Dominique A

Nantes, Lieu Unique - 01.04.2004

» Compte Rendu

le 04.04.2004 à 12:00 · par Eric F.

C'est sûrement avec un peu d'appréhension que Dominique A monte sur la petite scène du tout aussi petit forum de la Fnac de Nantes. Le chanteur français, qui depuis bien des années maintenant a le cul quelque peu coincé entre deux chaises (une crédibilité indé et un public plus large comme le prouve les dames âgées du premier rang) retrouve aujourd'hui la ville qui l'a vu éclore. Il s'agit aujourd'hui de défendre les couleurs d'un Tout Sera Comme Avant dont les fortes similitudes avec le dernier album d'Alain Bashung, L'Imprudence, ont laissé les critiques divisés. Comme pour éviter le débat, c'est par trois titres déjà bien connus que le bal est ouvert : En Secret, Les Douanes et Surestimé, avant dernier titre de Remué rarement joué jusqu'à présent. Ces trois titres sont portés par une gracieuse guitare acoustique et des samples vocaux dans l'esprit d'un Joseph Arthur où s'entremêlent plusieurs couches. Au vu des réactions de certains membres du public, amusés par les superpositions vocales du grand A en fond sonore, on peut d'ores et déjà déduire qu'ils ne l'ont pas encore vu en concert solo, ou que ce sont des fans nouvellement acquis. Le démarrage se fait donc sans encombres et il est désormais l'heure de s'attaquer à Tout Sera Comme Avant : Bowling, le superbe Revenir Au Monde et Pendant Que Les Enfants Jouent enlèvent toute possibilité de critiques quant aux nouvelles compositions; ces nouveaux morceaux prennent facilement leur envol dans ce contexte assez particulier qui montre bien que Dominique A ne se retrouve jamais au dépourvu quand il n'a pas de musiciens pour l'épauler. L'ambiance se fait progressivement bon enfant : certains samples sont un petit peu loupés ou mal calés ? Un trou de mémoire sur un riff de guitare ? Le chanteur (et son auditoire) s'en amuse. C'est toujours un peu la même histoire avec monsieur A, on sent la tension, mais au détour d'une phrase parfois anodine les sourires se dessinent sur les visages. Rarement a-t-on vu quelqu'un conquérir son public par aussi peu de discours. Une superbe version acoustique dépouillé du bien âgé Le Courage Des Oiseaux nous mène directement à un morceau "qui swingue, du moins on va essayer" : les boucles de guitares sont en effet entraînantes, le chanteur et sa manie de remuer les mains nerveusement font le reste. La distorsion de sa telecaster donne un côté bien rock and roll au morceau, encore plus souligné par l'incursion aussi étonnante que passagère d'un Wild Thing en version française. On aura même droit en bonus à des solos déchaînés lancés aux quatre coins de la scène ! "Dur d'enchaîner après ça" apprend-on... Une bonne âme propose Les Chanteurs Sont Mes Amis. "C'est ce que je viens de dire" se voit elle répondre. Hilarité générale. Finalement c'est la proposition d'un Empty White Blues "pour nous achever" qui rafle la mise. Un blues blanc, certes, mais vide, alors là, non ! Un enfant se manifeste à la fin du morceau. Dominique A s'excuse presque et enchaîne sur un touchant Elle Parle A Des Gens Qui Ne Sont Pas Là au texte très subtil sur la schizophrénie. Encore le temps de caser deux autres nouveaux titres qu'il faut déjà songer à conclure, le second show case, cette fois ci au Lieu Unique se profilant à grand pas. Royal, le chanteur demande une suggestion. Vexée, la dame des Chanteurs Sont Mes Amis quitte l'audience. Tant pis pour elle, elle loupera un Pour La Peau à fleur... de peau justement. La tension explose finalement en distorsions parfaitement maîtrisées. A peine le temps de quitter la Fnac la tête un peu résonnante, direction la gare pour se rendre au Lieu Unique, car comme l'a dit le nantais d'adoption : "Ceux qui m'aiment prendront le tram".

Place donc au deuxième acte de cette journée nantaise. L'ampli installé devant le disquaire Box Elder, Dominique A nous accueille une seconde fois et démarre très fort : une bande passe une version instrumentale du Commerce De L'Eau sur laquelle est ajoutée une électrique qui gagne en intensité au fur et à mesure du titre et bien sûr la voix de Dominique. On sent notre homme beaucoup plus décontracté, mais toujours aussi économe sur les mots : "Vous n'êtes pas très bavards" apostrophe-t-il le public avant de se reprendre "Remarque, moi non plus". Il s'amuse même de faire un petit four en annonçant une chansons de John Merrick, un de ses bien anciens projet solo avant de se lancer dans une chanson d'Auguri ! Il y a un effort certain pour ne pas trop rejouer les titres de la Fnac, même si certains titres auront eu droit à deux passages (Antonia, Elle Parle..., Empty White Blues, Bowling). On s'extasie devant la guitare très espacée de Tout Sera Comme Avant qui aurait pu être chipée au Magick Fire Music de Jackie O Motherfucker !! Pas mal pour un artiste populaire français... Quant à notre Cara Mia, elle fait encore son show, avec petits private jokes nantais savamment glissés en prime. Le chanteur prend son pied, s'amuse à asperger la foule de ses bouteilles d'eau, annonce un disque offert par Box Elder à chacun (si seulement...), relance son sample avant de l'éteindre suite à un joli saut de cabri. Mais fini de rire : c'est l'heure de la littérature (une rencontre est organisée au sous-sol du Lieu Unique avec les auteurs ayant participé au recueil de nouvelles Tout Sera Comme Avant inspirées des chansons du disque). Enfin, pas tout à fait l'heure : les nantais en veulent encore et le chanteur comprend bien vite qu'il va falloir en faire une autre. Propositions bienvenues, une fois de plus. Téméraire, on ose demander une réédition du Wild Thing en français ce qui fait rire monsieur A, mais pas obtempérer. Il opte finalement pour Empty White Blues "Parce que ça burne à Nantes", rien que ça ! Pas très satisfait de sa version "Massacre en règle" (dixit pendant la performance) et agrémentée de quelques pics sur la réputation quelque peu "élitiste" du Lieu Unique, il s'en va du coup vers le Just Like A Movie Star qu'il chanta sur disque aux côtés de Stephen Meritt (Magnetic Fields) dans le groupe éphémère The Sixths avant de terminer sur un final bruyant.

Ce retour aux sources de Dominique A aura révélé un chanteur assez libéré qui s'impose de plus en plus comme un grand compositeur et un artiste fascinant sur scène. Et qu'il reste encore longtemps le cul entre deux chaises n'est finalement pas un problème tant on peut se rendre compte de son côté "fédérateur".

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