Arcade Fire

+ Dinosaur Jr.

+ Mogwai

+ The Shins

Paris, Rock en Seine - 24.08.2007

» Compte Rendu

le 10.09.2007 à 06:00 · par Eric F.

L'accord était total : il allait bien falloir arriver à l'heure à Rock en Seine, histoire de ne pas louper la prestation de Dinosaur Jr, bizarrement programmée en quasi-ouverture. A peine l'entrée franchie que l'on nous tend un programme réactualisé : il semblerait donc que Rock And Roll passera avant J Mascis et sa bande. Le peu que l'on savait sur ce groupe parisien (sorte de réponse des Inrockuptibles à toute la clique "sponsorisée" par Rock'n'Folk) n'incitait pas vraiment à la confiance. Confirmation dès le début du set où le groupe exprime sa joie de jouer à paris... en anglais ! Jouant à fond la carte rock star, Rock And Roll n'a malheureusement pas les moyens de ses ambitions et manque cruellement de profondeur. Si c'est le genre de groupe dont on pourrait dire qu'il vaut mieux le voir dans un petit club, on doutera quand même qu'un changement de configuration aurait changé quoi que ce soit à ce fiasco. Les seuls bons moments de leur set, les Rock And Roll les auront livrés à leur corps défendant, comme ce magistral bide voyant le chanteur demander à la foule de faire du bruit (et n'y arrivant pas vraiment), avant de déclarer "Vous êtes trop énervés on va calmer le jeu", ou cette déclaration pitoyable en fin de set "On va en jouer une dernière parce que bon, on a des interviews à faire derrière" laissant ledit dernier morceau pendant d'interminables minutes. Voilà une nouvelle pièce à apporter au dossier déja bien fourni du rock parisien tendance et totalement plat. Espérons juste ne pas avoir à en prendre pour perpet'... Avec une telle entrée en matière, on se dit qu'on ne pourra pas faire pire (ce qu'on ne savait pas encore, c'est qu'on se trompait !).

Si Rodeo Massacre n'avait pas l'air mauvais sur la scène voisine, nous restons en place pour accueillir Dinosaur Jr. Ce qui aura valu le coup ne serait-ce que pour apercevoir la bouille complètement ailleurs de J Mascis débarquer sur scène, comme si celui-ci venait à peine de sortir du lit. Difficile de croire à cet instant qu'il s'agira bien du même homme qui nous balancera sa jazzmaster en pleine poire à l'aide de trois (!?!) amplis Marshall. Murph et Lou Barlow (qui a l'air dans une forme physique bien meilleure depuis sa dernière tournée solo) font conscieusement leur balance et on remarque les trois membres du groupe sont rarement en même temps sur scène avant le début du concert, et qu'ils ne communiquent absolument pas. Peu importe, tant tout cela s'envole dès les premières notes. Enfin presque. Le son aux premiers rangs est beaucoup trop appuyé sur les basses et il devient du coup presque impossible de reconnaître le morceau que Lou Barlow chante en ouverture. Le début du set sera quelque peu plombé par ce problème récurrent, qu'un repositionnement stratégique réglera presque. On pourra donc profiter du magistral Back To Your Heart de Lou Barlow avant que J Mascis ne prenne les rennes pour de bon. S'ensuivra alors un subtile dosage entre les morceaux que tout bon fan du groupe se doit d'adorer (Little Fury Things, Freak Scene, entre autres...) et de tout aussi réussis extraits de Beyond. S'il est toujours aussi inexpressif, J Mascis semble s'amuser, à en juger par les petits licks tres hillbilly qu'il exécute entre chaque titre pendant que Lou Barlow s'amuse en se moquant (gentiment) du public. Quoi que l'on puisse penser de la reformation du groupe, il est presque impossible de nier l'incroyable complémentarité de ces trois-là, comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Si le jeu de guitare de J Mascis impressionnera autant qu'il donnera parfois envie d'éclater de rire (ces effets stupides sur le Just Like Heaven de Cure, fallait oser !), il ne faudra pas pour autant oublier que Murph et Lou Barlow constituent une section rythmique plus qu'impressionnante, sûrement la plus à même de laisser Mascis partir dans ses délires. Il suffira pour s'en convaincre de regarder Lou Barlow s'acharner sur sa basse, à l'image d'un Mike Watt hors de controle. Son jeu de notes ne sera pourtant pas désagréable non plus, comme sur un Feel The Pain dynamique, qui n'a toujours pas pris une ride. Le final sera d'ailleurs dantesque avec un Sludgefeast tout bonnement renversant, dont le break fit l'effet d'un véritable tremblement de terre version audio.

Si une bonne partie du public aura quitté Dinosaur Jr avant la fin, c'est pour ne pas louper le début du concert de Mogwai. Heureusement pour nous, ceux ci auront attendu la fin du concert du trio d'Amherst pour se lancer. C'est donc au son de Yes ! I Am A Long Way From Home que nous arrivons devant la grande scène. Le groupe semble en forme ; d'où nous nous trouvons, nous ne pouvons qu'évaluer la puissance sonore qui règne aux premiers rangs. Malheureusement, les Ecossais décident de s'attaquer aux morceaux les plus atmosphériques de leur répertoire et le bel effet initial s'envole bien rapidement. Le coupable idéal, comme souvent dans ce cas de figure se nomme Barry Burns, tant l'utilisation du vocoder finit par devenir irritante (par exemple sur un Hunted By A Freak plutôt raté), sa voix nue, sur Travel Is Dangerous, étant plus convaincante, mais c'est le morceau qui manquera de corps. On a de là où on se trouve, la désagréable impression d'écouter un album du groupe où les guitares auraient oublié de se faire entendre. Même l'électronique I Know You Are But What Am I ?, d'ordinaire fort imposant sur scène, ne passera pas. Malaise. La fin du concert aurait dû nous faire oublier tout ça. Aurait dû. La faute tout d'abord à un 2 Rights Make 1 Wrong complètement tarabiscoté, victime d'une erreur complètement incompréhensible de John Cummings, dégainant la distortion beaucoup trop tôt et ne sachant plus quoi en faire par la suite. Alors oui, We're No Here aura été à la hauteur (il était temps) mais Glasgow Megasnake aura conclu le set d'une façon plutôt étrange, tant l'impression était grande que ce gros serpent la ne savait pas trop où il allait. Sans aucun conteste la pire prestation des Ecossais qu'il nous ait été donnée de voir. On leur donne rendez-vous dans quelques mois pour effacer ce bien triste souvenir... si le groupe ne s'est pas transformé en Air d'ici-là.

Déboussolé par ce ratage complet, et histoire également de se reposer des décibels de Dinosaur Jr, on se promène au gré du site du Parc de Saint-Cloud, vraiment très chouette et relativement épargné par la boue, avant la prestation des Américains de The Shins. Ceux-ci n'ont absolument rien de rock stars tant ils pourraient ressembler à nos voisins, mais possèdent avec James Mercer un des tous meilleurs songwriters sur le marché. Alors, OK, celui-ci ne paye pas de mine, n'a pas une présence scénique très développée (à l'inverse du guitariste Jesse Sandoval), mais il réussira tout de même la plus belle prestation du jour grâce à un parfait dosage des pépites de Chutes Too Narrow et Wincing The Night Away, les représentants d'Oh, Inverted World étant quasiment absents de la set-list. Visiblement heureux de donner son premier concert dans le cadre d'un festival français, The Shins "big-upent" les prestations du jour de Dinosaur Jr, Mia (quelque chose à voir avec les poses lascives de ses choristes ?) et bizarrement, de Mogwai. On ne se sera malgré tout pas embêté une seule seconde pendant ce concert où le groupe réussit à alterner entre ses fulgurances pop (Phantom Limb, l'incroyable final Turn On Me - So Says I) et des titres plus orientés vers les guitares acoustiques agrémentées d'une parfaite slide (Pink Bullets, Gone For Good) avec une facilité déconcertante. Alors oui, The Shins n'est pas vraiment un groupe de rock au sens traditionnel du terme, mais donne l'assurance d'assister à une prestation enthousiasmante, qui confirme largement tout ce qui peut être dit de flatteur sur le groupe aux quatre coins du globe, hype de Garden State ou pas...

Suite à ce concert qui flirta dangereusement avec le parfait, la question s'installa : allait-on lutter contre la fatigue pour assister à la prestation d'Arcade Fire ? Il faudra d'abord assister au concert de The Hives pour cela. Allez, pourquoi pas ? Deux minutes après l'arrivée sur scène des Suédois, et en particulier de leur horripilant chanteur, on sait qu'on a commis une erreur monumentale. Des chansons jouées à l'identique pendant un peu moins d'une heure, qui aura donné l'impression de durer des siècles et des speechs complètement vomitifs dudit chanteur après chaque titre ! "The Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiives, it's magic, The Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiives, mais oui mais oui french people, you like our rock'n'roll ? but of course you do !" et autres débilités profondes qui ne risquent pas d'inquiéter de si tôt Jon Spencer et ses dons de prédicateur rock n' roll. Ajouté au jeu de scène insupportable du guitariste-sosie de Rocco Siffredi (on aura facilement fait l'analogie entre sa façon d'exhiber sa guitare comme l'"acteur" italien exhibe son engin), ce concert aura véritablement pris des allures de calvaire. Du moins pour nous, la plupart des djeunz autour de nous semblant à fond dedans. Après une espèce de pseudo slow sirupeux et honteusement pompé aux heures de gloire Motown, The Hives nous fera souffrir pendant encore un titre, impossible à discerner des autres, bien entendu. Gros soulagement au coup de sifflet final. On ne préfere toujours pas départager cette "performance" de celle de Rock And Roll tant on aura tenu deux magnifiques vainqueurs...

C'est donc au moment où le soleil sera pratiquement parti au lit (après avoir béni cette première journée de festival de sa présence) qu'Arcade Fire fera son entrée en piste, sur une scène aux "couleurs" du monde du collectif canadien : entre autres leur fameux orgue, des néons-lampadaires... Les musiciens auront beau être toujours aussi nombreux, on notera quelques changements de personnel, avec entre autres l'absence d'Owen Pallet, parti faire voguer son projet Final Fantasy et désormais remplacé par deux cuivres. Ne comptez pas sur nous pour vous affirmer les différences que cela apporte au son d'Arcade Fire, tant ceux-ci furent très absents dans le mix. Cela n'aura pas semblé gêner le public, plus que nombreux devant cette grande scène, qui semblait plus qu'enthousiaste à l'idée de communiquer avec les Canadiens. Win Butler également, celui-ci racontant l'origine de la phrase créole inscrite sur sa guitare acoustique. Et la sauce prend parfaitement sur No Cars Go, plus que pimpant dans sa version "retravaillée" ou encore Neighborhood #2 (Laïka). Si les Canadiens n'ont rien perdu de leurs capacités, on ne peut s'empêcher de se dire qu'ils furent beaucoup plus imprévisibles lors de la tournée qui suivit Funeral. Peut-être est-ce dû aux salles de plus en plus grandes dans lesquelles le groupe doit se produire, ou bien à l'âge ou on ne sait quoi d'autre, mais Arcade Fire a bel et bien perdu son petit grain de folie qui en faisait un groupe tout aussi imprévisible que génial. Si on ne pourra en aucun cas parler du concert comme d'une déception, la tentation sera grande de le lier avec ce Neon Bible pas mauvais, mais terriblement en dessous de son prédécesseur. Depuis que l'on a entendu Calexico s'y essayer, même Ocean Of Noise sonne fade... Ce seront donc sans surprise les Neighborhood #1 (Tunnels), Neighborhood #3 (Power Out) (que le public sembla refuser de laisser mourir en reprenant le coda pendant de longs instants), ainsi que Wake Up livré en rappel, qui laisseront la plus belle impression. Et tout aussi incroyable que cela puisse paraître, à l'instar de nos voisins qui prirent un malin plaisir à se raconter leur vies, on se dit que finalement, Arcade Fire deviendra peut-être plus efficace comme groupe à écouter en bruit de fond. Mais peut-être que la fatigue nous aura joué des tours...

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Photo Concert Arcade Fire + Dinosaur Jr. + ..., Paris, Rock en Seine, le 24.08.2007

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