Retribution Gospel Choir

Du spirituel dans l'art

» Interview

le 13.03.2010 à 06:00 · par Vincent B.

Comment est né le projet Retribution Gospel Choir ? Comment en êtes vous venus à faire de la musique ensemble?

Alan Sparhawk : J'ai vu ces types (Steve Garrington, le bassiste, et Eric Pollard, le batteur - NDLT) jouer dans d'autre groupes, ici et là, et au fur et à mesure on en est venus à se connaître. Une opportunité est venue de donner un concert, et j'ai pensé : « Peut-être que je peux faire quelque chose avec eux, construire quelques titres, ou faire des reprises », parce qu'ils m'inspiraient et que je pensais que cela pouvait donner quelque chose.

Quel est la signification du nom du groupe, Retribution Gospel Choir?

A.S. : C'est une sorte de jeu de mots: Aux États-unis, très souvent vous voyez des groupes en tournée avec des noms du type « Bethleem Gospel Choir », ou d'autres noms de ce type, et on voulait jouer avec ça.

Pourquoi Retribution, alors?

A.S. : J'aime ce mot, « Rétribution », il a ce sens spécial, de rendre quelque chose de perdu, ou de rendre quelque chose que pour une raison ou une autre vous avez mis de côté. Mais en même temps ce mot est un mélange de deux mots. « Retribute », a pour moi ce sens-là : ré-établir, vous ré-établir sur un chemin que vous savez être le bon, quand vous comprenez que vous vous en êtes éloigné. Vous ramener à quelque chose que vous savez être bon pour vous. Mais il y a également la sonorité de ce mot. Une sorte de sonorité pleine d'espoir, et en même temps pleine de douleur.

Quel est votre rapport à la religion? Vous aviez l'habitude de jouer dans des églises avec Low... Vous prenez maintenant ce nom en référence aux chœurs religieux...

A.S. : J'ai joué dans des églises car ce sont des endroits assez uniques pour jouer, avec une acoustique qui n'existe pas ailleurs. Il y a une sorte de dette envers ces lieux. Je n'ai jamais été effrayé à l'idée d'écrire des textes qui puissent avoir une signification spirituelle ou religieuse, mais ce n'était jamais intentionnel. Je pense que tout le monde vit sa vie, à essayer d'être bon, à tenter d'être une meilleure personne, et tout le monde sait ce que c'est que d'aimer quelqu'un ou de perdre quelqu'un. Et écrire ou chanter sur de tels sujets n'est pas nécessairement religieux. Le spirituel et la religion, cela a à voir avec à peu près tout ce qui nous entoure. Cela a à voir avec des choses aussi simples que cela : « Pourquoi vous êtes-vous levé ce matin ? », « Comment vous vous sentiez vis à vis de vous même en allant vous coucher ? », « Envers quoi/qui êtes vous reconnaissant ? ». Honnêtement, je trouve idiot le fait de penser que l'on a rien à voir avec la religion.

Pour revenir à votre nouvel album, « 2 ». il y a une grande différence entre le son de cet opus et celui du précédent.

A.S. : Oui, je pense que cela est lié au fait que nous avons pas mal tourné entre les deux albums, nous avons trouvé notre voie en quelque sorte.

Avez-vous composé les titres pendant vos tournées?

A.S. : Non je n'écris pas beaucoup en tournée. Pour cet album on a eu aussi beaucoup plus de temps, plus de contrôle sur la manière de l'enregistrer, sur le mixage qui était aussi très différent.

Oui, justement, l'album est mixé par Matt Beckley… qui est connu pour avoir mixé les albums de Britney Spears et Paris Hilton

A.S. : Oui. Je connais maintenant Matt depuis six ou huit ans, il est un bon ami ; et j'ai toujours su qu'il travaillait dans la grosse industrie musicale. Je me souviens l'avoir découvert en l'appelant un jour, lui demandant ce qu'il faisait. Il me répond : « Je suis à Las Vegas, j'attends Britney Spears qui doit arriver en studio... » En apprenant à le connaître, j'ai aussi découvert son sens musical. Et j'ai pensé : « Si on donnait nos pistes à quelqu'un qui sait comment s'en sortir avec à peu prêt tout, mais qui est également suffisamment pervers pour utiliser la liberté que vous lui donnez pour utiliser ses outils en faisant quelque chose de bien... »

Vous lui avez donné la liberté totale sur le mixage?

A.S.: Oui, bien sûr, on lui a donné les pistes, il a travaillé d'abord seul dessus, et on a fini le mix avec lui. Le premier album était beaucoup plus monté, tout simplement car nous jouions moins bien

E.P.: Oui, on était à peine un groupe à ce moment là...

Votre premier album était enregistré par Mark Kozelek, de Red House Painters. Il n'est pas intervenu dans le second. Il y a même eu une période ou il jouait avec vous.

A.S. : Oui, on a fait une tournée avec lui. Concernant le premier album c'était un encouragement de sa part. Il nous disait : «Venez à San Francisco, je vous enregistre, je sors votre album ».

Concernant le processus d'écriture, je suppose qu'il y a certaines différences entre les titre de Retribution Gospel Choir et ceux de Low. Qu'est ce que cela vous fait d'écrire des chansons pour deux groupes différents. Gardez vous certaines idées pour Low et d'autres pour Retribution Gospel Choir?

A.S. : Oui, les choses gravitent et s'orientent à un certain point vers l'un des deux projets. Mais j'essaye de ne pas trop penser à cela. Il m'arrive d'essayer quelque chose avec Low, et cela ne fonctionne pas, et je tente une nouvelle fois avec Retribution Gospel Choir. Quelquefois c'est l'opposé.

Il y aune grosse différence, notamment au niveau du jeu du batteur, entre les deux formations.

A.S. : Et bien, j'ai toujours été avec Mimi (Mimi Parker, femme d'Alan Sparhawk, qui joue notamment les parties de batterie dans Low - NDLT). Elle et moi, nous avons un son qui ne peut arriver qu'avec nous deux. Et cela a probablement plus à voir avec elle qu'avec moi. Et de la même manière, avec ce groupe, nous avons un son qui n'arrive qu'avec nous trois. Quand je joue, je réponds, ou essaie d'aller là ou les autres m'emmènent. C'est du type: « OK, où a-t-on envie d'aller ? »

Les batterie de Retribution sont très puissantes...

A.S. : C'est une personne différente, et à personne différente, règle différente. Je ne dis pas que je dois me sentir dissemblable selon les personnes avec lesquelles je joue, mais c'est une résultante de l'endroit ou je me situe, au moment où je joue.

Depuis les débuts de Low, avec I Could Live In Hope, jusqu'au récents albums, il y a de plus en plus de puissance dans le son, et encore plus avec Retribution.

A.S. : Je ne sais pas, peut-être que je me sens plus confortable avec cette énergie. Avec Low, nous avons à chaque fois essayé de pousser des choses vers leur limites, en se demandant jusqu'où on pouvait aller dans une voie, si nous pouvions nous diriger vers une extrémité que nous pouvions explorer, ou même casser. Et... je ne sais pas, je ne suis pas sûr que cela soit en relation, mais pour moi, on reste dans la continuité de cette nouvelle limite à pousser. On se pose la question: « Où est la falaise sur laquelle nous devons sauter, afin de savoir ce qui arrive ensuite ?» Je crois que j'essaie de me pousser, dans ce sens. Mais encore une fois, cela nous ramène à la question des personnes qui m'entourent à ce moment.

Vous connaissiez vous depuis longtemps avant de commencer à jouer ensemble?

E.P. : Je connais Steve depuis huit neuf ans, et Alan depuis environ six ans.

Les gens ont souvent considéré que Low était le groupe le plus lent du monde... Est ce que cela a influencé votre manière de jouer?

A.S. : Je ne sais pas, peut-être, mais je crois que je ne me suis jamais posé la question en ces termes. Je suis simplement un musicien qui joue constamment et qui essaye de trouver où se trouve la vraie voie.

On sent un vrai plaisir quand on écoute vos albums, avec des choses que l'on n'a jamais entendus chez Low tels les solos de guitare, ou solos de batterie.

A.S. : Je pense que si j'avais voulu être indulgent, cela aurait été encore bien plus extrême. Nous ne somme ni extrêmement rapides, ni extrêmement bruyants. Je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de contraire à Low là-dedans. Évidemment, quand nous jouons, je me rends compte des différences ; la pièce tremble, réagit différemment. Il en va de même concernant les guitares, et le fait de chanter. On ne chante pas de la même manière quand il y a énormément de son autour. Je chante plus fort, c'est un nouveau challenge. Avec Low c'était une affaire de tonalité, de hauteur, et de voix chuchotées, maintenant la question serait plutôt: « Jusqu'à quel volume je peux chanter cela ? ». C'est un challenge intéressant, et quand cela fonctionne, c'est à la fois excitant et drôle. Les sons de guitares que je fais sont excitantes, parce que je sais que je ne vais pas les jouer avec Low, sans que pour autant je me dise: « Génial, je peux enfin m'échapper de ça !». C'est plutôt comme si je jouais d'un nouvel instrument, comme si je le redécouvrais en réalisant que je n'en connaissais qu'une moitié auparavant.

Sur le titre « Something Is Going To Break », qui commence avec un son sali, une résolution volontairement faible, une sorte de Lo-Fi au vrai sens du terme, et qui termine avec une production et un son extrêmement léché, très produit, très propre. Était-ce une manière de résumer l'évolution du groupe ?

A.S. : Je ne pense pas que nous l'ayons fait pour des raisons aussi précises. Math essayait de trouver un moyen d'arranger nos titres. En concert, on entre dans le son, progressivement, et à un certain moment on commence à jouer le morceau. Pour le disque, cette méthode nous semblait la plus apte à créer la dynamique du titre. C'est clairement le titre avec lequel nous avons été le plus extrême.

E.P. : Oui, comment faire un titre de la manière la plus dynamique possible, et comment le présenter aux auditeurs

A.S.: Pour moi, ce titre peut être joué d'un million de manière différente, ce que l'on fait en live. Pour l'album, nous nous sommes concentré sur cette interprétation.

Jouez vous toujours avec Black Eyed Snake?

A.S. : Oui, on a joué à Duluth pour la soirée du nouvel an.

Vous semblez à ce propos très attaché à Duluth.

A.S. : C'est une petite ville, mais qui a de très bon groupes

Vous connaissez Charlie Parr?

A.S. : Évidemment. C'est un très bon ami. C'est lui le « prof ».

Quel genre de musique écoutez vous?

A.S. : On écoute énormément de choses, on est captivé par beaucoup de musique. Les musiciens du groupe connaissent énormément le jazz, et le batteur connait mieux Grateful Dead que moi.

E.P.: Mieux que pas mal de personnes...

A.S. : On écoute beaucoup de reggae en ce moment

E.P.: Oui, le reggae. Enfin c'est surtout moi et Alan, on en écoute tout le temps, et Steve est le bassiste, alors il accepte le bombardement constant de reggae

Sérieusement ? Vous pensez que l'on sentira cela sur votre prochain album?

A.S. : Oui. Dans le passé on a fait quelques remix, des ep de tournée, des remixes drum'n'bass. On aime beaucoup le dubstep, et on est des grands fans de reggae, il y a des titres et des mélodies très bons. Je pense que c'est une excellent manière de se concentrer sur la perception que l'on a de la musique. Cela m'a permis de pénétrer la musique d'une nouvelle manière, une manière que je n'avais pas enfant. La perception musicale change et évolue avec le temps. Et l'écoute approfondie du reggae l'a permis pour la première fois de voir la musique d'une manière tri-dimensionnelle. Je ne sais pas si ce que je dis est compréhensible. Cela m'a permis de comprendre et d'entendre les choses différemment. Comprendre quand les choses fonctionnent, avec le rythme correspondant.

Dans une interview récente pour Millefeuille (à paraître), Shannon Wright me disait que vous étiez très proche. Vous lui avez dit qu'elle vous avait fortement influencé.

A.S. : Oui, Low a tourné avec elle pas mal de fois, il y a quelques années. Au moment ou elle jouait avec une guitare acoustique. À l'époque de Captain Of Quarantine. Elle est douée. Très douée. Deux ans après elle a commencé à jouer avec une guitare électrique et un batteur, et un bassiste, et elle est très étonnante comme guitariste. Sans doute l'une des guitaristes les plus spirituelles et à la fois les plus rock. C'est compliqué à expliquer. Elle joue avec des cordes extrêmement épaisses, ce qui est inenvisageable pour moi. Elle est une influence, et elle m'a ouvert l'esprit.

Est ce que votre dépression récente à joué sur votre évolution musicale?

A.S. : Je ne sais pas, je ne suis pas sur de cela. J'ai été le plus malade il y a déjà trois quatre ans. Chaque année j'ai le sentiment de pouvoir regarder en arrière, et de me rendre compte que j'ai gagné en confiance,que les choses sont sous contrôle. Mais je ne sais pas. Je ne suis pas sur. Je ne crois pas pouvoir tracer quoi que ce soit par rapport à ça. Je crois que j'ai toujours essayé de faire la musique la plus positive, la plus porteuse d'espoir, que je puisse supporter. J'ai toujours refusé l'idée que ma musique était dépressive. Je ne crois pas qu'elle soit déprimante en quoi que ce soit.

Il y a clairement une tristesse qui traverse votre musique...

A.S. : Je ne sais pas si c'est de la tristesse. J'essaye juste d'être le plus vrai possible.

E.P.: : Peut être que c'est a cause des accords en mineur...

A.S. : Je ne sais pas, peut être. C'est juste ainsi que la musique à toujours sonné le mieux pour moi.

Sur votre premier album, nous voyons une multitude de moutons. Sur le second, la couverture est une photo de blocs de glace, en multitude aussi

A.S. : Oui c'était la fin de l'hiver La glace se rompt, gèle à nouveau, et cela donne ce type de montagne de glace brisée. J'aime les grands espaces ouvert, et le fait de se perdre dans les perceptions de grandeurs et de petitesse.

Quand jouerez vous en France?

A.S. : Nous jouons en mars. (le 18 mars au Point Éphémère, NDLT). Avec Low nous jouerons aussi pour le festival Primavera.

Vous allez jouez The Great Destroyer là-bas. Pourquoi cet album ?

A.S. : On nous l'a demandé. Les organisateurs. Pour des raisons que j'ignore, c'est notre album de Low qui a le mieux marché en Espagne...

Vous préférez tourner en Europe ou aux États-Unis ?

A.S. : On aime l'Europe. Demandez à n'importe quel groupe américain, ils vous diront la même chose. A la base ça se passe mieux en Europe parce que... wow, en Europe, vous êtes payés mieux, vous avez des sandwiches pour le groupes ! Ils paient l'hôtel ! Si vous êtes assez populaires pour tourner en Europe, c'est tellement plaisant, les gens nous traitent très bien ici. Aux USA, la musique, et le rock en particulier, sont considérés comme des choses infantiles. C'est ce que font les gosses. Ce n'est pas considéré d'un point de vue artistique, pas au même niveau que les autre arts, même si les Américains sont les pires ignorants concernant l'art. En dehors des USA, les gens ont une meilleure perspective de ce qui est vrai, et de ce qu'est l'Art en général. En Europe vous avez été, pendant des centaines d'années, le centre artistique mondial, des siècles à être à l'affut de ce qui se passait autour, à découvrir et absorber de nouvelles choses pendant des millénaires. Aux USA, on a même pas eu deux siècles de création artistique. Cela fait une centaine d'années que les américains ont produit un art nouveau, un art folk, proche du peuple, et cette production diminue déjà. C'est une chose qui est très perceptible quand on vient en Europe. Bien sur, ici aussi les gens dansent et deviennent fous. Mais c'est accepté différemment. Pas comme un truc de gamin. Comme quelque chose qui est une part de l'humanité et de l'âme. On sent une audience qui dit « cette musique est la musique qui me bouge, qui me remue, dans ma vie ». La musique est respectée par la société, par les personnes, au même rang que n'importe chose qui puisse être perçue d'un point de vue esthétique.

En Europe, il existe encore ce rêve, pour les groupes, d'aller tourner aux USA.

A.S. : Oui, cela reste important, parce que les USA continuent à légitimer tout ce qui a un rapport à la musique. Est ce logique ou non ? On devrait peut être commencer à se poser la question. Je pense que sur les 15 dernières années, l' Europe a commencé a vraiment trouver sa voix. Et l'Amérique devient de moins en moins l'endroit ou l'on doit se trouver. Il y a plus de groupes français qui chantent en français, et qui commencent à se dire « pas besoin de jouer à New York pour être légitime ». L'Amérique a encore une forme pure d'art et de musique qui vient du peuple. Mais il sera intéressant de voir comment cela va évoluer. Beaucoup de choses sont en transformation. Économiquement, dans les attitudes sociales, en politique. Tout cela est très connecté.

Dans le dossier de presse, vous êtes présentés comme un groupe de sportifs. Est-ce ironique?

A.S. : Non, nous sommes vraiment en forme, nous courrons énormément (rires)

E.P.: : Moi et Steve, on joue au basket. Alan joue au football américain. On a demandé de médiatiser le fait que l'on soit si fort et si athlétiques (rires). Pour moi cela est très important, de s'exercer physiquement. Et je pense que souvent les groupes ne sont pas en bonne santé, et vieillissent prématurément. C'est bien de se sentir en forme. Vous voulez qu'on aille se faire un jogging ? (ils rient). J'ai peur qu'un jour on soit obligé de prouver tout ça... (ils miment les sportifs qui vont à un entrainement).

E.P: Oui il faudrait qu'on devienne un groupe de course à pied, ou mieux, de coureur de marathon. (rires)

Interview préparée avec Eric F.

Photos: Elodie Lavoute

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Photo Interview Retribution Gospel Choir, La perception élargie

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