce que les gens puissent entendre des deux.

Le line-up a beaucoup changé au fil des ans, comment le gérez-vous ? Est-ce que cela influe sur vos compositions ?

Nous avons eu plusieurs membres différents dans le groupe, avec autant d'approches. Mais j'ai toujours écrit mes morceaux dans mon coin. Il peut se passer une année avant que nous trouvions une personne qui convienne pour le groupe, ce qui ralentit considérablement les choses. Pour l'instant, Matt et Moi prévoyons de passer 2009 en duo et d'avoir quelques artistes nous rejoindre de ci de là plutôt que d'introniser officiellement quelqu'un. Nous avons enregistré une chanson pour un tribute à The Innocence Mission il y à peu et Eric Eagle (Jesse Sykes & the Sweet Hereafter) a joué de la batterie dessus.

La production a une place très importante dans votre musique. Que penses-tu du fait que la musique est de plus en plus écoutée sur des supports qui ne traduisent pas forcément tous les efforts que les artistes font sur le son ?

Ca ne me dérange pas plus que ça. Même si je pense que la force de Having vient en grande partie de sa production. Je suis convaincue que le résultat est moins probant sur un IPod. Mais les IPods sonnent mieux qu'une vieille cassette dans un autoradio. J'aimerais bien que chacun puisse écouter nos disques avec des écouteurs très chers, mais j'éspère que les chansons atteignent leur cible, même avec des enceintes d'ordinateur.

Peux-tu expliquer comment vous vous êtes retrouvé à travailler avec David Fridmann sur votre troisième album ?

Nous ne pensions pas vraiment faire ce disque avec quelqu'un d'exterieur, mais le fait d'être sur une major nous a fait nous dire que nous pourrions profiter des apports d'une tierce personne. Nous avons donc établi un top 3 des noms qui nous intéressaient le plus, parmi lequel figurait Dave... qui a comme par magie accepté de passer dix jours avec nous après l'enregistrement du disque. Nous avons embarqué notre disque dur dans l'avion dans une boite avec un bébé dessiné dessus.

Tu sembles apprécier les collaborations : en as-tu besoin pour placer ta propre musique dans une perspective différente ? Peux-tu évoquer ce que tu as fait avec Anomie Belle ?

Ca n'est pas forcément une question de perspective. Puisque je travaille sur de la musique toute seule et avec Trespassers, je pense déjà en termes de "petit" et "grand". Mais écrire ou jouer des morceaux avec des gens que tu admires revient un peu à embrasser quelqu'un pour qui tu as le bégun...

En ce qui concerne Anomie Belle, elle est une de mes meilleures amies, je l'ai connue professionellement quand elle a enregistré des parties de violon pour mon disque solo. Nous avons commencé à nous envoyer des choses auxquelles chacune rajoutait des parties. Quand elle a commencé à faire des concerts l'hiver dernier, je me suis retrouvé dans son groupe. C'était assez amusant de tourner avec un groupe de filles pour la première fois. C'est très facile de bien s'entendre avec elles.

Qu'en est-il de cet album que tu enregistres avec Robert Gomez ?

Je suis en ce moment même assise à côté de lui pendant qu'il s'occuppe des claviers de l'album... Nous avons loué une maison à Marfa, Texas pendant tout le mois de Février. C'est une ville de deux mille personnes où tu peux voir toutes les étoiles dans le ciel et entendre ton propre esprit au travail parce qu'il fait si sombre et que le calme est parfait pour écrire. J'ai déjà collaboré avec beaucoup de gens dans le passé mais jamais avec un autre compositeur et c'est presque trop beau pour être vrai. Il semblerait qu'il soit incroyablement doué sur chaque instrument jamais inventé. J'ai très hâte que les gens puissent entendre ce que nous avons composé.

Comment t'es tu retrouvée sur un disque des Chemical Brothers ? J'imagine que ça a du relancer les comparaisons avec Hope Sandoval... Cette comparaison incessante ne te gêne-t-elle pas ?

Je me suis toujours dit que les comparaisons avec Mazzy Star étaient dues à quelques chansons de Different Stars. J'ai l'impression qu'il y a d'autre groupes avec lesquels nous avons plus de choses en commun ces temps-ci.

Pour ce qui est des Chemical Brothers, j'ai eu de la chance. Ils ont entendu une de nos chansons et ont décidé de m'inviter sur une des leurs au meilleur moment car nous étions en tournée au Royaume-Uni. Je crois que je suis allée en studio avec eux le jour de la Saint Valentin. J'ai enregistré les parties vocales en une seule prise...

Tu apprécies beaucoup les reprises, peux-tu expliquer comment et pourquoi tu décides des chansons que tu vas reprendre ?

J'ai écrit des chansons pour beaucoup de projets ces derniers temps, et c'est difficile de beaucoup écrire... Quand j'ai envie d'enregistrer de la musique et que je n'arrive plus à écrire, je me mets à enregistrer des reprises, juste pour m'amuser. Ca me rend ensuite enthousiaste et ça me donne ensuite envie de le sortir ou de le partager d'une façon ou d'une autre. J'ai particulièrement aimé la façon dont Falling Out Of Love et Let's Go To Bed sont sorties que je me suis dit qu'il ne serait pas illogique de faire un album de reprises par Lotte Kestner dans le futur. J'ai fait une liste assez intéressante de morceaux que j'aimerais bien tenter quand je me retrouverais à Seattle. Je crois que je sens une intuition quant aux chansons que j'ai envie de chanter. Il se peut que ça soit la mélodie qui m'attire, d'autres fois il s'agit des textes...

J'ai été très impressioné par ta reprise d'Interpol sur China Mountain : ta version semble bien mieux coller au texte que la froide version originale. Etait-ce ton intention de départ ? D'une manière plus générale, est-tu plus attirée par des chansons écrites par des hommes ?

Merci. J'aime la façon qu'ont les morceaux d'Interpol d'être intimes et intenses à la fois. Leur album Turn On The Bright Lights est un de mes favoris. J'avais très envie de jouer cette chanson et je me souviens qu'en la mettant sur MySpace, j'avais déclaré qu'il s'agissait juste d'une démo et qu'elle ne sortirait jamais. Mais en faisant l'album j'ai trouvé qu'elle collait plutôt bien avec le reste. Je suis très excité quand j'arrive à faire un morceau entier en une nuit, et c'est souvent comme ça que ça se passe avec les reprises que je fais.

Je pense être plus attirée par les chansons écrites par des hommes. Je me sens comme un instrument quand je fais une reprise, et c'est un instrument différent d'une voix masculine. Mes chanteuses préferées sont Kate Bush et Liz Fraser et je n'oserais jamais toucher à une de leurs chansons. Pourquoi devrai-je le faire ? Ceci dit, Guy Garvey est magnifique quand il chante Teardrop.

Tu as repris Let's Go To Bed de The Cure quand tu t'es retrouvée bloquée chez toi à Seattle par la neige. Jusqu'à quel point ton environnement influence ta musique ?

Quand je compose, je pense que ce qui se passe à l'interieur et plus important que l'endroit où je me trouve. Mais il peut arriver que la quiétude du désert ou la pénombre du soir ou encore l'impossibilité de quitter l'appartement peut te donner assez de place pour arriver à quelque chose, ou planter une sorte de graine.

D'autres formes d'art que la musique influencent-elles ce que tu fais ? La littérature semble être importante pour toi, ne serait-ce que pour ce nom de Lotte Kestner...

C'est vrai, je lis énormément. La relation entre le temps qu'un auteur met à écrire son livre et le temps qu'il faut au lecteur pour le lire est remarquable. J'ai souvent fait référence à des passages ou à des personnages de romans dans mes chansons. Mais le cinéma a une influence plus directe sur ma musique. Je me trouve souvent en train de chercher ma guitare quand je viens de voir un film. Mais au final, j'écris le plus souvent sur mon propre univers.

Comment composes-tu ? Comment considères-tu qu'une chanson conviendra mieux à Trespassers William ou Lotte Kestner ?

Je force très rarement une partie du processus musical. Je n'écris ou enregistre que quand j'en ressens le besoin. Comme manger quand tu as faim. A moins que je ne me retrouve dans une de ces rares situtations semblable à celle dans laquelle je me retrouve, au Texas, avec seulement vingt-huit jours pour écrire et enregistrer un disque complet. Ma guitare n'est jamais très loin, et je reste assise sur mon lit jusqu'à ce que les paroles me viennent. De temps en temps, j'ai un piano à ma disposition, ce qui change ma façon de procéder.

Les meilleures chansons sont celles où les paroles, les mélodies et les accords arrivent dans mon esprit en simultané. A partir du moment où il faut que je combatte avec quoi que ce soit, j'ai tendance à le laisser tomber. Ceci dit certaines chansons ont besoin d'être retouchées par la suite. De temps en temps il m'arrive d'enregistrer une chanson avant même de savoir ce qu'elle va donner. Je fonctionnerais peut être plus de cette façon dans le futur, mais ça n'est pas une habitude.

Quand j'ai pris la décision de faire un album solo, j'ai commencé à écrire plus de chansons folk avec des arpèges et des textes plus personnels tout en réduisant la place des autres instruments. Je me suis laissée aller à plus de féminité. Les chansons de Lotte Kestner ont donc été écrites spécialement pour ce projet et il n'a jamais été question qu'elles apparaissent sur un disque de Trespassers William. Maintenant que je me suis mise dans un état d'esprit folk, j'ai plus de mal à revenir vers un mode de pensé plus épique, en imaginant les autres parties et de longs passages instrumentaux s'empiler dans ma tête. Travailler avec Robert dans le désert est une parfait étape intermédiaire entre ces deux types de songwriting. Je pense qu'en rentrant à la maison je serais prête pour écrire le nouvel album de Trespassers William.

Penses-tu que certaines chansons d'un projet auraient pu se retrouver sur l'autre ?

Je pense que chaque chanson a terminé là ou elle devait. Quelques chansons de Lotte Kestner sonneraient très bien avec un groupe complet, mais il était très important pour moi de créer quelque chose qui ne soit qu'à moi. J'y ai un peu pensé comme un roman, quelque chose que j'ai fait dans le calme de mon propre monde, qui n'est jamais rentré en collision avec celui de qui que ce soit.

Quand Matt et moi jouerons ensemble cet été, j'aimerais arranger quelques chansons du Lotte Kestner avec lui pour le set. Ecrire et enregistrer seule me vient naturellement, mais l'idée de jouer seule sur scène ne m'attire pas vraiment. J'adore ces chansons et je veux les partager, et je sais qu'elles seront bien plus intéressantes s'il est là pour les jouer avec moi.

As-tu déjà pensé à ré-enregistrer des chansons de Trespassers William toute seule ? Je pense qu'avec un tel travail sur la production, une chanson comme Safe Sound, par exemple, pourrait prendre une dimension radicalement différente.

Non... J'écris les chansons seule et j'enregistre parfois mes parties avant de les amener au groupe, donc je sais déjà à quoi ça ressemble. Et il y a quelque chose de très intéressant dans ce simple squelette. Mais quand le groupe a rajouté ses parties, je ne voudrais pour rien au monde revenir en arrière.

Tu écris souvent sur la musique, qu'est ce qui t'as mené à ça ?

Je fais des interviews depuis un an. Je m'occuppe de la musique sur un site qui s'appelle Identity Theory et j'ai aussi fait quelques interviews pour d'autres sites. Je ne fais que des musiciens que j'admire et avec qui j'adorerais discuter. Certains d'entre eux sont des gens avec qui j'ai déja travaillé (Phononoir, Minotaur Shock, Idaho). J'ai aussi fini par collaborer avec certains autres après (Robert Gomez, John Grant). Je pense que la communication a probablement renforcé ces relations, ça m'a donc aidé dans ce sens.

Peux-tu nous parler de ces enregistrements avec Robert Gomez ?

Nous en sommes au vingtième jour et nous avons été plutôt productifs jusque là. Les premiers jours ont été les plus simples, bien sûr, puisque nous sommes arrivés avec plein d'idées et que nous avons été boostés par le changement de décor (on est en plein désert ici). Nous avions déjà trois chansons à la fin de la première semaine. Ca n'a pas été facile tous les jours ceci dit, prendre un peu de temps pour se ballader ou aller voir les lumières mystérieuses de Marfa aura été très important. Apprendre l'histoire de la ville, lire le journal local, trouver des choses qui nous poussent à faire de la musique.

En gros, je me concentre plus sur le chant et l'écriture de mélodies pendant que Robert se charge de la quasi totalité de l'instrumentation et de la production. Il fait aussi des coupes dans mes textes (je ne suis pas très douée pour ça). Il y a aussi pas mal de duos, et Robert a écrit cette magnifique chanson sur un cactus... Nous avons également enregistré une reprise d'une chanson de Serge et Charlotte Gainsbourg. On n'a pas arrêté d'écouter cette chanson et nous avons fini par la jouer en anglais.

Quels sont tes objectifs, musicaux comme personnels ?

Ca fait tellement de temps que j'écris avec une guitare que j'aimerais bien me forcer à aller plus souvent vers d'autres instruments. J'ai acheté une batterie, un banjo et un mélodica récemment et je suis certaine que ça influencera quoi que je fasse en tant que Lotte Kestner. J'aimerais bien trouver un Rhodes à prix raisonable, avec toutes ses touches en état de marche.

J'aime beaucoup ce que Robert et moi sommes en train de faire, j'éspère que nous pourrons emmener ces chansons sur la route cette année. Un nouvel ep de Trespassers William sortira en mai. Nous avons prévu de partir en tournée et nous écrirons un nouvel album cette année également. Je travaillerais ensuite sur mon album de reprises dans mon temps libre. Je pense que je vais être bien occuppée.

Je voudrais que ma vie soit remplie d'amour, de nourriture et de ciels bleus.

Peux-tu nous faire partager tes dernières découvertes ?

Sergius Gregory (son MySpace est un oasis), Bon Iver, Sarah Jaffe.

Si je ne me trompe pas le seul site de fan pour ta musique est français. Crois-tu voir un lien particulier entre ta musique et notre pays ? (Tu n'es pas obligée de mentir parce que nous sommes un webzine français).

Nous aimons beaucoup ce site et on dirige souvent les gens vers celui-ci puisqu'il est beaucoup plus complet que notre propre page. Cedric est adorable. Notre meilleure tournée était celle que nous avions faite en France il y à quelques années. Nous avions été très bien reçus et nous sommes tombés amoureux du pays, peut-être y a-t-il donc une connection spéciale, oui. Je pense qu'il faudrait que j'apprenne le français et que je revienne vous voir. Xo.

Retour haut de page

Photo Interview Trespassers William, Titre

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.