Six Organs of Admittance

La terre analogique

» Interview

le 07.12.2009 à 06:00 · par Vincent B.

Notre première question porte sur l'origine du nom "Six Organs Of Admittance", sa signification.

C'est un terme bouddhiste. Relatif aux cinq sens et leurs limites.

L'année 2009 fut très productive pour Six organs of admittance. Vous avez sorti trois albums (RTZ, Luminous Night, et Empty The Sun). Quelles sont les raisons de cette productivité effrénée ?

Je n'avais rien sorti pendant environ deux ans et tous ces projets sont simplement sortis à des intervalles très proches. RTZ était par exemple un travail assez ancien, qui ne nécessitait quasiment aucun temps de travail, excepté le remixage et le mastering. Beaucoup de personnes me parlent de cette productivité. Mais il y a tellement de groupes qui sortent plus d'albums que moi. Des groupes comme Ducktails, par exemple. Si vous comparez aux musiciens jazz, cette fréquence n'a rien d'exceptionnel. Je pense que les gens comparent cela à la pop où les groupes sortent des albums tous les deux ans. Prenez Sun Ra. Comparé à quelqu'un comme ça, cela n'a rien d'extraordinaire, c'est juste normal.

Vous semblez être particulièrement attaché à l'idée de faire de belles éditions de vos albums, Je pense au triple vinyle de RTZ ou au projet de livre album de Empty The Sun. Faut-il voir ici une forme de réaction au déclin de l'industrie du CD ?

Ce n'est évidemment pas une visée commerciale qui me pousse à cela. J'ai toujours écouté des vinyles. Et j'en écoute toujours, il est vrai que je n'achète pas de CD.

Considérez-vous que vous avez deux types d'albums ?

Oui, il est évident que certains fonctionnent plus comme des projets d'une traite et d'autres nécessitent plus de temps. Ce sont des idées différentes auxquelles correspondent des réalisations différentes de disques.

Comment est née l'idée du projet du livre album Empty The Sun, et comment avez-vous procédé pour réaliser ce projet ?

C'est un ami, Joseph Mattson, qui a écrit le roman. Il m'a tout simplement appelé et m'a demandé si j'étais intéressé pour faire une bande-son pour le livre. Je lui ai demandé de me l'envoyer. Nous en avons discuté, j'ai commencé à travailler dessus. Il a réécrit ensuite des parties du livre pour l'adapter à la bande-son. Les deux fonctionnent vraiment ensemble. Certains titres de la bande-son font leur chemin à l'intérieur du livre quand vous le lisez. Il s'agit vraiment d'un ensemble. Il y a énormément de références croisées entre la musique et le texte. Par exemple, le titre Roll the stone est une reprise du groupe Epic Soundtrack. Dans le livre, quelqu'un écoute cette chanson. Les deux sont vraiment connectés et faits pour fonctionner ainsi.

Vous êtes le membre fondateur et le seul membre récurrent de Six organs. Vous changez souvent de musiciens. Tournez-vous avec les mêmes musiciens que sur votre précédente tournée, celle de Shelter from the ash?

Oui, il y a juste un musicien de plus qui joue de la guitare baryton. Je joue toujours avec Elisa (Elisa Ambrogio de Magik Markers, NDLT) à la guitare et Ian à la batterie.

Avez-vous fait une tournée avec les musiciens, nombreux, qui jouent sur Luminous Night ?

Nous avons fait un concert à Seattle, notamment avec un joueur d'alto. On a tourné un peu en Californie avec cette formation. Mais je n'ai jamais essayé e reproduire en concert le son d'un disque. C'est impossible, il y aura toujours quelque chose de manquant, au mieux il s'agira de reproduction, mais pas de création. J'ai toujours envisagé les concerts comme une chose très différente des albums.

Prenez-vous part à la production de vos albums ? Travaillez-vous avec l'aide d'un producteur ?

Généralement non, généralement je fais les choses par moi-même. Sauf pour Luminous Night. Randall Dunn est un bon producteur, et c'est lui qui s'est occupé de la production de l'album. Il a énormément d'idées. Il a produit Sun City Girls, le dernier album de Sunn o))), Monoliths & dimensions. Il fait également le son de Sun o))) et a produit beaucoup d'albums pour le label Southern Lord. J'aime sa manière de produire. C'est la première fois que je laisse quelqu'un s'occuper de cela. D'habitude je m'en charge.

Pour les morceaux arrangés sur Luminous Night, avec d'autres instruments que les guitares, comment avez-vous procédé ?

Les pistes sont généralement toutes pré-enregistrées à la guitare acoustique, et ensuite certaines parties sont rejouées par d'autres instruments, puis on retire la piste de guitare, afin de voir comment cela sonne sans. Certains musiciens préfèrent improviser, il y en a un peu sur l'album, mais une bonne partie est doublée a partir des pistes pré-enregistrées à la guitare.

Il y a un titre qui semble entièrement électronique, Cover Your Wounds With The Sky. Vous êtes-vous occupé vous-même des parties électroniques ?

Oui. C'était un truc assez dingue. Mon idée pour ce titre était de partir d'un son digital générique, le plus basique possible, et de faire lentement intervenir des procédés analogiques. Cela a donc commencé avec des instruments complètement digitaux, sur Garage Band (un programme de son basique et ludique, NDLT) , en jouant juste une note. J'ai ensuite transféré cela sur Cubase (un programme de son professionnel, NDLT), qui a beaucoup d'effet VST et je suis intervenu sur ce son de départ en le modifiant très violemment avec des effets VST. La première étape était donc un son générique qui n'avait rien à voir avec l'humain, la seconde était toujours une étape qui passait par un ordinateur mais qui nécessitait une plus grande intervention humaine. J'ai ensuite pris ce résultat et je l'ai transféré sur un 4-pistes à bandes, sur une cassette. On passe donc du digital de base au digital humain, de ce digital à l'analogique humain, en raison du 4-pistes et des interventions dessus. La dernière étape était l'étape analogique sans intervention humaine. Pour cette étape j'ai pris la bande et je l'ai enterré dans le sol, à Seattle, pendant deux mois. On a ensuite lavé la bande, on l'a installé dans une nouvelle cassette, et on la ensuite mis la cassette à 4 pistes dans un ampli sunn-model t. Un ampli énorme. Et nous l'avons joué aussi fort que possible là-dessus. Et c'est ce résultat qui constitue la partie électronique du morceau, sur laquelle j'ai également joué du piano et des synthétiseurs.

Admettez-vous qu'il y a un caractère spirituel dans votre musique ?

Je ne sais pas. Chacun peut l'interpréter comme il le souhaite.

Quel type de musique écoutez-vous ? N'y-a-t-il pas une part de musique religieuse que vous écoutez?

Non, pas vraiment. J'écoute beaucoup de musique électronique, et des bandes-sons de film. Les bandes-sons de films de Jodorowski, des choses comme ça.

Écoutez-vous de la musique ethnique ?

Oui, un peu, surtout les collections du label Sublime Frequencies (label de Seattle, qui produit films et musique d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient, NDLT).

Sentez-vous que vous appartenez à une scène musicale, ou vous considérez-vous comme indépendant ?

Les gens ont tendance à penser que je ne me sens proche d'aucune scène musicale, mais je me sens proche de pas mal de groupes, une certaine scène du Massachusetts, des groupes comme The Believers, Matt Valentine, Magic Markers, le groupe dont Elisa vient. Certaines personnes avec qui j'ai beaucoup joué sur la côte ouest.

Qu'en est-il des groupes signés sur Drag City?

Je les connais assez peu, juste des tournées et de dates partagées.

Trouvez-vous qu'il y a une différence entre le public américain et le public européen ?

Oui, les gens semblent plus attentifs ici. Les gens aux USA sont plus dispersés. Y tourner peut s'avérer parfois assez rude.

Y a-t-il une raison à la récurrence des cercles sur les pochettes de vos albums, notamment sur le dernier, Empty The Sun, mais aussi sur Luminous Night et School Of The Flower ?

C'est amusant car pour le dernier album, j'ai juste réalisé après l'impression qu'il ressemblait à School Of The Flowers. Je ne l'avais pas dessiné, quelqu'un s'en était occupé. J'avais regardé d'un œil distrait le design et je l'avais approuvé, et quand le disque a finalement été imprimé et que le graphiste me l'a montré, je l'ai regardé et je lui ai dit « attends une minute... ». Et lui de me répondre : « Mais tu m'as dit que c'était OK ! ». Sinon, c'est évidemment une sorte de soleil qui revient dans les illustrations des albums.

A propos de l'utilisation que vous faites de votre voix, il semble qu'il y ait eu un changement depuis vos premiers albums, où la voix était utilisée comme un instrument, et les plus récents, ou elle est utilisée comme une voix, en dominant le reste.

J'ai l'habitude de faire des pistes multiples pour les voix, pour la raison simple que je ne suis pas un très bon chanteur. Quant à ses différentes utilisations, j'ai également remarqué cela, mais il n'y a pas de raison particulière qui expliquent ces changements. Je pense que c'est cyclique et que je reviendrai aux utilisations que j'en faisais avant.

Vous semblez être intéressé particulièrement aux vidéos, à en juger par vos clips.

J'ai un ami, Cam Archer, qui finit en ce moment un long métrage (Shit Year, NDLT), et a réalisé de nombreux clips (pour Xiu Xiu, Current 93, Pantaleimon, Tren Brothers, NDLT). C'est un ami très proche, Il fait de très bonne vidéos. Du coup je lui demande systématiquement de me faire une vidéo à chaque album. Pour la vidéo de Shelter From The Ash, par exemple, il a conduit près de 500 miles dans le désert pour la tourner, tout seul. Il a fait cela avec son ordinateur, en le branchant sur l'allume-cigare. Seul avec son ordinateur. C'était un clip au budget très serré (rires). Mais il a fait un super travail.

Avez-vous une idée de ce que vous allez faire par la suite, une idée claire de ce vers quoi vous voulez aller, musicalement ?

Je pense que j'enregistrerai le futur album de Six Organs à la maison, car je crois avoir été aussi loin que je le voulais avec les possibilités de studio sur Luminous Night. Mais je ne sais pas si je le ferai seul ou d'une autre manière. En fait j'ai une sorte de deuxième groupe maintenant. Avec Richard Bishop, de Sun City Girls, et Chris Corsano qui est un batteur incroyable. Il est donc probable que je concentre mes activités sur ce trio l'année prochaine et que je donne un break à Six Organs Of Admittance.

(Interview réalisée avec Jean-François R. Photos: Jean-François R. ).

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