Dirty Three

+ José Gonzaléz

+ The Raveonettes

St Malo, L'Omnibus - 22.02.2008

» Compte Rendu

le 28.02.2008 à 06:00 · par Eric F.

L'arrivée dans un Omnibus plus que bien rempli pour cette troisième édition de la Route du Rock d'hiver se fera sur l'avant-dernier morceau de Yesayer. Le moins que l'on puisse dire est que le quatuor américain ne nous a pas fait regretter notre petit retard. Si ceux-ci furent moins stressants que Battles il y a deux ans, on ne peut pas vraiment dire qu'ils auront capté notre attention, la faute à des errements electro assez vides de sens, malgré quelques plans dignes de Pink Floyd qui sauvèrent le groupe d'un raté total.

On en attendait largement plus de Dirty Three, surtout après le très bon concert de Saint-Nazaire six jours auparavant. Le moins que l'on puisse dire est qu'on n'aura pas été déçu. Ce en grande partie, une fois de plus, à un Warren Ellis des (très) grands soirs, totalement déchaîné dès son arrivé sur scène. "On n'est pas des hippies", proclame-t-il à l'envie au public. Pourtant, celui-ci pourrait s'y méprendre avec les deux petites tresses qui ornent la barbe du violoniste fou. Mais en se lançant d'entrée dans un Indian Love Song (!!!) du feu de dieu, on se rend vite compte que cette pilosité farfelue ne nous fait que de plus en plus penser à Josh Pearson... On fera également le rapprochement niveau volume sonore. Une fois de plus, le morceau est étiré en long et en large sans qu'on ne s'ennuie un seul instant. Si Mick Turner se tient comme d'habitude dans son coin sans trop bouger et Jim White se lance dans moins d'arabesques qu'à Saint-Nazaire (où il avait été la star du concert), on ne s'en soucie guère tant Ellis réquisitionne notre attention par ses cris hors micro et ses légendaires coups de pied circulaires. C'est au moment où l'on se demande si le trio ne serait pas prêt à nous jouer son premier morceau pendant toute la durée du concert que le tempo se tasse, laissant le titre mourir d'une façon plutôt inattendue. Ceux qui prétendent que les Australiens sont incapables de se lancer dans des improvisations en seront d'ailleurs pour leurs frais, tant tous les morceaux auront semblé prendre de nouveaux chemins. Cela sera largement le cas sur un Sea Above, Sky Below, présenté par Warren Ellis comme une chanson à propos de la vieille boulangère du coin qui finit par mourir à quatre-vingt ans après avoir dit "Fuck off" à tout le monde toute sa vie, et donc de célébrer ça par une énorme "fiesta" où l'on criera "Prends ça" à la défunte. Visiblement subjuguée (et à fort juste titre), l'assistance ira même jusqu'à reprendre la mélodie chantée par l'Australien dans son violon, à son invitation. Si le groupe prend souvent toute sa signification dans des petites salles, il est bien évident qu'ils est plus que capable de tenir un large public en respect. Alors qu'importe si une fois de plus les arpèges de Mick Turner disparaîtront à chaque fois que Warren Ellis décidera de passer le turbo, on intègrera la musique du trio comme un tout dont la force émotionnelle pourrait déplacer des montagnes. En parlant de montagne, on en affronte une belle avec un Everything's Fucked, où Ellis nous reparle une fois de plus du trou dans lequel on passe sept-huit ans à prendre des drogues psychédéliques, avant d'en sortir en ayant très faim. Et c'est là que l'on se rend compte que la vieille boulangère est morte. Pendant qu'il débite ses histoires délicieusement débordantes de non-sens (cet homme ferait un carton au rayon stand up), ses deux compères, impassibles, se lancent dans ce qui est sûrement la plus belle réussite du groupe (et pourtant, elles ne manquent pas). Le violon maîtrisant tout le jeu à lui seul est parfaitement jusqu'au boutiste. Que Jim White semble un peu hésiter sur le comment de la mise à mort de ces morceaux célestes inspire une nouvelle histoire à un Ellis, de plus en plus allumé, qui nous donne une leçon de stoppage de morceau à la façon Elvis Presley : "le King of rock'n'roll, eh oui, ça n'est pas Johnny Hallyday les enfants". Un conseil primordial puisque ce serait le seul qu'il faille connaître pour former un groupe de rock... Mais le concert n'aura pas été qu'un exceptionnel show comique, tant Hope aura également marqué les esprits. Et que dire de ce The Zither Player en clôture, totalement sublimé par un Warren "papa sympa" Ellis (il aura acheté des "poules marines", comprendre des pulls marins à ses enfants dans Saint-Malo l'après midi) qui aura propulsé le morceau au niveau d'un No Stranger Than That, dont l'absence n'aura donc pas été préjudiciable.

Abasourdis par cette performance d'un autre monde, la redescente sur terre allait être plus que rude avec la prestation d'un José Gonzalez tout aussi assis que soporifique. Si certains ne purent s'empêcher de faire une comparaison avec Ben Harper, celle-ci ne fut pas à prendre comme un compliment à nos oreilles. Après trois titres aussi insipides que semblables les uns aux autres, on se décide pour une pause dîner bien méritée. Et comme il est loin d'être évident de trouver autre chose qu'un restaurant de fruits de mer le vendredi en fin de soirée à Saint-Malo, nous louperons la performance de Plumaron et Julee Cruise, qui de l'avis quasi général fut loin d'être impérissable elle aussi.

Il ne restait donc plus que The Raveonettes à se mettre sous la dent, et on frôla là aussi l'indigestion. Bien sûr, Sharin Foo est toujours aussi agréable à regarder, mais on s'interroge quand même sur la fâcheuse disposition du groupe à balancer tous ses titres en deux minutes trente, sans avoir l'air de se sentir concerné par quoi que ce soit. Pire encore, un son indigne du groupe, tout comme à Rennes quelques mois plus tôt, rendit l'ensemble encore plus lourd. Dommage, tant des titres comme Here Comes Mary, Ally Walk With Me ou encore l'inévitable Love In A Trashcan auraient pu rendre la note moins salée. La présence systématique de bandes n'arrangea rien à l'affaire par ailleurs, à tel point qu'on finit par se demander ce que le batteur faisait là. Lui, au moins, avait la chance d'avoir un casque sur les oreilles.

C'est donc avec l'étrange impression d'avoir assisté à un concert magique de Dirty Three ponctué de prestations quelconques que l'on sortira de l'Omnibus. Mais néanmoins avec un large sourire sur le visage.

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Photo Concert Dirty Three + José Gonzaléz + ..., St Malo, L'Omnibus, le 22.02.2008

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