Phosphorescent

Dreaming of being a cowboy

» Interview

le 09.07.2009 à 06:00 · par Vincent B.

En 2004, sur l'EP The weight of flight, vous aviez fait une reprise de Willie Nelson, My heroes always have been cowboy.. Vous lui dédicacez aujourd'hui un album entier, To Willie. Quelles relations spéciales entretenez-vous avec sa musique?

C'est une relation qui s'est produite naturellement, avec le temps. Je n'ai pas choisi sa musique. C'est plutôt elle qui m'a choisi. J'ai l'impression d'avoir toujours connu les chansons de Willie Nelson . Pour être honnête, je ne me souviens plus quand je l'ai entendu la première fois. J'avais peut-être trois, ou quatre ans. Sa musique a toujours eu de l'importance pour moi, et cette importance demeure.

Il est intéressant de comparer l'ancienne reprise, qui date de 2004, avec celles du nouvel album. Cela nous permet de voir à quel point Phosphorescent a changé depuis ses débuts.

Oui, il est évident que cela a changé. Cette reprise était sur le second album de Phosphorescent. Je continue à aimer le son qu'il a. Mais il est évident qu'avec le temps, et en enregistrant de nouveaux albums, vous apprenez énormément et vous changez vos manières d'évaluer comment faire sonner un disque. Vous progressez. Tout du moins je l'espère.

Vous avez été comparé à beaucoup d'artistes, Bonnie 'Prince' Billy ou Kurt Cobain, pour ne citer qu'eux. Cet hommage à Willie Nelson n'était-il pas une manière de couper cours au débat, et de montrer au public d'où vous venez réellement ?

Certainement pas intentionnellement, mais peut-être de manière inconsciente. Je dois admettre que je suis constamment surpris par le manque de culture musicale d'une multitude de critiques. Surtout quand vient la question de savoir d'où une musique provient. Ils semblent ne pouvoir revenir en arrière que sur une dizaine d'année, et ensuite ils s'arrêtent. Comme s'ils ignoraient ce qui avait été fait avant.

Oui, mais vous devenez d'une certaine manière la figure de proue d'un nouveau type de folk, cette famille musicale à laquelle vous semblez appartenir avec Castanets, Liz Durett, Mount Eerie. il y avait la génération précédente, celle de Bonnie 'Prince' Billy, Bill Callahan, et vous prenez le devant d'une nouvelle scène. Comment vivez-vous ce succès?

Cela me va très bien. Je sais ce que je fais avec Phosphorescent, et je me sens confortable, quelle que soit la quantité d'attention, positive ou négative, à notre égard. Justement parce que je suis sûr de là ou je vais. Quant à votre question concernant les générations d'artistes, les familles musicales, cela m'a toujours semblé étrange. Je pense que la bonne musique est simplement de la bonne musique, peu importe d'où elle vient, et de quand elle date.

Vous sentez-vous nostalgique de la musique telle qu'elle était à l'époque où Willie Nelson commençait?

Je dirais que c'est double, il y a une sorte d'équilibre, de compromis. Un équilibre favorable à l'époque actuelle. D'un certain côté, il y a une tristesse. La tristesse de ne pouvoir consacrer beaucoup de temps à un album en particulier. Il y a tellement à écouter, en raison de la facilité d'accès de la musique, et notre attention se disperse. Donc le temps manque. Mais ce problème de temps s'équilibre, en faveur de l'époque actuelle, grâce à la multiplicité des choix. Aujourd'hui, peu importe où vous vivez. Quel que soit l'endroit ou vous avez vécu, que vous soyez riche ou pauvre, vous pouvez découvrir de la musique. Bientôt, certes pas encore, mais bientôt, vous pourrez écouter de la musique partout dans le monde, qui proviendra de partout dans le monde. Et cela ne peut être que positif.

Avez-vous eu des retours de Willie Nelson concernant l'album ?

Un jour, je marchais dans les rues de New York, j'ai manqué un appel, et j'ai eu un message sur mon répondeur. C'était Willie. Il avait réussi à obtenir mon numéro et m'appelait pour me dire bonjour, très naturellement. Il a dit qu'il était un grand admirateur du disque, il nous a invités à venir à un concert, et nous avons été là-bas, pris le bus ensemble, parlé de musique. C'est un homme extrêmement doux, admirable.

Je me posais la question de l'influence des drogues sur vos textes. Les derniers textes sur Pride, votre album précédent, sont ceux de Cocaine lights. Ici vous ouvrez l'album sur Reasons to quit , et vous modifiez les paroles de Willie Nelson, en remplaçant « The smoke and boose » par « The coke and boose ».

Oui, en effet, je ne fume pas trop d'herbe, je ne pouvais pas chanter ce texte et le rendre crédible. Sinon, je dois admettre qu'il y a eu une quantité non négligeable de drogues prises sur les deux dernières années, et quand on s'est posé pour enregistrer To Willie, je revenais d'une tournée quasiment ininterrompue pendant un an, et j'étais en conséquence pas mal marqué.

Ne pensez-vous pas que la manière la plus moderne d'être un cowboy soit peut-être justement de tourner et de parcourir le monde comme vous le faites en tant que musicien ? Je me permets de demander cela car je vous ai vu incarner un cowboy sur la vidéo de A picture for our torn up praise, et également en raison de votre attachement pour le titre My heroes always have been cowboy.

Oui, je pense aussi que c'est la façon la plus moderne d'être capable d'être cela. C'est bien évidemment une idée romantique de penser qu'en vivant ainsi, vous atteignez une sorte d'idéal que vous aviez, mais ce type d'idéaux échoue souvent, alors je dirais que oui, c'est probablement la manière la plus moderne d'être un cowboy.

Quand j'écoute Pride et To Willie, je dirais que Pride est bien plus négatif que To willie ...

Pride est clairement un album triste, il ne remonte pas le moral. Mais de mon point de vue, je ne le ressens pas réellement ainsi. Pour moi, il ne sonne pas lent et vaporeux, ce qui est probablement la manière dont ils sonne pour les autres. A mes oreilles, il sonne principalement comme quelque chose d'épais, de consistant. Cela se produit lentement, mais beaucoup de choses se produisent, se dispersent et s'éparpillent dedans, avec une certaine rapidité. Pour To Willie, les choses étaient bien plus calmes pour moi, car je n'avais pas écrit les titres et je n'avais pas à me préoccuper des millions de pensées qui vous traversent quand vous enregistrez vos propres chansons. J'avais juste à les chanter, c'était bien plus reposant.

Vous avez déjà commencé à enregistrer le prochain album. Savez-vous quand il sortira?

Je ne sais pas quand il sortira mais j'espère le finir très vite quand nous reviendrons de ce tour.

Vous l'enregistrez avec le groupe?

Oui, la même formation que sur To Willie.

C'est la première fois que vous enregistrez un album de compositions de Phosphorescent avec le groupe.

(Hésitation). Oui, c'est vrai, c'est la première fois.

Je me demandais, en conséquence, quelle sera votre part dans l'enregistrement de ce disque. Sur Pride, par exemple, vous semblez avoir effectué beaucoup de recherches solitaires, notamment en matière de percussions. Contrôlez-vous également cela quand vous enregistrez avec le groupe, ou est-ce différent ?

Les musiciens du groupe sont vraiment excellents, nous jouons ensemble depuis la tournée de Pride, ensuite on a fait ensemble l'album To Willie, maintenant on travaille sur celui-ci. On est devenu réellement bons et complémentaires en jouant ensemble. Ceci étant dit, quand vient le moment d'entrer en studio, j'ai tendance à avoir une idée en tête très spécifique de ce que je veux avant d'enregistrer, une idée qui se précise pendant l'enregistrement.

Aviez-vous également ce genre de contrôle et de vision des choses sur to Willie?

Je l'ai également enregistré et arrangé mais je n'écrivais pas les parts pour les autres. Le guitariste, le bassiste et le batteur sont assez bons pour cela.

Comment est-ce que cela se passe alors ? Est-ce de manière traditionnelle, en répétition, vous construisez les titres ensemble?

Non en fait c'est plutôt ainsi : j'enregistre les pistes de base, les miennes, et ils viennent en studio et ajoutent quelque chose.

Comment les reprises de Willie Nelson ont-elles influencé l'album à venir de Phosphorescent?

En fait, à l'heure actuelle, au moins deux des titres de l'album à venir sont vraiment marqués par Willie Nelson, tant au niveau de l'écriture des paroles que de la musique. Je ne sais pas comment ils sonneront au final, mais il me semble évident qu'ils ont été écrits sous influence.

Vous dégagez beaucoup d'énergie et d'enthousiasme sur scène, vous sentez vous plus proche de Phosphorescent comme un groupe, ou de Phosphorescent comme un 'one-man band' ?

Je pense que les concert ouvrent un nombre énorme de possibilités. Vous ne pouvez pas revenir en arrière, vous n'avez pas la même pression, vous pouvez vous laisser aller, et je me sens à l'aise avec ces nombreuses portes ouvertes qu'offre la scène, mais je ne pense pas l'être assez encore pour transcrire cela en album, peut-être que prochainement je pourrai travailler sur ce mode également en enregistrement. Le fait est que les concerts sont très ludiques, plein d'énergie, communicatifs, tandis que généralement, quand je m'installe pour écrire un titre, je suis d'humeur relativement sombre et triste. Il s'agit donc de deux positions différentes.

Vous abandonnez la guitare sur certains de vos titres en concert, pour ne vous consacrer qu'au chant...

Oui, c'est la confiance envers les autres membres du groupe qui me permet de me délester de la guitare. Le fait d'avoir un bon groupe derrière est très libérateur, j'apprécie réellement d'être uniquement chanteur. Phosphorescent peut fonctionner de toute les manières, en solo, a deux, trois, quatre, cinq, nous avions même à une période une section avec quatorze personnes. Donc cela fonctionne de bien des manières.

Quand avez-vous abandonné l'idée de jouer en concert entouré dans des guirlandes lumineuses ?

En fait nous n'avions fait cela que sur une petite vingtaine de dates, je ne voulais pas le faire plus longtemps, mais beaucoup de personnes nous ont filmés, et beaucoup semblent avoir l'impression que nous avons tourné dans ces costumes pendant des années. Je dois admettre que c'était une très belle veste lumineuse.

Quelle est pour vous la différence lorsque vous tournez en Europe, par rapport à vos nombreuses tournées américaines?

L'Europe nous convient toujours très bien. Particulièrement sur cette tournée. La différence principale pour nous réside en ceci : la musique de Phosphorescent est principalement basée sur les paroles, et je ne suis pas sûr de cela, mais il me semble qu'une partie de cette énergie est perdue, parce que cela va probablement trop vite pour être totalement compris. Une partie du caractère poétique est plus difficile à communiquer, mais peut-être que je me trompe. Dans ce cas, il est probable que la musique vienne alors en premier, et ensuite seulement les paroles. Pour moi c'est différent. Dans mon approche des titres, les paroles ont toujours été primordiales.

Est-ce la première fois que vous jouez à Paris avec le groupe?

Oui, je n'ai fait que des concert solos ici pour l'instant.

Interview préparée et réalisée par Vincent B., Photos: Elodie Lavoute.

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