Wye Oak

Baltimore rules

» Interview

le 10.08.2009 à 06:00 · par Eric F.

Comment est né Wye Oak ?

Andy et moi étions amis et jouions dans des groupes depuis déjà pas mal d'années. Tout ça s'était arrêté quand nous avons déménagé dans d'autres villes pour nos études, mais une fois revenus à Baltimore nous étions très motivés à l'idée de relancer tout ça. On était si anxieux en même temps que nous n'avons pas pris la peine de chercher d'autres membres pour le groupe, c'est pourquoi nous jouons en duo. Nous pensions que ça ne durerait pas très longtemps et que nous devrions rapidement ajouter d'autres gens. On était loin de se douter...

Qu'est ce qui vous a poussé à former des groupes ? Quels étaient vos objectifs ?

Notre seul but à l'époque était de pouvoir jouer les chansons que nous écrivions depuis des années. On a commencé ce disque comme un projet et nous espérions le donner à quelques gens pour lier des amitiés et collaborer avec d'autres musiciens de Baltimore. Ce projet est au final devenu If Children, mais nous nous ne attendions pas à ce que ce disque devienne plus qu'une démo améliorée à vrai dire.

Avez-vous toujours joué en tant que duo ? Si oui, avez vous déjà pensé à rajouter quelqu'un ?

Notre premier concert a été joué en trio, avec un ami à la basse. Il a ensuite déménagé en Inde pour étudier la cithare. C'est Andy qui a eu l'idée de notre configuration sur scène où il joue de la batterie et les lignes de basse au clavier simultanément. J'étais loin d'être convaincue... mais il m'a donné tort. A ce niveau, je considère notre façon de jouer live comme une partie intégrante du processus d'arrangement, mais aussi d'écriture. C'est un défi intéressant que d'essayer de dépasser les limites que cela implique et nous n'avons toujours pas l'impression que nous avons épuisé les options possibles. quand ce sera le cas, nous penserons sûrement à intégrer quelqu'un/quelque chose de nouveau.

En tant que couple, est-ce plus difficile pour vous de préserver votre intimité ? Beaucoup de gens semblent vouloir lire dans vos vies à travers les paroles. Jusqu'à quel point sont-elles autobiographiques ?

J'essaye de faire la part des choses entre le fait d'être honnête avec les gens et celui de fixer mes propres limites pour ma vie privée. Beaucoup de groupes "couples" semblent aller vers un des deux extrêmes (en refusant d'évoquer le sujet... ou en faisant le centre d'intérêt de leur image publique). Je pense qu'on peut trouver un juste milieu raisonnable et c'est là où je me sens le plus à l'aise. Quant aux paroles, j'aimerais croire que j'écris sur les autres autant que j'écris sur moi. Une grande partie des paroles sont effectivement autobiographiques mais je pense qu'elles sont assez ambiguës pour qu'on ne puisse pas voir quelles paroles viennent de ma perspective et lesquelles viennent d'autres origines.

Y a-t-il une situation que vous préférez pour écrire vos morceaux ?

Un endroit calme et privé est essentiel. On n'écrit donc presque rien en tournée.

Bien que vous soyez un duo, vous ne vous êtes jamais approché du cliché qu'est devenu le côté blues heavy. Ca n'est pas trop compliqué de recréer les textures du disque sur scène ?

C'est un véritable défi et il y a d'ailleurs des chansons sur nos disques qui ne passent pas sur scène. J'adore pouvoir arranger et orchestrer une chanson en studio virtuellement sans limites mais je crois aussi fermement que le meilleur test pour reconnaître une bonne chanson est de la jouer dans sa plus simple expression. A priori toutes nos chansons ne sont pas bonnes...

Est-ce que vous trouvez parfois difficile de "remplir" la scène sur laquelle vous jouez ?

Physiquement ? Oui, je suppose... A vrai dire, ça dépend de la taille de la scène. On a beaucoup de matériel. Il se peut que les gens pensent qu'on peut tenir sur une aiguille à coudre parce qu'on est un duo. Et nous arrivons alors avec l'équipement d'un groupe de quatre personnes. Héhé.

Comment décrirais-tu Wye Oak en quelques mots à une personne qui ne vous connaît pas ?

Deux jeunes dans leur vingtaine un peu maladroits et dépréciatifs de Baltimore.

Yo La Tengo revient souvent dans les descriptions que les gens font de votre musique. Quels autres groupes vous ont influencé ?

C'est plutôt flatteur. nous sommes évidemment fans de ce groupe qui est un parfait exemple quand il s'agit de parler de carrière impressionnante. Honnêtement, je trouve moins d'inspiration dans des groupes que chez des songwriters comme Bill Callahan, David Berman, Kurt Wagner ou Cass McCombs qui sont des gens que j'admire vraiment... Tout cela d'un point de vue contemporain. J'hésite un peu à remonter plus loin dans le passé.

Quels sont les cinq albums que tu écoutes le plus en ce moment ?

Dirty Projectors - Bitte Orca ; Bill Callahan - Sometimes I Wish We Were An Eagle ; Height - Baltimore Highlands ; Sharon Van Etten - Because I Was In Love ; MIA - Kala (at the gym- bam!)

Bien qu'ils ne soient musicalement pas très proches vous semblez très liés avec des groupes comme Arbouretum ou Pontiak Avez-vous déjà songé à apporter une touche plus psychédélique à votre musique ?

Nous sommes très amis avec ces deux groupes et j'admire énormément leur musique. je suis très inspirée par le groupes de Baltimore mais pas dans le sens où j'essaie de sonner comme eux. Je suppose que je cherche une musique qui soit honnête et quand je la trouve, ça me pousse à en faire selon mes propres définitions. Heureusement, je découvre constamment de nouveaux groupes excitants à Baltimore qui font une musique intéressante, excitante et puissante.

La communauté musicale à Baltimore semble très soudée. Peux-tu nous la décrire ?

C'est étrange, sans avoir regardé tes questions à l'avance j'ai l'impression d'anticiper la question suivante à chaque réponse...

Je crois que la meilleure chose à propos de Baltimore (dont je n'ai pas encore parlé) c'est que c'est une ville très variée. Il y a plein de genres différents qui se mélangent parce que la scène locale est très réduite et proche. Je me sens chanceuse d'être entourée par plus qu'un seul "son" ou "scène". Ca t'aide à réfléchir.

Je me trompe peut-être mais j'ai l'impression que The Knot n'est pas aussi intense soniquement qu'If Children. L'ensemble me parait plus cohérent. If Children m'a plus donné l'impression d'un catalogue des styles musicaux que vous appréciez tandis que The Knot est plus personnel. Considères-tu ce disque comme un pas en avant ?

C'est amusant car l'enregistrement a été beaucoup plus intense, héhé. Mais oui, c'est vrai, je pense que cet album a été un pas en avant pour nous de bien des façons. Il y a beaucoup plus de cohérence dans la thématique, en grande partie parce que les chansons ont été composées en moins d'un an, contre plusieurs années pour le premier album. Ca me semble logique qu'il y ait plus de cohésion. Je pense que The Knot est plus subtil au niveau des arrangements bien qu'on ait fourni une tonne de travail pour cela. J'étais constamment frustrée de n'avoir que If Children pour nous représenter et je suis vraiment satisfaite d'avoir un disque que je trouve plus révélateur du type de groupe que nous sommes en ce moment.

J'imagine que vous ne vivez pas de votre musique, mais The Knot est sorti peu de temps après If Children. Quelle place tient la musique dans votre vie quotidienne ?

Le groupe domine nos vies en ce moment. Ce qui est génial. Cependant, les gens ne se rendent pas forcément compte à quel point il faut mettre des doses de travail (comprendre : on ne rigole pas vraiment) pour que le vaisseau continue de flotter. On passe énormément de temps à des occupations liées au business. On se soucie également beaucoup de l'argent (ndlr : un titre de The Knot évoque cet aspect, Talking About Money). Il est pourtant bien évident que ça en vaut la peine. Je ne voudrais pas que ma vie prenne n'importe quelle autre direction. On a beaucoup de chance d'être un duo... Ca serait encore plus dur si on était cinq dans le groupe.

Toutes les chroniques que j'ai pu lire sur The Knot affirment que c'est un meilleur disque que le précédent. Est-ce que cela vous met de la pression pour le prochain album ?

Je pense que nous sommes juste contents et soulagés d'avoir cette nouvelle représentation de nous-même disponible. Ca nous a pris deux fois plus de temps pour en arriver là (il aura fallu presque un an et demi pour que Merge ressorte If Children après qu'on l'ai terminé). On va faire beaucoup de concerts et prendre notre temps avec les nouveaux morceaux. J'écris à nouveau et je suis très excitée par ce qui nous attend.

Avez-vous des projets après vos tournées en Europe et aux Etats-Unis ?

On va probablement jouer jusqu'aux vacances de Noël avant de prendre une bonne période de repos pour voir nos familles et nos proches.

Puisque vous allez bientôt jouer à Paris, y a-t-il un message que tu voudrais donner au public ?

Obama a été élu la dernière fois où nous avons joué à Paris. La salle où nous étions a organisé une fête géante pour célébrer l'évènement. Donc, Paris, merci d'avoir donné à ces deux américains en goguette une saine dose de camaraderie pendant une période solitaire !

Si tu veux rajouter quelque chose...

Merci pour votre intérêt !

Retour haut de page

Photo Interview Wye Oak, wyeoak

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.