Mice Parade

Paris, Café de la Danse - 31.10.2010

C'était la dernière date de la tournée française de Mice Parade avec Silje Nes et Laetitia Sadier : c'était joyeux, c'était grand, c'était beau !

» Compte Rendu

le 03.11.2010 à 00:00 · par Mathias K.

Ce n'est pas tous les jours que Mice Parade se lance dans une tournée européenne. Sa partie française était courte : quatre dates, quatre villes, à savoir Nantes, Lille, Vendômes et Paris, des 28 au 31 octobre. La soirée parisienne du 31 octobre a pris ainsi des airs de fête : pendant que les masques d'Halloween déambulent autour de Bastille, Pierce a convié ses copains pour une bringue roborative où joueront successivement Dylan Cristy (compère de longue date), Silje Nes, Laetitia Sadier et le groupe de Pierce.

C'est l'aspect le plus réjouissant de ce concert : on sent dans la musique jouée ce soir l'amitié qui lie tout ce petit monde autour d'un même amour de la musique. De fait, tous ou presque ont joué chez tous les autres : Laetitia Sadier chez Mice Parade, Adam Pierce jouait dans le Dylan Group de Dylan Cristy et dans HIM avec Doug Sharin (qui joue ici de la batterie avec la maestria qu'on lui connaît) et tous ont le goût des projets un peu décalés, des collaborations multiples, de la fantaisie, des métissages musicaux inattendus.

Passons vite sur le set solo de Dylan Cristy à la guitare. C'est virtuose, assez surprenant, peut-être parfois un peu trop austère, mais ça donne une bonne idée des qualités de musicien dont il fait preuve chez Mice Parade.

Viennent ensuite Silje Nes et son groupe, qui pratiquent un folk aux arrangements à la fois discrets et sophistiqués. Pendant que Silje tient le chant et la guitare, ses deux compères enrobent les chansons avec élégance. Le bassiste commence au violon tandis que le batteur est un homme-orchestre tout à fait étonnant : tour à tour au glockenspiel ou au xylophone, à la guitare ou au synthé, il joue finalement assez peu de batterie, sinon de manière inhabituelle : des roulements sur les cymbales, ou uniquement de la grosse caisse. En matière de percussions, il préfère les choix les plus étonnants : se frotter le bras devant le micro, ou utiliser un set de table pour produire des sons entre le bruit et la percussion à proprement parler.

Avec peu de choses, la musique de Silje Nes se révèle donc inventive et pleine de surprises : avec son pédalier et sa guitare, Silje construit des boucles où se superposent suites d'accord et percussions sur la caisse de résonnance et les cordes ; quand elle joue de la guitare électrique, elle transforme une comptine folk doucement arpégée en tourbillon électrique. La trace de son parcours de musicienne éclectique est partout dans ses chansons : piano classique, timpaniste dans un petit orchestre suédois, membre de quelques groupes de rock indé, puis batteuse dans une fantare, et enfin, en solo, le choix de jouer d'instruments qu'elle ne maîtrise pas nécessairement. Derrière la voix feutrée et fluette, il y a une vraie énergie, le goût du danger et de l'équilibre instable entre dépouillement et sophistication.

Laetitia Sadier prend le relais. Petite déception, cette fois. Pourtant, son album solo est très bon : bien écrit, bien produit, avec d'excellentes chansons, et toujours le même humour pince-sans-rire, le même univers mystico-absurde ("Je vais jouer Statues can Bends. Cette chanson parle du coeur et du cosmos." Soit !). C'est comme si elle avait retranché à Stereolab tout ce qui en rendait la musique parfois un peu indigeste : le grand écart entre pop sixties et bizarreries psychédéliques seventies, le fait de ne pas vouloir choisir entre arrangements gargantuesques au synthé, rythmiques funk et chansons dansantes, le flirt permanent avec le kitsch, etc. Sur The Trip, accompagnée des membres de Monade, la musique de Laetitia Sadier s'est resserrée sur l'essentiel : beaucoup de guitare, de l'électricité, quelques arrangements de clavier discrets et classes, une batterie tout ce qu'il y a d'efficace et une basse qui ferait danser n'importe qui.

Sur scène, pourtant, pas de groupe. La voix profonde de Laetitia Sadier n'a rien perdu de sa capacité d'enchantement mais l'élégance racée de l'album disparaît. On ne rentre pas facilement dans ces chansons devenues un peu austères, me fait justement remarquer ma voisine. Il faut qu'arrivent Adam Pierce et son bassiste (pour One Million Year Trip) pour retrouver ce qui fait la force du disque. Dommage : on se dit que le set aurait beaucoup gagné à être joué à trois plutôt que seule. Allez, prochain passage parisien, gageons que ça se fera avec un big band !

De big band, Mice Parade en est d'ailleurs presque un. Les musiciens s'échangent leurs instruments, les chanteuses se succèdent sur scène, Adam Pierce joue des percussions, du clavier, de la guitare et chante, Doug Sharin troque sa batterie pour une basse ou bricole des boucles électroniques bizarres à la fin du concert, le bassiste joue aussi du clavier. Bref, on s'amuse beaucoup sur scène et ce n'est pas pour rien que Pierce est hilare avant même de commencer à jouer, invitant les spectateurs à venir danser dans l'espace qui sépare la scène des gradins ("Look at this empty space, come and dance ! Le venue s'appelle Café de la danse, venez danser !"). La musique elle-même continue à distiller son esprit de fête et souffle le chaud et le froid en passant sans crier gare des rythmes sud-américains (priorité au Brésil !) à l'électricité new-yorkaise. Le concert s'ouvre sur Recover, sûrement le plus beau titre de What It Means to Be Left-Handed), habité et lyrique.

Le reste du concert sera à l'avenant : Adam Pierce est manifestement l'homme le plus heureux du monde lorsqu'il joue sur scène et son bonheur est contagieux. Le set se partage entre les titres les plus joyeux du dernier album (In Between Times, Do Your Eyes See Sparks?, Mallo Cup) et des titres tirés des disques précédents : Nights Wave, par exemple, Tales of Las Negras sur lequel vient chanter Laetitia Sadier, ou le remuant Mystery Brethren en guise de finale ("If there's a dance song, this is the one!"). Toute cette musique est très généreuse : les musiciens jouent très bien et n'hésitent pas à lancer les morceaux dans de longues digressions labyrinthiques. Doug Sharin surtout est très impressionnant, dont le jeu est toujours aussi énergique et spectaculaire, et l'est plus encore quand Pierce le rejoint derrière la seconde batterie. Les deux hommes jouent d'abord synchrones, puis dessinent chacun des motifs rythmiques différents, avant de se synchroniser à nouveau : pour l'amateur de HIM et de Tortoise, ce genre de petites récréations a de quoi enthousiasmer. Une façon idéale de clore un set sans temps mort ni rappel : jouer ensemble, hilares, sans retenue, et avec l'idée que la musique, quand elle est vécue avec tant de bouillonnement et d'intensité, est quelque chose comme une bénédiction.

(Et pour ceux qui voudraient un petit souvenir, voici quelques photos de Julien Pérez.. Là aussi. Et puis là aussi, tant qu'à faire. )

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Photo Concert Mice Parade, Paris, Café de la Danse, le 31.10.2010

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